Une cinquantaine d'enfants enrôlés dans des gangs armés ont été recueillis par la Police communautaire. Aucun secteur n'était alors en mesure de les prendre en charge .Les initiatives des Pères Salésiens dans la réinsertion sociale des enfants de rue enclins à l'enrôlement dans des gangs armés n'avaient pas trouvé de débouchés. L'Institut de Bien-Être Social et de Recherches(IBSR) dans ses efforts ponctuels d'attention sociale aux Enfants en Situation Difficile patine à emprunter une intervention durable. Aussi le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD-HAÏTI) a-t-il inscrit dans son agenda la question de l'insertion des Enfants Embrigadés dans les gangs armés comme un volet de toute structure de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion(DDR).Jusque-là, nous n'avons que des décomptes réguliers des organismes internationaux dont l’UNICEF, l'OIM et la Banque Mondiale sur les Déplacés Forcés Internes ainsi que le recrutement des enfants dans des gangs armés.
Les rapports font état de plus d'un million d'enfants exposés à l'influence de groupes armés(UNICEF OIM/DTM, Banque Mondiale,2025).On signale le recrutement de plus de 70% d'enfants en 2024; ce qui constitue jusqu'à 50% de certains groupes armés(UNICEF,ONU,28 février 2025) et repris par Amnesty /Al Jazeera,12 février 2025).
La réactivation de la Commission de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion (CNDDR) a donné une lueur à une issue au problème de réinsertion des Enfants embrigadés dans des gangs armés. Ce, malgré des tentatives éparses apparemment désarticulées de l’État. Il s’agit de création de maisons de réinsertion des jeunes, de projet pilote de prise en charge d'enfants de rue de l'IBSR à Delmas entre autres. La perspective d'internement s’est révélée de plus en plus une pierre d'achoppement. Mais, elle est dominante dans l'histoire des interventions auprès des enfants en situation de délinquance. Les expériences du Centre d'Accueil Duval Duvalier et de la Police sociale du début des années 1960 puissent en témoigner. Ce furent des solutions inefficaces jusqu'à date et eurent participé à générer des mécanismes de reproduction de la délinquance associée à la violence.
La CNDDR se propose de s'inscrire dans un nouveau paradigme. Elle se passe de la vision réductrice depuis les premières expériences de 2006-2011, 2019-2021, au regard de l'Arrêté Présidentiel de sa création de février 2025.En effet, le modèle DDR en soi tend à se limiter à des groupes marginaux. Ce qui a été dénoncé par le président de cette Commission en 2006.Il a été suggéré "d'étendre l'intervention auprès des membres des élites détenteurs d'armes illégales". Déjà, dans la même période, une plateforme de la société civile composée d'ONG a privilégié l'approche centrée sur l'attention aux problèmes sociaux (Le Nouvelliste 8 septembre 2006).
Des opinions sont partagées sur la question de Désarmement Démantèlement et Réinsertion. Dans le milieu gouvernemental les actions vacillent entre hésitations, trébuchements et laissez faire avant de connaitre une percée aux opportunités de réinsertion sociale. Les Nations Unies prônent le dialogue, le désarmement, le démantèlement et la réinsertion. L'approche holistique est indiquée avec emphase sur la promotion et la mise en œuvre des politiques d'inclusion dont la protection de l'enfant. Le PNUD-HAÏTI a déjà soutenu un ensemble d'initiatives et de petits projets concernant la création de clubs de jeunes pour la paix en milieu scolaire, la mise en place de plateforme de signalement numérique de discours anti-haine, accompagnement socio-économique des jeunes, mise en œuvre de travaux communautaires, le support aux Petites et Moyennes Entreprises (PME), l'appui à l'autonomisation financière des femmes, la formation aux droits humains et à la médiation. Pour ce qui concerne, les sensibilités dégagées dans les émissions de libre tribune, elles font référence au scepticisme de la population par rapport à la réinsertion sociale des jeunes embrigadés dans des gangs armés. Des enjeux et dilemmes éthiques viennent se greffer sur la nouvelle dynamique que le CNDDR voudrait frayer au regard du mandat conféré par l'Arrêté présidentiel à sa formation.
Lors du Forum d'engagement du secteur privé dans la réduction de la violence communautaire en date du 6 novembre 2025 la cheffe de la section DDR/CVR en Haïti (BINUH) en la circonstance, "il revient d'investir avec l'université pour la recherche-action et la formation". La question de la réinsertion des jeunes embrigadés dans des gangs armés est un champ neuf de réflexion et d'action en Haïti. On ne saurait agir au coup par coup sinon travailler à la production d'une narration pour soutenir l'action transformatrice ancrée dans des politiques de population à caractère durable et intégrateur.
