Un député dominicain propose de rendre obligatoire l’enseignement du créole haïtien, de l’anglais et du français dans toutes les écoles du pays, du primaire au secondaire, selon les informations dont dispose le quotidien Le National. Si l’initiative est encore loin d’être adoptée, elle relance déjà le débat sur la place des langues et sur les relations entre Haïti et la République dominicaine.
Toujours selon les informations recueillies par le journal, le député dominicain Julio César Beltré, membre du Parti révolutionnaire moderne (PRM), a déposé, le 31 août 2026, un projet de loi visant à introduire obligatoirement l’enseignement du créole haïtien, de l’anglais et du français dans le système éducatif de la République dominicaine.
La mesure concernerait les établissements publics, privés et mixtes autorisés par le ministère dominicain de l’Éducation. Elle s’appliquerait à tous les élèves, du primaire jusqu’à la fin du secondaire.
Pour justifier l’introduction du créole haïtien, la direction du journal est en mesure de confirmer que le projet met en avant les liens historiques, commerciaux, culturels et migratoires qui unissent les deux pays partageant l’île d’Haïti. Il souligne également l’importance des échanges dans les zones frontalières.
Les promoteurs de l'initiative confirment pour Le National qu’une meilleure connaissance du créole pourrait faciliter la communication et renforcer certaines formes de coopération entre Haïti et la République dominicaine.
Le projet ne prévoit toutefois pas de limiter l’enseignement du créole aux seules régions frontalières. S’il est adopté, tous les élèves dominicains seraient concernés, quelle que soit leur région ou le type d’établissement qu’ils fréquentent.
Toujours selon les informations que nous sommes en mesure de confirmer, l’anglais et le français figurent également parmi les langues dont l’enseignement deviendrait obligatoire. L’anglais est présenté comme un outil essentiel pour le commerce, le tourisme, les services ainsi que l’accès aux connaissances scientifiques et technologiques. Le français, quant à lui, s'inscrit dans une politique de diversification de la formation linguistique.
La mise en œuvre de la loi serait progressive. Le ministère dominicain de l’Éducation disposerait d’un délai de douze mois après une éventuelle promulgation pour définir les programmes, le nombre d’heures de cours et les standards d’apprentissage. L’application complète de la réforme devrait intervenir dans un délai maximal de cinq ans.
Le journal peut rassurer que le texte prévoit également la formation et la certification des enseignants, en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie ainsi qu’avec les universités. Des ressources budgétaires devraient également être mobilisées pour assurer la mise en œuvre du projet.
Mais l’initiative ne fait pas l’unanimité. Ramfis Domínguez Trujillo, président du Parti Esperanza Democrática, s’est publiquement opposé à l’idée de rendre le créole obligatoire dans les écoles dominicaines. Il a notamment demandé au PRM de préciser si cette proposition représente une initiative personnelle du député Julio César Beltré ou une position soutenue par l’ensemble du parti.
À ce stade, le texte reste un simple projet de loi. L’enseignement obligatoire du créole, de l’anglais et du français n’est donc pas encore une réalité en République dominicaine. La proposition devra poursuivre son parcours au Congrès avant de pouvoir éventuellement être adoptée.
Pour Haïti, cette initiative soulève également une réflexion plus profonde sur la place des langues dans l’éducation. Alors que le créole est parlé et compris par l’ensemble de la population, le français demeure encore largement la langue privilégiée de l’enseignement et c’est la langue de l’administration publique et de nombreuses institutions. La République dominicaine pourrait-elle ainsi ouvrir un débat qui oblige Haïti elle-même à repenser sa propre politique linguistique et éducative ?
Elmano Endara Joseph
