À travers le monde, les sports urbains tels que le roller skating, le skateboarding, le BMX ou encore la trottinette freestyle connaissent une croissance remarquable. Désormais reconnus jusqu’aux Jeux olympiques, ces disciplines attirent particulièrement les jeunes et constituent de puissants outils d’expression, d’inclusion et de développement social.
En Haïti, cependant, ces sports demeurent largement informels et sont souvent pratiqués dans les rues, faute d’infrastructures adaptées. Et si le pays décidait de transformer cette réalité en lançant plusieurs projets pilotes de parcs de sports urbains dans des zones stratégiques : Par exemple à Delmas 33, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, à Madeline au Cap-Haïtien, à La Savane aux Cayes pour le Grand Sud, ainsi qu’à Raboteau aux Gonaïves pour la région de l’Artibonite et du Nord-Ouest?
Ces localisations ne sont pas choisies au hasard. Delmas 33, au cœur de la capitale, constitue un espace stratégique, accessible et dynamique, fréquenté par une jeunesse nombreuse. Madeline, au Cap-Haïtien, représente un espace clé dans le Nord grâce à son fort potentiel de développement urbain et touristique. La Savane dans la ville des Cayes pourrait jouer un rôle majeur dans le Grand Sud, tandis que Raboteau pour les Gonaïves offriraient un point d’ancrage important dans l’Artibonite et le Grand Nord-Ouest. Ensemble, ces différents sites permettraient de couvrir les principaux pôles du pays. En attendant que chaque département dispose de son propre parc de sports urbains, il est essentiel de lancer des projets pilotes dans des zones stratégiques afin d’amorcer cette dynamique à l’échelle nationale.
Les infrastructures dédiées aux sports urbains se sont développées à partir de la seconde moitié du XXe siècle avec l’essor du skateboard, du BMX et d’autres disciplines issues de la culture de rue. D’abord pratiquées dans des espaces improvisés, ces activités ont progressivement conduit à la création de structures adaptées. Entre les années 1970 et 1980, plusieurs pays européens ont développé des espaces de fitness et d’entraînement en plein air. À partir des années 1990, les investissements dans les installations pour le parkour, le freestyle et les sports urbains se sont multipliés.
Cette évolution s’est accélérée dans les années 2010 avec l’intégration de ces disciplines aux compétitions internationales comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse au Singapour en 2010 et à Nankin en 2014. Leur reconnaissance mondiale s’est affirmée en 2019 avec l’organisation des premiers Jeux Mondiaux Urbains à Budapest. Avec leur inclusion aux Jeux Olympiques de Paris 2024, leur importance grandissante s’est davantage confirmée, transformant les infrastructures urbaines en véritables espaces culturels associant sport, musique, art et mode de vie urbain.
Dans cette perspective, la construction de parcs dédiés aux sports urbains dans des zones comme Delmas 33, Madeline, La Savane et Raboteau offrirait aux jeunes haïtiens des espaces modernes, sécurisés et adaptés à leurs besoins. Ces parcs pourraient inclure des pistes de roller skating, des skateparks (ramps, bowls, rails), des zones pour BMX et trottinette, des espaces d’apprentissage pour les débutants et des zones de compétition.
Au-delà du sport, ces infrastructures auraient un impact social majeur. Elles offriraient aux jeunes une alternative positive, favorisant la discipline, la créativité et la cohésion sociale.
La République dominicaine, notre voisin le plus proche, compte déjà une quinzaine de parcs dédiés aux sports urbains. De son côté, l’État du Massachusetts, aux États-Unis, dont la superficie est comparable à celle d’Haïti (environ 27 336 km²), possède un réseau impressionnant de plus de 4 000 centres récréatifs ainsi que plus d’une centaine d’espaces consacrés aux sports urbains. Cette réalité met clairement en évidence le retard d’Haïti dans ce domaine. Il devient donc urgent d’intensifier les efforts afin d’offrir à la jeunesse haïtienne des espaces adaptés à son épanouissement et à son développement. De tels projets permettraient non seulement de valoriser le potentiel des jeunes, mais aussi de les éloigner de la violence, des groupes armés et de la drogue, en leur proposant des alternatives positives, éducatives et structurantes.
Sur le plan économique, ces parcs pourraient devenir de véritables pôles d’attraction, stimulant les activités commerciales locales et attirant visiteurs et diaspora. En termes de coût, chaque parc pourrait nécessiter un investissement estimé entre 1 et 5 millions de dollars, soit un total de 4 à 20 millions de dollars pour les quatres sites. Ce financement pourrait être assuré par un partenariat entre l’État, les collectivités locales, le secteur privé, les ONG et la diaspora.
Ainsi, Delmas 33, Madeline, La Savane et Raboteau pourraient devenir les premiers symboles d’une nouvelle vision du sport en Haïti : moderne, inclusive et tournée vers la jeunesse.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Commentateur & Analyste sportif
Professeur de Mathématiques et de Sciences
