La salle est silencieuse.
On entend seulement le froissement d’un texte que l’on répète.
Un regard se lève. Il observe. Il attend.
« Reprenez. »
La voix est calme, mais ferme.
Il ne s’agit pas seulement de dire un texte.
Il s’agit d’être vrai.
Ainsi travaille Daniel Marcelin.
Ainsi se forme une génération.
L’homme-école
Dans des espaces souvent modestes, Daniel Marcelin fait éclore des voix, des présences et des consciences. Pour lui, le théâtre n’est pas un luxe culturel, mais une véritable école de formation humaine.
Fondateur du Petit Conservatoire, avec Gary Victor et Ricardo Lefèvre, Daniel Marcelin est avant tout un pédagogue. Il croit profondément en la capacité des jeunes à se construire, à se relever et à devenir des acteurs responsables de la société.
Sa pédagogie repose sur une discipline exigeante.
Il est une conscience artistique qui refuse la facilité.
Au Petit Conservatoire :
on apprend la ponctualité comme une forme de respect.
On apprend la discipline comme condition de la liberté artistique.
On apprend que la scène est un lieu de responsabilité.
Ses répétitions sont des leçons de patience.
Ses silences interrogent.
Son regard pousse à dépasser ses limites.
Il ne forme pas seulement des acteurs.
Il forme des citoyens capables d’engagement, de maîtrise de soi et de dignité.
Une école qui forme le caractère
Nous nous souvenons de nos premières leçons.
Il nous demande simplement d’aller nous asseoir sur scène.
Nous nous asseyons. Nous attendons.
Nous ne comprenons pas toujours l’exercice.
Le silence dure.
Puis il dit calmement :
« Vous devez émettre un message par votre posture sur scène. »
À cet instant, nous comprenons que le théâtre n’est pas seulement un art de parole.
C’est un art de présence.
Un héritage vivant, une responsabilité présente.
“Daniel Marcelin ne nous apprend pas seulement à jouer.
Il nous apprend à être.”
Son œuvre ne s’interrompt pas.
Elle vit en nous.
Elle s’exprime dans notre manière de travailler, de nous tenir et de transmettre.
Nous portons encore cette conviction que la culture élève, structure et sauve.
Daniel Marcelin n’a pas seulement marqué le monde du théâtre en Haïti. Il a profondément influencé la société et la culture du pays. Grâce à sa pédagogie unique et à son engagement passionné, il a formé des générations de jeunes qui portent aujourd’hui ses valeurs dans de nombreux secteurs de la vie culturelle et sociale.
Aujourd’hui, la jeunesse haïtienne cherche des repères.
Elle cherche des espaces sûrs, structurants, porteurs de sens.
Face à l’instabilité et à la violence, nous croyons que la culture doit redevenir un pilier de reconstruction.
Car elle est une école de vie, une école d’humanité.
Et Daniel Marcelin en demeure l’exemple vivant.
Relancer le Petit Conservatoire
Relancer le Petit Conservatoire n’est pas un simple projet administratif.
Relancer le Petit Conservatoire, c’est redonner chair à une vision.
C’est un acte de fidélité.
C’est un acte de responsabilité.
C’est un acte de reconstruction culturelle
Faire revivre l’homme-école
Dans le milieu culturel haïtien, le nom de Daniel Marcelin est synonyme d’excellence, de rigueur et d’humanisme.
Il a inspiré non seulement ses élèves, mais aussi des écrivains, des comédiens, des journalistes , des metteurs en scène et des enseignants qui reconnaissent en lui un maître et un modèle.
Relancer le Petit Conservatoire, c’est redonner vie à :
une école de discipline et de rigueur
un espace où la jeunesse apprend à penser, à créer et à servir
Ce n’est pas seulement rouvrir des portes.
C’est rallumer une flamme.
Un appel du cœur
En écrivant ces lignes, l’émotion nous traverse encore.
Elle nous rappelle que cette école n’a jamais été un simple lieu, mais une expérience fondatrice.
Nous ne relançons pas seulement une institution.
Nous prolongeons un esprit.
Nous faisons vivre une exigence
Nous transmettons une flamme.
Daniel dit toujours :
« J’ai reçu gratuitement, je donne gratuitement. »
— Évangile selon Saint Matthieu 10:8
Ainsi, il nous rappelle que l’éducation est un acte de générosité, un don sans calcul, une responsabilité morale.
Aujourd’hui, fidèles à cette parole, nous choisissons à notre tour de donner :
donner du temps,
donner de l’énergie,
donner une structure,
donner un espace à la jeunesse.
Nous refusons qu’il s’éteigne.
Nous le transmettons.
Petit Conservatoire : un héritage vivant
Fondation
Fondé par Daniel Marcelin, avec Gary Victor et Ricardo Lefèvre, le Petit Conservatoire ouvre ses portes pour former des jeunes au théâtre et à la discipline artistique tout en transmettant des valeurs humaines.
Mission
Former non seulement des acteurs, mais des citoyens responsables, conscients de leur rôle dans la société.
Méthode
Exigence, rigueur, présence sur scène, conscience corporelle et intention artistique.
Impact
Des générations d’élèves formés, porteurs de la pédagogie de Daniel Marcelin, qui continue de vivre à travers eux.
Relance
Les anciens élèves s’engagent aujourd’hui à relancer le Petit Conservatoire afin d’offrir à une nouvelle génération un espace de discipline, de créativité et d’apprentissage humain.
Daniel Marcelin nous confie aujourd’hui cette réflexion :
« Il suffisait d’un regard, d’un silence ou d’un mot juste pour provoquer une transformation.
Par le théâtre : ce mot magique qui trans -forme, trans-figure et trans-met.
Par le théâtre : se re-trouver, se re-faire, se trans-former.
Permettre aux jeunes de se révéler aux autres et de trouver leur place dans la société.
Le théâtre ne nourrit pas toujours son homme. Mais il permet de se forger une place avec la compétence, la discipline et la persévérance.Arriver à, pourquoi pas, changer la société. Voilà mon point de départ.
Aujourd’hui, je me dis que si le Petit Conservatoire existait, par le théâtre j’aurais pu récupérer certains chefs de gangs — ou du moins leurs soldats — par une prise de conscience dans notre vivre-ensemble à nous. Manger à la même table en pensant à ceux qui ne sont pas là. On ne sait jamais s’il y a quelqu’un qui y est. »
Relancer le Petit Conservatoire, c’est croire encore que le théâtre peut former des hommes et transformer une société.
Louise Myrielle Gilles
Au nom des anciens élèves du Petit Conservatoire
