À Jacmel, un bâtiment chargé d’histoire s’apprête à entamer une nouvelle vie. L’ancienne prison civile de la ville, témoin de plusieurs épisodes marquants de la mémoire politique et sociale du Sud-Est, est actuellement en cours de transformation afin de devenir un centre d’artisanat et un espace consacré à la valorisation du patrimoine culturel local.
Porté par le ministère de la Culture et de la Communication en partenariat avec l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), le projet vise à redonner une vocation artistique et patrimoniale à cet édifice colonial classé patrimoine national depuis 1995.
Les travaux de transformation de l’ancienne prison civile de Jacmel progressent et devraient être achevés dans un délai estimé entre deux et trois mois, selon les responsables du chantier.
L’ingénieur résident Andris Wilkinson, représentant de la firme REB Construction and More, dirigée par l’ingénieur Ronald Excellent, indique que les travaux avancent conformément au calendrier prévu, malgré les défis techniques que représente la restauration d’un bâtiment historique.
Le chantier est réalisé sous la supervision du ministère de la Culture et de la Communication et de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), dans le cadre d’un programme visant à restaurer et à valoriser plusieurs sites patrimoniaux du pays. Une fois les travaux achevés, l’ancienne prison civile devrait accueillir un centre d’artisanat et d’exposition destiné à promouvoir la production artistique de Jacmel.
Le futur centre d’art comprendra notamment des espaces d’exposition consacrés aux œuvres réalisées par des artistes de la région, en particulier ceux issus de la localité de Michelet Divers, connue pour sa tradition artisanale.
Ce projet ambitionne de renforcer la visibilité des artistes locaux et de contribuer au développement du secteur culturel dans la ville, reconnue depuis longtemps comme l’un des grands pôles artistiques d’Haïti.
Situé à la rue Seymour Pradel, au cœur de Jacmel, l’édifice occupe une surface utile d’environ 489 mètres carrés.
Construit à l’époque coloniale, le bâtiment abritait autrefois la prison et les casernes de la ville. Il a été classé patrimoine national par arrêté présidentiel en 1995, en raison de sa valeur historique et architecturale.
Au fil du temps, plusieurs figures importantes de Jacmel y ont été incarcérées, notamment le poète Félix Morisseau-Leroy, le journaliste et ancien maire Alcius Charmant, ainsi que le sénateur Désilus Lamour.
Aujourd’hui encore, certains vestiges témoignent de cette époque carcérale. À l’intérieur du bâtiment, on peut notamment observer des anneaux fixés aux murs, autrefois utilisés pour immobiliser les prisonniers jugés dangereux.
La reconversion de l’ancienne prison civile en espace culturel n’est pas une idée récente. Dès octobre 2008, une étude avait été confiée à la firme JB Millet afin de réfléchir à l’aménagement du site en véritable centre culturel.
Le projet prévoyait la création de plusieurs infrastructures destinées à dynamiser la vie artistique et culturelle de Jacmel. Parmi les installations envisagées figuraient:
- des salles d’expositions permanentes et temporaires,
- un espace audiovisuel,
- un centre de documentation architectural,
- des ateliers pédagogiques,
- ainsi qu’un espace administratif destiné à la gestion du centre.
Avec une superficie estimée à environ 800 mètres carrés, le site devait devenir un véritable pôle culturel pour la ville. Un budget d’environ 400 000 euros avait été envisagé pour la réalisation de ce projet.
Bien que cette initiative n’ait pas abouti à l’époque, les travaux actuellement en cours témoignent de la volonté persistante des autorités culturelles de redonner une nouvelle vocation à ce bâtiment historique.
Désaffectée vers le milieu du XXᵉ siècle, l’ancienne prison civile avait déjà fait l’objet d’interventions de l’ISPAN après le séisme de janvier 2010.
À cette occasion, l’institution avait lancé un programme de formation à travers l’École Atelier de Jacmel, destiné à former des ouvriers spécialisés dans la restauration des monuments historiques.
Les travaux actuels s’inscrivent dans la continuité de cette politique de sauvegarde du patrimoine.
La première phase du chantier, lancée en novembre 2025, a consisté en l’installation des éléments de la toiture, notamment la construction de fermes en bois traités et la mise en place d’une ossature métallique destinée à supporter la couverture.
La seconde phase prévoit l’installation de tôles trapézoïdales, dont les matériaux ont déjà été acquis par l’entreprise chargée des travaux.
À terme, le bâtiment restauré devrait également accueillir :
- les bureaux de la direction départementale du ministère de la Culture,
- la direction régionale de l’ISPAN,
- ainsi qu’un petit musée consacré à l’histoire de Jacmel.
La transformation de cette ancienne prison en espace culturel symbolise ainsi le passage d’un lieu d’enfermement à un lieu de création, de mémoire et de transmission.
Dans une ville reconnue pour la richesse de son patrimoine artistique, architectural et carnavalesque, ce projet pourrait contribuer à renforcer la vocation culturelle de Jacmel tout en offrant aux artistes locaux un nouvel espace d’expression.
Repères historiques sur l’ancienne prison de Jacmel
- Époque coloniale : construction du bâtiment servant de prison et de caserne.
- Milieu du XXᵉ siècle : abandon progressif de l’établissement carcéral.
- 1995 : classement de l’édifice comme patrimoine national.
- 2008 : étude confiée à la firme JB Millet pour sa transformation en centre culturel.
- 2010 : premières interventions de restauration après le séisme et création de l’École Atelier de Jacmel.
- 2025-2026 : lancement des travaux visant à convertir le site en centre d’artisanat et espace culturel.
Si les travaux se poursuivent comme prévu, ce bâtiment qui fut autrefois un lieu d’enfermement pourrait bientôt devenir un espace dédié à la création artistique et à la mémoire collective — une manière pour Jacmel de transformer les traces de son passé en un symbole vivant de culture et de renaissance.
Emerson Vilbrun
Journaliste- Ecrivain
Sources :
- Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN)
- Ministère de la Culture et de la Communication
- Informations de chantier recueillies sur place
