Un pasteur, il y a quelques jours a “inauguré” un mouvement politique. Parmi ses projets phares, il a avancé l’idée géniale d’intensifier la culture de pomme de terre, ensuite transformer en farine l’excédent de la production. Des gens ont applaudi, d’autres ont souri et certains ont soupiré, Hélas! Haïti.
Si vous aviez compris ce que c’est “la farine de pomme de terre”, il y a de fortes chances que vous pourrez décrypter dans une certaine mesure la démocratie et/ou la gouvernance de ce pays. Une précaution salutaire, ne répétez pas, les dernières paroles de Feu Maître Monferrier Dorval.
Allons-y, « la farine de pomme de terre », si vous êtes âgé de moins de 40 ans, je doute que vous ayez goûté à cet aliment. Il s’agissait d’un produit distribué en Haïti pour lutter contre la malnutrition infantile dans les années 1970 jusqu’au début des années 1980. Elle a été remplacée par la suite par un produit local AK-1000 (a-k-mille). La bouillie de cette farine avait un bon goût. Elle est devenue très populaire. On peut se demander comment un produit utilisé pour combattre la malnutrition infantile finit par se trouver dans l'assiette des adultes bien portants. C’est le terroir haïtien, dirait-on. Le produit, suivant les instructions des donateurs, est interdit de vente. Sur les étales des marchands vous ne verrez jamais l’emballage avec le logo du donateur, l’avertissement que ce produit est un don et encore les indications sur les éléments qui composent le produit. La farine a bon goût (li dou), la marchande vous dit le nom du produit, vous savez quoi demander la prochaine fois, le marketing du produit est assuré. Il y a un mais le produit est interdit de vente. Oui, mais lequel? Difficile à comprendre si vous ne faites pas la différence entre le mot et la chose.
On rentre dans la sociologie haïtienne en pensant à un de mes aïeux, l’agronome Edouard Berouette. Le produit ou la chose selon le donateur, est le Corn Soy Blend Plus (CSB+) ou corn soy-based and wheat soy-based fortified blended flours mélange de maïs et de soja ou mélange de blé ou de soja, absoluement rien à voir avec la pomme de terre. Le mot ou l'appellation. Pour la marchande, c’est de la farine de pomme de terre. Du point de vue du donateur, le produit étant interdit de vente, il n’y pensera jamais que les dons sont détournés vers le marché. D’autant plus que la vraie farine de pomme de terre existe, c’est un produit de luxe. Il a laissé faire, bien que sachant que la vraie farine de pomme de terre est seulement utilisée dans 2 cultures (au Japon sous forme de dango et au Pérou pour le papapàn). Il y a une considération technique que les observateurs devraient faire. Peut-on croire que des développementistes proposent de la (vraie) farine de pomme de terre pour combattre la malnutrition. Premièrement, la farine de pomme de terre coûte cher compte tenu du processus de fabrication qui exige une cuisson donc la consommation d’énorme quantité d’énergie pour le séchage. C’est comme proposé du caviar pour traiter la malnutrition. Deuxièmement, le coût de la cuisson des aliments est un des facteurs qui est pris en compte dans les solutions proposées pour lutter contre la malnutrition. Souvent dans les zones où sévit la malnutrition infantile, le prix de l’énergie pour faire la cuisson est exorbitant (bois, charbon, kérosène, gaz, etc.). Un produit demandant une double cuisson serait certainement écarté par les chercheurs.
Nous voilà dans un sac de nœuds. La farine de pomme de terre n’est connue que par les plus de 40 ans. Le pasteur a une compréhension limitée de la farine. Imaginez ce Pasteur élu et veut réaliser sa promesse de campagne. Mettez-vous à la place d’un jeune agronome désigné comme ministre de l’agriculture et de l’industrie. Fabriquer une vraie farine de pomme de terre le ferait passer comme l’agronome le plus nul que la terre n’ait jamais connu. Dire au Pasteur, ce qu’il appelle “farine de pomme de terre” est un mélange de blé, de soja auquel on a ajouté des vitamines et des sels minéraux, vous venez de dire à l’avocat du diable que la terre tourne autour du soleil.
De la démocratie qu’en sait-on en Haïti? Certainement ceux qui ont vécu à l’extérieur dans des pays démocratiques ont une expérience et une compréhension de ce concept et/ou praxis. Ceux qui ont vécu en Haïti de 1986 à nos jours comprennent peut être bien le mot, on doute qu’ils connaissent la chose. Et si on revoit les bases. Ailleurs, on reconnaît qu’on est en démocratie quand chacun peut dire Oui ou Non sans être obligé de dire pourquoi. En Haïti à l’école on nous pose une question du genre: Oui ou Non justifiez votre réponse. Avec les élections qui arrivent méfiez vous des marchands de farine de pomme de terre. Ce texte sans prétention peut être naïf. Cependant, demandez à celui qui vous prépare la nourriture de vous apporter un pain de savon ou d’ajouter quelques feuilles de laurier à votre sauce. Au moins, wap konn Georges...
