Dix ans après la soutenance de la thèse de Natalia Marques Da Silva, en 2012, à l'université de Floride aux États-Unis, autour du thème: “Musée en Haïti: évaluation et interprétations actuelles” (Museums in Haïti : current assessment and interpretations), pratiquement le secteur muséal en Haïti n’a pas connu de grands changements, en raison des catastrophes humaines et naturelles, des crises et craintes des acteurs pour investir, pour attirer le plus de visiteurs, ou pour moderniser les équipements disponibles.
De la présence constante des États-Unis dans les principales et les plus importantes collections publiques en Haïti. En dehors de l’influence culturelle majeure de la France en Haïti, les interventions militaires et les successions d’occupation d'Haïti par les États-Unis entre 1914 et 1915 ; 1994 et 2004, laissent certainement des traces et des fragments autant dans la mémoire que dans les collections et les expositions de nos musées.
Dans les collections du Centre d’Art, qui a été fondé par l'américain Dewitts Peters, il est possible de retracer l’influence institutionnelle et symbolique des États-Unis sur Haïti. À travers des oeuvres symbolisant le regard critique ou l'influence esthétique de certains artistes, qu’à travers la participation de ces derniers dans différentes activités culturelles réalisées dans les galeries et les musées aux États unis.
Dans le cadre des commémorations des attentats du 11 septembre aux États-Unis, la galerie Nader, qui dispose également de l’une des plus importantes collections d'œuvres d’art, allait organiser une activité en hommage aux victimes du drame, tout en conservant des oeuvres majeures dans son musée, qui porte le même nom.
Diplomatie culturelle et coopération internationale obligent à poser des questions pertinentes pour mieux réussir les futures négociations. Quels sont les principaux enjeux culturels dans les relations entre Haïti et les États-Unis ? Quel est l'état des lieux autour de la problématique des musées en Haïti, et les possibilités pour les États-Unis de contribuer au redressement de ce sous-secteur ? Quelle place occupe Haïti dans les grandes collections des musées aux États-Unis (vice versa) ? En dehors des pays comme la France, comment Haïti devrait-elle s’organiser pour pouvoir profiter véritablement de l’expertise des États-Unis dans la muséologie ? Existe-t-il une filière de la diplomatie culturelle sur les musées, ou des initiatives importantes dans le passé, pouvant revitaliser les relations présentes et futures entre Haïti et les États-Unis ?
Dans l’une des dernières expositions réalisées par le musée numismatique de la Banque de la République d'Haïti, il était possible de retracer les principales initiatives portées par le président Dumarsais Estimé, pour rembourser la dette d’Haïti envers les États-Unis.
Dans le protocole officiel haïtien, tous les ambassadeurs et chargés d'affaires acrrédités en Haïti vont saluer la mémoire des Pères fondateurs de la Patrie, à la sortie du palais pour présenter leur lettre de créance. Et c'est dans l'exposition permanente du musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH) que même les diplomates des États-Unis pourront découvrir le personnage emblématique de la résistance haïtienne en 1915, Charlemagne Péralte.
Des expositions organisées par le musée d’Art haïtien du collège Saint-Pierre avant 2010, comme d'autres projets initiés par cette institution, à travers des publications, des expositions et des activités de levée de fonds organisées aux États-Unis, permettent de mesurer les relations. Et ce n'est pas son principal conservateur qui séjourne depuis quelque temps chez oncle Sam, qui dira le contraire.
Dans le musée des Femmes d’Haïti, le dernier équipement muséal en date dans le pays, il est possible de découvrir des documentations et des publications sur les femmes et la diplomatie en Haïti. Une belle occasion pour caricaturer les femmes diplomates américaines devenues ambassadrices des États-Unis en Haïti, au fil des ans.
Dans le musée du Parc historique de la Canne à sucre, on est en mesure également d'apprécier des équipements importés des États-Unis, comme le train qui trône sur la cour et d'autres images qui rappellent les saisons florissantes de la compagnie HASCO (Haitian American Sugar Company), en Haïti.
Dans un signal fort lancé par les États-Unis en Haïti, en février 2020, plusieurs centaines de pièces archéologiques, des objets issus d’un trafic vers les États-Unis qui ont été suivis pendant plusieurs décennies avaient été remis au Bureau national d’Ethnologie, via son directeur général Erol Josué, un représentant du FBI, l’ambassadrice des États-Unis à l'époque, Michèle Sison, accompagnée de membres de l’ambassade, des archéologues haïtiens et des techniciens du BNE.
Dix ans plus tôt, en 2010, dans les semaines qui ont suivi le séisme du 12 janvier, un accord avait été signé entre les autorités politiques culturelles haïtiennes, la ministre de la Culture et de la Communication de l'époque, Marie Laurence Jocelyn-Lassègue, avec le représentant de la plus importante institution muséale des États-Unis, la Smithsonian, pour la création du Centre de Sauvetage des Biens culturels dirigé à l’origine par l’ancien ministre Olsen Jean Julien.
De nombreux cadres haïtiens avaient été formés depuis, dans le sauvetage des biens culturels et la gestion des collections, avec la participation de plusieurs experts et professeurs spécialisés et responsables des musées aux États-Unis, au Canada, et en Europe. Et c'est à partir de cette formation que le Collectif Haïti Musée allait voir le jour, pour ainsi s'impliquer activement dans la démocratisation du concept des musées et de la valorisation du patrimoine des institutions sociales en Haïti, à travers différentes activités et les nombreuses publications qui suivent.
Dans une réunion organisée entre les responsables culturels haïtiens et américains à Washington D.C. , le 5 mai 2010, les bases du projet de Sauvetage culturel avaient été jetées. Plusieurs noms importants dans le secteur muséal aux États-Unis étaient présents à cette rencontre, parmi lesquels on peut citer: Margo Lion, coprésidente de la Commission présidentielle des États-Unis pour les Arts et les Humanités ; G. Wayne Clough, secrétaire de Smithsonian Institution ; Richard Kurin, sous-secrétaire pour l’Histoire, les Arts et la Culture de la Smithsonian Institution ; Rachel Goslins, directrice exécutive, de la Commission présidentielle des États unis pour les Arts et les Humanités, Marsha Semmel, directrice par intérim, Institut des Services de Musee et de Bibliothèque aux États unis.
Durant le mois d'octobre 2021, un professionnel des musées en Haïti avait été sélectionné dans une liste de cinquante professionnels des musées dans le monde, pour participer à la conférence internationale des musées qui se tenait en Pologne, par le Committee for Museums and Collections of Modern Art (CIMAM).
Durant la fin du mois de septembre 2022, de sombres images montrent les portes ouvertes et les collections livrées et non sécurisées de l’un des rares musées de la province que disposait le pays, et dont le fondateur Williams H. Hodges en 1983, un collectionneur américain, qui serait depuis quelque temps parti à la retraite. Le musée de Guahaba au Limbé n’a plus ses lettres de noblesse. N’est-ce pas une belle opportunité pour renforcer la coopération culturelle stratégique entre les deux pays ?
Dans quel sens la coopération au niveau des musées entre les États-Unis et Haïti pourrait-elle concilier les intérêts et les valeurs entre les deux pays ? Comment justifier pour les Etats-Etats que le bien-être de la population haïtienne, la valorisation du patrimoine commun dans le continent et le développement d'Haïti pourrait grandement rassurer les pays en Afrique, pour ne pas choisir la Russie comme partenaire, en s'inspirant des traitements privilégiés accordés par les États-Unis (le plus riche État dans le monde et en sur le continent) envers la Réblique d'Haïti ?
Dominique Domerçant
