Quand une ville choisit de se raconter à travers le rêve, ce n’est ni un hasard ni une échappatoire. En dévoilant le thème « Jacmel dans nos rêves » pour son carnaval 2026, la Mairie de Jacmel et le Comité d’Organisation Interinstitutionnel inscrivent la fête populaire dans une démarche à la fois poétique, mémorielle et prospective, marquée par l’hommage rendu au poète René Depestre à l’occasion du centenaire de sa naissance.
Inspiré de l’œuvre de René Depestre, le thème du carnaval de Jacmel 2026 invite à une immersion dans l’imaginaire collectif. « Jacmel dans nos rêves » se veut à la fois un hommage littéraire et un projet culturel fédérateur, mobilisant artistes, artisans et citoyens autour d’une vision partagée de la ville et de son avenir.
La Mairie de Jacmel et le Comité d’Organisation Interinstitutionnel du Carnaval ont annoncé le thème à travers un communiqué invitant la population jacmélienne, les artistes, les ateliers de papier mâché, les bandes carnavalesques, les institutions partenaires et les visiteurs à plonger dans un univers où l’imaginaire devient moteur de création.
« Jacmel dans nos rêves » met en lumière une ville poétique et visionnaire, riche d’histoires, de symboles et de couleurs, une ville rêvée mais aussi pensée comme un projet collectif.
Pour André Wilner Laurent, normalien, poète, écrivain, animateur de radio et rédacteur senior au Sénat depuis plus de vingt-trois ans, ce thème dépasse largement le cadre festif.
« Jacmel dans nos rêves veut être un écran artistique où seront projetées les aspirations et les perspectives du Jacmélien à l’avenir », explique-t-il.
L’édition 2026 s’inscrit dans la commémoration du centenaire de naissance de René Depestre, figure majeure de la littérature haïtienne et ambassadeur de la beauté jacmélienne à travers le monde. Le carnaval entend rendre hommage à son œuvre et à sa vision d’une Jacmel vivante, libre et ouverte sur l’avenir.
« Ordinairement, on utilise le couloir carnavalesque pour rendre populaire quoi que ce soit. Cette fois, la renommée de René Depestre, célébrité littéraire de classe mondiale, sera chantée, mimée et représentée à travers les chansons, les déguisements et les tableaux vivants », souligne André Wilner Laurent.
« C’est un acte culturel fort, d’autant plus que l’hommage est rendu pendant que l’écrivain est encore vivant. »
Comme chaque année, le carnaval de Jacmel mobilise tous les secteurs de la communauté. Des cultivateurs qui fournissent le manioc servant à l’extraction de l’amidon, aux artisans spécialisés dans le papier mâché, en passant par les musiciens, les costumiers et les bandes carnavalesques, toute la ville entre en effervescence.
L’organisation du carnaval, prévue plusieurs jours avant les traditionnels trois jours gras, l’ingéniosité des masques décoratifs, la créativité des déguisements, le climat sécuritaire et l’enthousiasme des carnavaliers constituent autant d’éléments qui font du carnaval de Jacmel un marqueur identitaire fort.
« Le Jacmélien est naturellement festif. Le carnaval et l’art sont deux produits culturels qui font de Jacmel une référence », estime André Wilner Laurent.
Le regard d’Edgard Agella : art, rêve et conscience
Poète, enseignant et journaliste culturel, Edgard Agella, natif de Jacmel, voit dans ce thème une invitation à repenser le rôle du carnaval dans la société.
« Le thème évoque plus qu’un lieu. Il renvoie à un espace d’imagination, une source d’inspiration, un espace poétique de création », analyse-t-il.
Pour lui, l’importance de ce thème repose sur une vision claire :
« L’art est une vision. La fête est une énergie. Rêver, c’est construire. L’art et la fête éveillent des consciences et transforment l’identité et la beauté en une force collective. »
Dans un contexte national marqué par de nombreux défis, Jacmel apparaît ainsi comme un symbole d’une Haïti debout, résiliente et tournée vers l’avenir.
Au-delà de sa dimension festive, le carnaval de Jacmel demeure un vecteur essentiel de transmission culturelle et de préservation de l’identité locale. Il valorise les savoir-faire traditionnels, met en lumière l’expression artistique endogène et renforce la fierté ainsi que la cohésion communautaires.
« Le carnaval est bien plus qu’une fête. Il est transmission culturelle, expression artistique locale et facteur de résilience », rappelle Edgard Agella.
Dans les rues de Jacmel, chaque masque, chaque costume et chaque tableau vivant devient un langage. L’imaginaire artistique, particulièrement fertile dans la cité, permet de faire circuler les revendications collectives, les préoccupations sociales et les aspirations d’avenir, souvent avec plus de force qu’un long discours.
En plaçant l’imaginaire au cœur du carnaval 2026 et en rendant hommage à René Depestre, la Mairie de Jacmel invite la population à rêver ensemble une ville à la fois fidèle à sa mémoire et tournée vers l’avenir, transformant l’art et la fête en une énergie collective capable de rassembler et d’éclairer.
Vilbrun Emerson
Journaliste – écrivain
01/02/2026
