Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique a organisé, ce mercredi 11 mars 2025, une cérémonie de présentation des conclusions du rapport de l’évaluation nationale des risques de blanchiment et de financement du terrorisme. À cette occasion, Me Jean Fallières Bazelais, président du Comité national de lutte contre le blanchiment des avoirs, a souligné que les conclusions présentées marquent une étape déterminante dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme en Haïti.
Il a rappelé que cet exercice, entamé en mars 2024, témoigne de l’engagement sans faille des autorités compétentes, tant dans le secteur public que privé. Selon lui, l’évaluation nationale des risques constitue un processus structuré, mené selon une approche fondée sur les risques et conforme aux standards internationaux. Elle repose sur une analyse méthodique des menaces, des vulnérabilités et de leurs conséquences, à partir de données collectées auprès des institutions compétentes et traitées de manière harmonisée. Les résultats, a-t-il précisé, ne relèvent pas d’une appréciation subjective mais d’un processus documenté, encadré et validé collectivement.
Me Jean Fallières Bazelais a exprimé sa reconnaissance envers la Banque mondiale pour l’assistance technique apportée, la mise à disposition des outils nationaux d’évaluation des risques, l’accompagnement méthodologique et les orientations fournies tout au long du processus. Toutefois, il a insisté sur le fait que cette évaluation demeure une auto‑évaluation nationale : les données, les analyses et les conclusions relèvent de la responsabilité des autorités haïtiennes.
Présent à l’événement, le gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, a déclaré que la présentation des conclusions de cette première évaluation nationale des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme constitue une étape majeure pour le pays. Selon lui, ce document n’est pas un simple rapport technique mais un miroir qui renvoie une image claire et objective de la situation : il montre où nous en sommes, quels sont les risques et les faiblesses, mais aussi les capacités sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour renforcer notre dispositif.
Il a ajouté que l’évaluation ne révèle pas de faiblesses inconnues, mais confirme et documente méthodiquement certaines vulnérabilités déjà relevées par les évaluateurs du Groupe d’action financière de la Caraïbe lors de la dernière évaluation mutuelle d’Haïti. Les conclusions sont précises : le niveau global de risques est élevé, les menaces sont fortes, les vulnérabilités existent. Ce constat, a-t-il affirmé, ne doit pas être interprété comme un aveu d’échec mais comme un acte de responsabilité : « Un pays qui maîtrise ses risques est un pays qui se donne les moyens de les réduire. »
La Banque de la République d’Haïti assume pleinement ses responsabilités dans cette lutte. Elle agit pour protéger l’intégrité du système financier national, supervise les banques et autres institutions financières, contrôle la conformité aux obligations de vigilance, exige des dispositifs internes robustes et renforce les exigences en matière de gouvernance, de contrôle interne et de gestion des risques.
Le gouverneur a également rappelé que la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme n’est pas une expérience figée : les typologies évoluent, les techniques se perfectionnent, les risques se transforment. Les compétences doivent donc progresser au même rythme et la vigilance se renforcer.
De son côté, le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, a exprimé sa profonde conviction et sa satisfaction. Selon lui, cette étape est cruciale pour le renforcement du système financier national et contribue à sortir le pays de la liste grise du Groupe d’action financière.
Il a insisté sur le fait que cette présentation ne constitue pas un simple acte administratif mais l’aboutissement d’un engagement solennel pris par le gouvernement haïtien envers la communauté internationale. Pour la première fois, Haïti dispose d’un diagnostic rigoureux et méthodique de ses vulnérabilités face au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme, des phénomènes qui freinent la stabilité sociale et politique, la sécurité et la croissance économique inclusive et durable.
Cette évaluation a été réalisée par une équipe multidisciplinaire de plus de trente‑cinq cadres haïtiens issus du secteur public et privé. Le ministre a conclu en saluant la coordination menée par son ministère, en concertation avec la BRH, et en adressant des remerciements pour l’appui méthodologique constant fourni pendant plus de 18 mois.
Enfin, Michelin Justable, directeur de l’UCREF, a souligné que cette démarche envoie un signal fort à la communauté nationale et internationale quant à la volonté de l’État haïtien de poursuivre les réformes nécessaires dans la lutte contre la criminalité financière. Cette évaluation permet d’identifier les secteurs les plus exposés, d’évaluer les menaces et d’orienter les politiques publiques vers des actions plus ciblées.
Likenton Joseph
