« Goûter » et « Apprécier » sont sur le point de devenir aujourd'hui deux délits dans un monde pressé, mais surtout pollué. Pris dans les filets d'une surproduction délétère et une volonté d'imposer le bas comme niveau. Dérive flagrante qui pousse à s'arrêter un moment sur la question de savoir: à quel moment faudra-t-on commencer à s'inquiéter? S'inquiéter de quoi? De perdre le sens du beau en nous?
Le beau, ce sentiment qui se trouve radicalement à l'opposé de la médiocrité, peut découler de n'importe quel aspect de la vie. De comment on la voit, de comment on la vit, et de comment on la raconte. Certains se contentent de la vivre, mais d'autres se complaisent aussi à la raconter. Est né l'art. Et, cette façon de souligner, de donner des contours et des formes à la vie, cette chose insaisissable, se rencontre un peu partout.
« M se yon nanm an plis ke atmosfè geto a leve. Yon tèt ki twò lou pou kò'l ke pwezi aleje. »
Si l'expression de chaque travail artistique est personnelle, il n'en demeure pas moins que l'éclat que revêt son universalité le fait transcender les limites de l'espace-temps. Ce langage dans une quelconque singularité peut porter la création bien au-delà de la finitude de l'auteur. Ceci étant dit, la plume de Opak MNG a toutes les qualités pour lui garantir cette place parmi les grands. Et déjà, sans modestie il l'assure dans ses vers, qui font ressortir les couleurs d'une touche remarquable et qui se veut unique.
Si pour lui, comme pour beaucoup d'autres contemporains Dade de son vrai nom Johnny Emmanuel, reste l'un des meilleurs paroliers dans le Rap créole haïtien, le verbe de Opak MNG incarne aussi prodigieusement, l'imaginaire de la poésie comme certitude qui coule en lui. Le relatant dans un entretien accordé à Koze Kilti, Barikad Crew qui a déjà son étoile accrochée dans le firmament culturel, l'a poussé vers ce fabuleux côté en lui.
D'où l'on revient encore ici, sur la notion du beau et de ses influences sur nous et sur notre monde. Si subjectif qu'il soit, il ne peut en aucun cas, céder sa place à la platitude qui se développe dans l'espace commun, car elle est lumière. Et, la lumière où qu'elle soit absorbe les ténèbres. Si bien qu'au-dessus du bruit, le génie de ce talent qui se veut pourtant Opak s'affirme. Si éloquente qu'elle invite d'emblée à s'immerger dans ses œuvres qui tendent vers une quête humaine, une quête de soi.
Pas étonnant que le rappeur ait entamé une étude en sciences humaines dans le champ de la psychologie, car ses thématiques ouvrent une porte sur le moi, produit de notre société, dans toute sa diversité. Impossible de ne pas se reconnaître dans la profondeur bien taillée de ses écrits qui illustrent très bien des pans de notre réalité.
Opak MNG dans sa nature, à travers ses problématiques est un éclaireur. S'il croit à raison, laisser une partie de lui après chaque texte, il pousse les réflexions sur l'humain dans son environnement, mais surtout il prône la quête de soi, un besoin du développement personnel, jalon pour grandir.
« Se swa w'ap goumen pou rèv pa'w, oubyen ou se yon sòlda nan pa lòt. »
La philosophie qui se dégage dans cette oeuvre de prédilection: Kontras, sa plus récente réalisation, laisse entendre une voix engagée dans une démarche constructive qui amène le sujet conscient qui le découvre vers une approche et un élan de dépassement de soi et la construction d'une personnalité authentique, dans ce monde, où souvent il manque de repères.
Envie de découvrir une pépite? Opak MNG est ce nom à retenir pour son raffinement, et aussi la qualité qui s'échappe de l'encre de sa plume. Mais, pas la peine de le chercher dans la foulée. Comme nombreux d'entre-nous, ce jeune prodige a vu le danger qu'est de se perdre dans la foule. Il est de ceux qui n'ont pas peur d'avancer à contre-courant. Seuls. Mais, sûrs. Avec la disposition de ne pas se verser dans l'aisance. Sa différence attire sur sa dimension, qui laisse distinguer une lumière intérieure qui va toucher le monde pour sûrement y laisser une trace.
Marie Paul Isabelle Théosmy
