À l’heure où la mi-janvier sonne le glas de la plupart des bonnes résolutions, certains choisissent de s’arrêter pour regarder honnêtement d’où ils partent. À Bruxelles, loin des slogans de performance et des promesses de transformation miracle, un petit groupe explore le coaching comme un outil de réappropriation du désir. Entre silence et introspection, ce travail sur les valeurs ne cherche pas à transformer les vies, mais à redonner du poids au choix individuel dans une société saturée d’injonctions. Récit d’un week-end où le calme devient une forme de résistance.
Au début de l’année, à Bruxelles, une neige légère tombe sur la ville. Devant la maison où se tient l’atelier, quelques participants hésitent encore. Le lieu, fermé pendant deux semaines pour les vacances de Noël, n’est pas facile à trouver. Peu à peu, les arrivées se succèdent. Les manteaux sont accrochés dans l’entrée et chacun prend place dans la pièce principale, où un cercle de chaises a été installé autour d’une table basse recouverte de carnets et de stylos.
La séance commence par une présentation simple des participants : parcours, situation actuelle, attentes. Le groupe est volontairement restreint. Une ancienne diplomate à la retraite, un cadre d’entreprise, une jeune femme en reconversion, un quadragénaire en questionnement professionnel. Les trajectoires diffèrent, mais une tension commune apparaît rapidement : celle qui oppose ce qui est attendu socialement et ce qui est réellement désiré.
À peine formulées, la plupart des bonnes résolutions sont déjà abandonnées. Selon plusieurs études européennes, plus d’une sur deux disparaît avant la mi-janvier. Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de travail, la saturation mentale et la multiplication des sollicitations numériques, certains choisissent pourtant de ralentir. Le temps d’un week-end, ces participants prennent part à un atelier de coaching consacré aux « résolutions en conscience ».
Le cadre est volontairement sobre. Pas de slogans motivants ni de promesses de transformation rapide. L’objectif consiste d’abord à clarifier la situation de départ. « Avant de décider où aller, il faut regarder honnêtement d’où l’on part », explique Daniel, coach certifié et fondateur de Syntonia Coaching et Développement.
Les participants sont invités à dresser une cartographie de l’année écoulée : engagements pris par habitude, renoncements discrets, déséquilibres prolongés. L’exercice se déroule en silence. Dans un environnement professionnel et numérique saturé de notifications et d’interruptions, cette absence de stimulation extérieure devient inhabituelle. Pendant plusieurs minutes, seule l’écriture occupe la pièce.
Fabienne*, 65 ans, évoque une vie « très remplie » dont elle cherche désormais à redéfinir l’équilibre. Marc*, 47 ans, décrit une carrière réussie sans direction clairement identifiée pour la suite. Anaïs*, 27 ans, exprime la crainte de ne pas tenter certains projets « tant qu’il en est encore temps ». Bilal*, 32 ans, formule le doute plus directement : « Je ne sais pas si j’ai déjà vraiment choisi. »
L’après-midi est consacré aux valeurs. L’exercice consiste à identifier celles qui résistent lorsque les choix deviennent coûteux. En binôme, chaque participant formule ses priorités tandis que l’autre reformule. Les décalages apparaissent parfois nettement : invoquer la liberté tout en laissant son agenda être dicté par la peur de déplaire, ou revendiquer la créativité sans jamais laisser de place au temps libre.
Le coach travaille dans un cadre déontologique précis : confidentialité, non-jugement et supervision professionnelle. Il ne prescrit pas de solutions mais accompagne la formulation des choix. « Le coaching n’est ni une thérapie ni une formation. Il ne soigne pas et n’enseigne pas. Il aide à décider », rappelle-t-il.
Le dimanche, le travail se concentre sur la mise en action. À partir de l’intention formulée la veille — une direction plutôt qu’un objectif abstrait — chaque participant définit un engagement concret pour les semaines à venir. Julien*, cadre dans une entreprise internationale, arrive avec une demande classique : être plus à l’aise à l’oral. Après plusieurs reformulations, l’objectif retenu devient précis : intervenir sans notes pendant cinq minutes lors de la réunion mensuelle de mars.
Les étapes sont ensuite définies : quatre actions simples réparties sur un mois. Les obstacles possibles — fatigue, dispersion, peur du regard des autres — sont identifiés sans dramatisation et mis en regard des ressources disponibles. Ces ateliers collectifs se présentent comme une initiation ponctuelle, chacun restant libre de poursuivre ou non la démarche.
Ce type de travail suppose toutefois certaines conditions : disponibilité mentale, temps libre et une forme de stabilité personnelle. S’arrêter un week-end pour réfléchir à ses choix reste un luxe discret pour de nombreuses personnes.
Au moment de formuler son objectif, une participante remarque qu’en l’écrivant, il apparaît que ce n’était pas une résolution mais une injonction. Le coach lui suggère alors de reformuler cette contrainte en intention, afin de clarifier ce qui relève réellement du choix.
Le dimanche soir, le groupe se sépare dans une atmosphère calme. Les participants disent repartir avec une vision plus claire de leurs priorités. À l’extérieur, la neige continue de tomber sur Bruxelles tandis que chacun quitte progressivement la maison pour rejoindre les rues du centre.
Rien ne garantit que les résolutions formulées durant le week-end seront tenues. Mais pendant deux jours, au moins, le temps aura été pris de choisir.
David B. Gardon
Correspondant en Belgique
