Né en mai 1972 à Port-au-Prince, André Fouad est bien plus qu’un poète haïtien. Il est la voix de l’exil, de la douleur collective et de la nostalgie d’un pays qu’il a quitté, mais qui continue de l’habiter profondément. Journaliste de formation, il a étudié la comptabilité, la communication et le journalisme, avant de s’imposer comme une figure incontournable de la poésie haïtienne contemporaine. Pendant plusieurs années, il a travaillé comme présentateur et rédacteur à la section culturelle de la Télévision Nationale d'Haïti, où il a su marier son amour pour les lettres et sa passion pour la culture. Aujourd'hui installé à Montréal, il poursuit sa quête poétique tout en portant Haïti dans son cœur et dans ses écrits.
Une poésie engagée et enracinée dans la Terre natale
Bien qu’il ait quitté Haïti, l'âme de Fouad est toujours liée à son île. À travers ses vers, il exprime un attachement profond à sa terre natale, une nostalgie palpable, une souffrance partagée. Dans son recueil" Souf Douvan Jou", qui a remporté le deuxième prix de poésie Dominique Batraville en 2016, le poète nous invite à entrer dans l’univers d’un homme qui, bien qu'éloigné physiquement, vit encore et toujours dans l’âme de son pays. Ce recueil est une plongée dans la mémoire d’Haïti, une mémoire empreinte de blessures historiques, sociales et politiques.
La plume de Fouad s'imprègne de cette douleur collective. Il puise dans les images du quotidien haïtien, les vagues de l’océan, les débris de l’histoire, et les transforme en métaphores poignantes. Dans son poème patriotique, il évoque la mer comme un élément déstabilisant, source de séparation et de déracinement :
« Pòsyon vag lanmè depeyize m
Dechèpiye m
Dayabond Ispanyola
Retay memwa m
Mwen grangou mayi
Mwen grangou siwo myèl
Mwen grangou tan
Kote tan te tan »
Ces vers traduisent une déchirure intérieure, une lutte entre l’absence et la présence, entre la terre quittée et celle qui le poursuit. La mer, symbole d'exil, devient le miroir de la douleur et de l’errance, tandis que la terre haïtienne reste ancrée dans ses racines.
La voix des silences et des ombres
La poésie d’André Fouad n’est pas seulement un cri d'exil, mais aussi une dénonciation des maux qui rongent Haïti. Dans ses poèmes, il peint un tableau sombre de l’État haïtien, un pays en lambeaux, où les rêves s’effritent comme la poussière. Sa voix poétique, souvent comparée à un chant cassé, décrit un paysage où même les mots semblent se rebeller contre l’oppression.
Dans un autre poème de Souf Douvan Jou, il écrit :
« Ti lapli kwense m nan lari
San pèdi tan
Rèv degaye fè laplanch
Lanmè anvlope nan bonbou dantèl ble li
Rèv tèt anba
Anba pye
Litani van bwote m »
Ici, la pluie, la mer et le vent deviennent des acteurs d’un drame intérieur, où les rêves se retournent contre eux-mêmes, emportés par les tempêtes de l’histoire. La poésie de Fouad est à la fois lyrique et tragique, construite sur des images qui évoquent la douleur et le chaos, tout en cherchant une forme d’apaisement.
Dans ce recueil, l’érotisme se mêle à la revendication sociale. L’amour, comme la douleur, devient un terrain de lutte, une tentative de rédemption dans un monde en perdition. Même dans ses moments les plus intimes, la poésie de Fouad est ancrée dans une quête de justice, une exploration des rapports de pouvoir, de domination et de résistance.
Djoumba pou Dlo Ble : Un Hymne à la Vie et à la Mer
En 2020, André Fouad publie Djoumba pou Dlo Ble aux éditions Freda, un recueil qui s’écarte quelque peu de la douleur politique pour célébrer la vie et la nature. Dans ce texte, il loue la beauté du monde, notamment à travers l’image de la mer, source d’inspiration infinie pour le poète. La mer devient ici un miroir de la femme, de sa grâce et de sa beauté.
Il écrit :
« Gade jan lavi bèl
Lè fanm pran plas lanmè »
Cette célébration de la femme, dans un cadre marin, est typique de la manière dont Fouad parvient à unir l’érotisme et la nature. La mer, comme la femme, est vaste, mystérieuse, pleine de promesses et de dangers. À travers ce recueil, le poète semble nous rappeler que la beauté réside dans la simplicité, dans l’émerveillement devant les forces naturelles qui nous entourent.
Songe d’encres et la Mention Spéciale au Prix René Depestre
En 2023, Fouad publie Songe d’encres aux éditions Milot en France, un recueil qui lui vaudra une mention spéciale au prix René Depestre. Ce recueil marque un tournant dans l'œuvre du poète, qui y démontre une maîtrise accrue de la langue et de la forme poétique. Songe d’encres est une exploration des multiples facettes de l’identité, une quête de sens dans un monde en perpétuelle mutation. La richesse linguistique de l’ouvrage, qui oscille entre le français et le créole, a été saluée par la critique, notamment pour sa capacité à créer des ponts entre deux mondes, deux cultures, deux sensibilités.
Distinctions Littéraires : Le Poète aux Pieds Poudrés
Surnommé le « poète aux pieds poudrés », André Fouad a été récompensé à de nombreuses reprises pour son travail poétique. En 2015, il reçoit le Prix Félix Morisseau Leroy Canada pour l’ensemble de sa production en créole haïtien, une reconnaissance qui souligne son engagement envers la langue créole et sa contribution à la littérature haïtienne. En 2017, il est désigné meilleur poète par les Haitian Academy Awards à Orlando, en Floride. La même année, il est invité d’honneur au Festival de Littérature Contemporaine aux Gonaïves, en Haïti, un moment fort qui marque son retour symbolique sur la terre qui l’a vu naître.
Ses poèmes ont également été mis en musique par le célèbre chanteur haïtien Wooly Saint Louis Jean, une collaboration qui témoigne de l'impact de sa poésie sur la culture haïtienne. Selon la critique littéraire Martine Fidèle, « André Fouad joue sa prose. Son corps, ses yeux, sa voix, tout en lui habite ses poèmes ». Cette description résume bien l’essence de son œuvre, où la poésie devient un acte total, une performance incarnée.
Valse des ombres : Une poésie sombre et éclatante
La dernière publication d’André Fouad, Valse des ombres, est une nouvelle étape dans son parcours poétique. Ce recueil, publié récemment, continue d’explorer les thèmes de l’errance, de la douleur et de la mémoire. Les ombres qui dansent dans ce texte sont celles des disparus, des oubliés, des laissés-pour-compte de l’histoire. Fouad, fidèle à lui-même, y décrit un univers où la lumière et l’obscurité se rencontrent dans une valse tragique, mais nécessaire.
André Fouad est un poète à la fois enraciné et universel, un écrivain qui puise dans la douleur de l’exil et de l’histoire pour créer une œuvre d’une richesse rare. Ses poèmes, oscillant entre l’intime et le collectif, entre l’érotisme et la politique, entre le français et le créole, sont autant de fragments d’un monde brisé, mais toujours porteur d’espoir. Que ce soit à travers ses vers ou ses collaborations artistiques, il continue de porter la voix d’Haïti, de la diaspora et de ceux qui, comme lui, vivent avec la mémoire d’un pays à jamais inscrit dans leur âme.
À PROPOS
Hafrique littéraire est une structure littéraire qui fait promotion des écrivains haïtiens et africains francophones. Elle est dirigée par Feguerson Fegg THERMIDOR,
Journaliste Littéraire haïtien.
Cette structure littéraire souhaite aussi mettre en lumière les œuvres et la carrière des écrivains haïtiens et africains francophones
Notre Cahier #9 est entièrement consacré au poète ANDRÉ FOUAD.
Feguerson Fegg THERMIDOR
Journaliste Littéraire
Directeur Hafrique Littéraire
thermidorfeguerson@gmail.com
