(Première partie…)
Résumé
Dans « La fin de l’idéologie du développement », premier chapitre de Des ruines du Développement (Gustavo Esteva, 1996), l’auteur déconstruit l’illusion portée par le mythe du développement universel. Ce paradigme, né à la suite de la Seconde Guerre (dite mondiale) et renforcé par la Guerre froide, a assigné les pays du Sud à un modèle occidental présenté comme unique voie de progrès. En contrepartie, ce projet s’est révélé être un mécanisme de domination économique, politique et culturelle soutenu par la politique des ONGs et des politiques culturelles linguistiques. À travers la critique d’institutions telles que le FMI ou la Banque mondiale, Esteva interroge l’avenir d’un monde en quête de justice post-développementaliste. D'où l’enjeu pour nous, de comprendre comment repenser la liberté économique hors des schémas occidentaux capitalistes imposés?
Mise en contexte
J'ai réalisé ce travail dans le cadre du cours Théorie II en Communication à la grille d'un schéma issu de deux scénarios : primo Dynamisme de lecture dirigée sous la direction de la professeure Jeruscha Vasti Michel, à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH), pour le Travail pratique 2 (TPI 2) remis le 17 février 2023; secondo inscrit d'une analyse sémantique ou métadiscursive, ou du moins d'une critique herméneutique de la question du développement des pays dits Sudistes. Le thème de cette analyse portait sur « Idéologie et Développement », à partir du premier chapitre du livre Des ruines du développement de Gustavo Esteva (Éditions Écosociété, 1996), mis en ligne sur Cairn.info le 5 juillet 2012. Ce texte a servi de base à une lecture critique et sémantique-métadiscursive de la notion de développement que j'ai portée comme pensée ou comme idéologie. L’enjeu pour moi était de dévoiler les mécanismes linguistiques et politiques qui ont légitimé l’imposition d’un modèle unique de modernité aux pays anciennement colonisés. Alors que, par une approche dite postmodernité occidentalo-centrée, ces pays dits « sous-développés » ont été appauvris, pillés, colonisés et piégés dans un récit de progrès contrôlé par les puissances occidentales, colonialistes-capitalistes par la coopération Nord-Sud alimentée par des politiques diplomatiques et organisationnelles, ce, au profit de ressortissants venant de pays (Nord) dits aidants.
Introduction
Le développement a longtemps été perçu comme une promesse de progrès et de dignité pour les peuples pillés, appauvris ou tout simplement dits « sous-développés ». En revanche, derrière les mots séduisants de coopération, d’aide au développement ou de modernisation, de la mondialisation de l'économie, se cachent les mécanismes d’une idéologie aux allures néo-coloniales ou néo libérales ou une politique économicide contre les pays anciennement colonisés. Dans le chapitre La fin de l’idéologie du développement, Gustavo Esteva convoque le caractère fabriqué, normatif et destructeur de cette croyance dominante. Il questionne ses fondements historiques, ses logiques économiques et ses implications politiques, en révélant les échecs patents de cette idéologie. L’analyse d’Esteva nous invite à penser une émancipation hors du cadre du développement imposé. Ainsi, me paraît-il prépondérant de souligner, primo les dynamiques de rapport de lecture du texte, secundo les informations substantielles, tertio, me laissant plongé dans une analyse sémantique et métadiscursive de l’idée de l'aide au développement dit au profit de pays dits pays du Sud.
Dynamique de rapport de lecture
Compte tenu de notre vue générale sur le paradigme idéaliste du Développement, il nous paraît nécessairement important de repérer les éléments pertinents du texte. Notre travail est construit sur quatre piliers :
- Les informations substantielles
- Les mots-Clés
- Les idées pertinentes
- Importance du texte
Les infos substantielles
La fin de l’idéologie du développement, est le premier chapitre du texte de Gustavo Esteva, publié à la fois chez les éditions « Serpent à plumes, en 1993 » et « en 1996, Eco société », sur le titre original de Des ruines du Développement, ensuite mise en ligne sur cairn.info le 05/7/2012.
Les mots-clés
Développement durable, l’aide, Développement discrédité, FMI, IFI, BM, Crise, dette, économie, Coopération, Guerre froide, Guerre mondiale, société traditionnelle, société sous-développée, Nouvelle vision du monde, Pays du Nord, Pays du Sud, modèle de l’occident, décolonisation, colonisation, OTAN... OCDE, APD, big-push, PAS, ONG,
Idées pertinentes
Le concept Développement apparaît vraisemblablement après la Deuxième Guerre 1939-1945 (dite Mondiale pour tenir haut le pont la domination de l'universalisme absolutiste ou la suprématie occidentale puisque c'est son affaire), notamment dans de grandes pensées économiques à la montée de la décolonisation entre les années 1950-1960 (pp. 56-124 et passim). Ce qui fait qu’il reste implicitement un produit de la Guerre froide. En effet, les pays qui n’ont pas bénéficié de l’allégeance de l’industrialisation – dits sous-développés, pourtant appauvris par la politique coopérative pays Nord-Sud – doivent trouver de support économique des pays industrialisés. Support économique qui est justifié par une alternative de moralité « faut combattre la misère ». De son allocution sur l’état de l’Union, Harry Truman, en janvier 1949, se dit être prêt à donner main forte aux pays dits pauvres, pourtant appauvris, dominés. À tel point que ces pays doivent connaître un cheminement identique à celui des pays industrialisés, et qui, en retour, les induisent de la pauvreté à la société de consommation, toujours dans la logique expansive de l'idéologie développementiste capitaliste. Il faut en cela apprécier le travail de Rostow réalisé en 1960, où chaque société passe nécessairement par cinq phases : a) Société sous-développée, b) mise en place des conditions préalables au décollage, c) décollage, d) procès vers la maturité, e) l’ère de la consommation de masse, dans son ouvrage Les Étapes de la croissance économique, un manifeste non Communiste, sur lequel je reviendrai.
Par ailleurs, dans L’Économie du 20e s. François Perroux, le voit comme une « combinaison de changements mentaux et sociaux d’une société qui la rendre apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global » ce qui met au cap l’aspect humain du Développement (Perroux, 1969). En outre « le Développement est un processus global, économique, social, culturel et politique qui vise à améliorer sans cesse le bien-être de l’ensemble de la population… » si l’on croit la Déclaration des Nations Unies sur le Droit au Développement de 1986. De plus, en 1990, le PNUD institue l' IDH pour redéfinir le développement par le PNB/Habitant, au point que l’être humain « développé » est celui pouvant exercer sa capacité de choix, qui a l’accès à la santé et l’éducation.
Le développement devient en fait la politique stratégique de coopération post 1945 que mettent en œuvre les sociétés occidentales centrées pour aider le tiers-monde (Gilbert, 1996). Cette coopération est qualifiée, à partir de 1967 par l’OCDE, d’Aide Publique au Développement (APD). La conviction domine que seuls un apport massif de capital et de création d’infrastructures lourdes peut engendrer le développement (Jean-Jacques, 1987). En ce sens, les pays dits Tiers-Monde ont été contraints par les exigences du marché de la mondialisation de s’adonner à l’endettement pour le Développement (Patrick, 1985, 1er éd).
Cependant, l'on sait bien que le big-push ne permet pas aux pays dits Tiers-Monde de se développer, la preuve en est grande avec les mesures prises par Robert Mac Namara, de la BM en 1973 (ce nous verrons plus tard). Ce qui fait que les pays dits du Sud, non seulement (sur)dominés par des stratégies d’exportations mais aussi minés du processus du tout-État par le tout-marché, sont courbés aux plans d’ajustement du consensus de Washington. Ce qui justifie en fait que la politique de l’aide de l’occident est discréditée, c’est donc un instrument de domination et d'appauvrissement ; par conséquent les États dits Tiers-Monde sont condamnés à l’aide internationale par l’intermédiaire des ONG, à la domination de la consommation capitaliste par la politique économicide du marché capitaliste, voire à la dilapidation si l'on croise l'idée de Latouche, de leurs ressources, (Latouche, 1986). C’est ce que Gustavo appelle, tout court, Les ruines du Développement (Gustavo, 1993).
Les ONG imbriquent leur présence dans les sphères du développement ou du sous-développement (puisque c'est cette dynamique qui reste en vie) Jean Anil Louis-Juste en parle mieux (2003). C’est en 1990 que ce concept allait prendre une autre allure économique plus foncée : on lui ajoute une épithète, développement durable, qui perdure la logique de vie des ONGs qui ne cessent d'aider au développement. Il faut protéger la planète, ses ressources limitées, elles sont là. L’environnement viable et fiable, encore elles. La triplicité schématique retracée à cet ordre des pays anciennement inscrits dans le tableau dit Tiers-Monde allait faire perdre de poids à l’Aide Internationale Publique de Développement par leur croissance économique ; alors, vient cette triplice vision : a) la concurrence économique pour tenir les jambes de la libéralité du marché ; b) prélèvement croissant sur des ressources que l’Occident était seul à consommer ; c) impact environnemental grave par la croissance démographique vite et rapide des pays dits pauvres pourtant appauvris, dominés et par la machine industrielle et la mondialisation du marché du libéralisme économicide des pays dits pays du Sud. C’est donc la nouvelle vision du monde Occidental, mettant fin à la Guerre Froide.
Importance du texte
Sans doute accepter d'abord que le travail de Gustavo s’inscrit dans une logique scientifique de renforcement des disciplines de Sciences Humaines ou Sociales. De plus, le duopole de son approche mérite une attention soutenue, puisque c’est tellement percutantes sinon intéressantes ses approches, dans la mesure où les paradigmes sur les rapports entre pays développés (les moyens ne comptent pas) et ceux dits sous-développés (tenir dans la sous maltraitance de la politique coopérative de non autosuffisante) s'inscrivent dans une dynamique économique de domination fréquente aujourd’hui. En cela, ses travaux peuvent être aujourd’hui les bases théoriques de bon nombre de travaux pratiques dans les domaines de l’économie et du développement.
(Suite à venir…)
joseph.elmanoendara@student.ueh.edu.ht,
+509 32 32 83 83
Masterant en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico; Formation en Sciences Juridiques/FDSE, et en Communication sociale/ Faculté des Sciences Humaines (FASCH),
