Merci, Sébastien Migné, d’avoir accepté, en mars 2024, le choix du Comité de normalisation (CN) de vous confier les destinées des Grenadiers, avec pour objectif de les qualifier pour le Mondial 2026.
Au terme d’une campagne devenue historique, notre pays a retrouvé la Coupe du monde, cinquante-deux ans après l’épopée de 1974. Mission accomplie.
Ce résultat mérite reconnaissance, sans pour autant réduire cette aventure profondément collective au récit de votre seule personne.
Et pour cause : une qualification appartient rarement à l’entraîneur seul. La nôtre porte également la marque INDELEBILE d’un Comité de normalisation rigoureux, ayant su maintenir le cap institutionnel au milieu de très fortes turbulences.
Elle est aussi l’œuvre de joueurs engagés, dispersés dans plusieurs championnats étrangers, mais réunis FIÈREMENT autour du bicolore.
Elle résulte enfin de faits de jeu et de circonstances sportives favorables, saisis au moment décisif.
Cependant, c’est avec un sentiment fortement mitigé que nous avons accueilli plusieurs de vos choix techniques après le match remporté contre la Nouvelle-Zélande (4-0), puis au Mondial : composition des équipes, utilisation des joueurs clés, animation offensive, gestion des temps forts et des temps faibles, pour ne citer que ceux-là.
En effet, après cette éclatante victoire, quatre buts à zéro, contre les Néo-Zélandais, nous pensions enfin tenir une équipe type, capable de réaliser de grandes choses dans une poule où, malheureusement, nous avons perdu nos trois rencontres.
Aussi avons-nous compris les interrogations et les remarques des supporters comme des observateurs plus avisés, qui ont opiné sur vos choix, parfois avec excès, comme partout ailleurs, mais souvent avec pertinence.
À la suite de vos adieux, rapidement suivis de votre nomination au poste de sélectionneur du Gabon, j’appelle à une gratitude réciproque.
Mon pays vous remercie pour votre contribution à l’obtention de ce billet mondialiste.
Mais, à votre tour, vous gagneriez à remercier le Comité de normalisation, les joueurs et le public haïtien de vous avoir offert l’occasion d’inscrire sur votre curriculum vitae une ligne rare : Sélectionneur principal en Coupe du monde.
Dans une carrière d’entraîneur de football, pareil sceau change la perception, élargit les horizons et ouvre des bancs jusque-là plus lointains.
Toutefois, au-delà des résultats, une leçon demeure, que je vous invite à méditer à l’heure d’aborder vos nouvelles fonctions, dans lesquelles je vous souhaite plein succès : le football contemporain circule désormais à ciel ouvert. Vidéos, données, plateformes d’analyse et diffusion mondiale du savoir ont brisé l’ancien monopole de l’expertise que certains techniciens s’attribuaient.
Vous évoluez désormais sous le regard de fans et d’observateurs mieux informés grâce aux avancées technologiques, capables de déceler des vérités tactiques autrefois réservées aux seuls initiés.
De tous temps, amants du football, supporters, journalistes, anciens joueurs et techniciens observent, comparent et décodent, selon des lectures dont la qualité varie, certes, mais, réduire ces voix à des commentaires de « bas étage » relève toutefois d’une appréciation expéditive et maladroite.
Un entraîneur plus accompli écoute, filtre, apprécie, corrige et, surtout, progresse.
Voilà peut-être le dernier enseignement que je peux vous offrir, après que notre pays vous ait accordé sa confiance et une place dans l’histoire de la Coupe du monde de football.
Merci de dire merci à Haïti, Sébastien Migné.
Jovanie Solon
