Ce vendredi 19 juin au Lincoln Financial Field à Philadelphie dans l’État de Pennsylvanie aux États-Unis, les tambours vont gronder comme un tonnerre ancien. La chaleur va palpiter dans l’air lors de la rencontre de la sélection haïtienne contre celle du Brésil. Ce n’est pas un simple adversaire. C’est cette équipe nationale Auriverdes (Les Verts et Or), de football, principalement connue sous le nom de Seleção. Cinq fois champion du monde (1958, 1962, 1970, 1994 et 2002).
D’une part, jouer contre le Brésil, c’est définitivement jouer contre le géant du football mondial. Par la singularité de son identité footballistique, le Brésil exerce depuis des décennies une fascination durable sur les amateurs de football, les observateurs et les passionnés de spectacle à l’échelle mondiale. Cette attraction ne repose pas uniquement sur les résultats, mais sur une esthétique du jeu devenue emblématique. En un mot, le football brésilien s’impose comme une véritable signature culturelle, reconnaissable à travers plusieurs caractéristiques fondamentales.
D’autre part, affronter une sélection brésilienne dans une coupe d’une monde, c’est affronter un adversaire qui, contrairement à beaucoup d’autres, se distingue par une créativité exacerbée et une imprévisibilité constante. Le jeu privilégie l’expression individuelle, la maîtrise technique et l’inventivité, où dribbles, feintes et improvisation prennent le pas sur une approche strictement utilitariste du résultat. Le spectacle devient ainsi une finalité en soi.
Ce 19 juin, affronter le Brésil revient clairement à se mesurer au géant du football mondial avec un concept de « ginga », souvent associé au « jeu-samba », confère au football brésilien une dimension presque chorégraphique. Héritée des traditions culturelles telles que la capoeira et la samba, cette fluidité rythmique se traduit par des déplacements souples, une mobilité élégante et une harmonie collective sur le terrain.
Se défier contre le Brésil, c’est incontestablement affronter une référence du football mondial avec un style de jeu qui s’inscrit dans un héritage historique prestigieux. C’est aussi affronter une équipe hors du commun avec des anciennes générations de joueurs, incarnées notamment par l’équipe légendaire de 1970 menée par Pelé, de celle de 1982 avec Zico, Socrates et tout recemment, la bande à Ronaldo, Ronaldino et Rivaldo. Par leur influence, ces titans du football mondial contemporain ont contribué à ériger un modèle fondé sur la créativité.
Tandis que le jeu des Grenadiers s’embrase tel un brasier sous le vent, porté par l’élan enivrant d’une ferveur partagée, il devient une flamme ardente, attisée par l’orgueil indomptable, la mémoire incandescente des combats d’hier et le cri profond d’un peuple debout. Il ne sera plus seulement question de football, mais d’un affrontement pour l’honneur, d’une reconquête de dignité, d’un rendez-vous vibrant avec l’espérance. Un peuple entier, prêt à tracer, dans la lumière et la sueur, une nouvelle page de son épopée footballistique.
Ce jour-là, une nation entière s’incarnera, chair, souffle et lumière mêlés. Sur la pelouse comme dans les tribunes, un même cœur battra, vaste et indivisible, porté par l’élan d’un peuple debout, uni dans sa ferveur. Guidés par une mémoire indomptable, les Grenadiers transformeront cet instant en éternité, gravant leur passage dans le marbre du temps.
En ce vendredi 19 juin, un cri ancestral, puissant et irrépressible, s’élèvera des pierres fières de la Citadelle Laferrière aux artères brûlantes de Port-au-Prince, jusqu’aux voix vibrantes de la diaspora et, à l’unisson, fera trembler l’air: Grenadye alaso.
Prof. Esau Jean-Baptiste
