Trois semaines, plus de 200 enfants et un projet qui veut désormais changer d’échelle. Régine Nicolas, présidente de la Fondation Jean Lifaite Nicolas, dresse le bilan de la troisième édition du camp d’été et appelle à des financements plus stables pour aller plus loin.
L’objectif, explique Régine Nicolas, est d’offrir à des enfants issus de milieux divers un cadre sécurisé, inclusif et bienveillant, propice à leurépanouissement et au développement de leurconfianceeneux. À travers des activités éducatives, culturelles, artistiques, sportives et psychosociales, les organisateurs cherchent à valoriser les talents et le potentiel de chaque enfant, conformément au thème de cette troisième édition : « Chaque enfant compte, chaque rêve mérite une chance ».
Tout au long du camp, les enfants ontparticipé à un programme varié mêlant activités éducatives, artistiques, récréatives et psychosociales. Des séances de lecture, des cours d’anglais, de la danse, des ateliers de peinture et de macramé, ainsi qu’un accompagnement psychologique leur ont notamment été proposés.
Des ateliers pratiques ont également permis de les initier à la préparation de certains produits du quotidien, notamment des détergents, du savonliquide et de l’essence. Selon les organisateurs, ces activités visaient à developer l’autonomie, la créativité, le sens de l’initiative et l’esprit d’entrepreneuriat, tout en favorisant l’acquisition de nouvelles compétences.
Une attention particulière a par ailleurs été accordée à l’inclusion, à la santé et aux besoins spécifiques des enfants. Des activités de repérage et d’observation ont notamment permis de mieux identifier certains signes pouvant évoquer des troubles du spectre de l’autisme ou d’autres besoins particuliers. Lorsque des difficultés étaient relevées, les familles pouvaient être sensibilisées et, si nécessaire, invitées à consulter des professionnels ou des services spécialisés pour une évaluation plus approfondie.
À travers cet ensemble d’activités, la Fondation entendait favoriser le développement global des participants, enassociant apprentissage, créativité, expression personnelle et accompagnement psychosocial. Régine Nicolas souligne que les enfants ont pleinement adhéré au programme et que les retours des parents ont également été très positifs, un signe encourageant, selon elle, de la réussite de cette troisième édition.
« De bouche à oreille »
Pour des raisons de sécurité, la Fondation Jean Lifaite Nicolas ne communique pas à l’avance le lieu de sesactivités destinées aux enfants. Cettetroisièmeédition du camp d’été a été accueillie à l’École Notre-Dame de l’Assomption par les Montfortains. « Je remercie de tout cœur les Pères Montfortains pour leuraccueil », dit Régine Nicolas.
Pour faire connaître le camp et recruter les participants, la Fondation s’appuie sur plusieurs relais : le bouche-à-oreille, les reseaux sociaux, ses partenaires, mais aussi les écoles, les églises, les religieux, les moniteurs et différents acteurs communautaires. Les recommandations de parents satisfaits jouent également un rôle important, certaines familles revenant d’une année sur l’autre.
La Fondation avait prévu d’accueillir 200 enfants, mais a reçu plus de 250 inscriptions. Faute de moyens suffisants, ces demandes supplémentaires ont dû être refusées. Pour les organisateurs, cet engouement témoigne à la fois de la confiance des familles et du manque, enHaïti, d’activités éducatives, sociales et culturellesgratuitesaccessibles aux enfants.
Les contraintes financières ont également pesé sur la programmation. Régine Nicolas explique qu’il est difficile d’établir un coût global réellement représentatif de cette troisième édition, plusieurs activités initialement prévues ayant dû être réduites ou abandonnées pour s’adapter aux ressources disponibles. La Fondation espère donc mobiliser davantage de partenaires et de moyens afin d’élargir sa capacité d’accueil et de proposer, lors des prochaineséditions, un programme plus complet.
Un bilan jugé positif
La Fondation dresse un bilan très positif de cette troisième édition, qu’elle considère comme une étape de maturité pour le camp. De nouvelles initiatives, comme un marché aux puces, la participation d’artisans et une fête organisée avec Frooty, ont enrichi le programme et renforcé sa dimension conviviale.
Au-delà des activités, la Fondation met surtout en avant l’impact concret du projet. Une partie des fonds recueillis a permis d’aider certains enfants à être scolarisés ou à réintégrer le système scolaire. Le camp tend ainsi à devenir un veritable espace d’apprentissage, de socialisation et d’accompagnement, mêmesi les contraintes financières ont limité certaines ambitions.
Cette troisième edition n’aurait toutefois pas pu voir le jour sans le soutien des donateurs, partenaires, professionnels et bénévoles, dont certains accompagnent la Fondation depuis la première année. Contributions financières, dons de nourriture, livres, soins, services, expertise ou temps consacré : cette mobilisation a constitué une veritable chaîne de solidarité au service des enfants.
Parmi les contributeurs figurant notamment 26 entreprises de la place (1) ainsi que Raphaëlle Dodard, Frétude Desmarattes, Robert Deeb, Henri-Claude Muller-Poitevien et Kerline Métayer. La Fondation souligne également l’appui des Frères MissionnairesMontfortains, qui ont accueilli le camp dans leurs locaux.
Les photographes Lincoln Abraham et Jean Paul E. Kinderlyont, de leur côté, documenté les principaux temps forts de cettetroisième édition. La Fondation mentionne enfin le soutien des superviseurs de Compas Market à Juvénat, de Rinaldo, de Rigaud et de plusieurs donateurs anonymes.
En quête de partenaires institutionnels
Pour la Fondation, cette troisième édition marque un tournant. Après trois années d’expérience, le camp entre dans une phase de consolidation et doit désormais se doter de moyens plus stables pour poursuivre son développement.
Jusqu’ici, son financementreposaitlargement sur des contributions ponctuelles, souventrecherchées à l’approche de chaqueédition. Un fonctionnement que Régine Nicolas souhaitedésormais faire évoluer. Pour préparer la quatrièmeédition dans de meilleures conditions, la Fondation entend privilégier des partenariats institutionnels conclus sur des périodes déterminées, afin de mieux anticiper les besoins, sécuriser les ressources et élaborer une programmation plus ambitieuse.
L’objectif est de sortir progressivement d’une logique d’urgence pour inscrire le projet dans la durée. Une meilleure visibilité financière permettrait non seulement de renforcer les activités proposées aux enfants, mais aussi d’élargir l’accompagnement éducatif, psychosocial et scolaire.
Cette volonté de pérennisation passe également par un autre projet majeur : disposer d’un local permanent. À terme, la Fondation souhaite créer un veritable centre consacré aux enfants et aux jeunes, capable d’accueillir des activités tout au long de l’année et, éventuellement, de développer un projet scolaire.
Après trois éditions, Régine Nicolas estime que le camp a fait ses preuves et gagné la confiance de ses partenaires. La prochaine étape consiste désormais à transformer cette experience en un projet plus structuré et plus durable, capable d’accompagner les enfants bien au-delà des seules vacances d’été.
Une ambition qui reste à concrétiser, mais qui donne déjà un nouveau sens au chemin parcouru. Car, au fond, l’objectif reste le même : offrir à chaque enfant un lieu où il puisse apprendre, s’épanouir, être écouté et, simplement, avoir la possibilité de rêver plus loin.
Huguette Hérard
(1) Maison Charles Féquière S.A.; Maison d’Édition Toussaint; Fondation Sogebank; Chamo Trading; Pro-Pharma; Crescendo; CCIHC – Chambre de Commerce et d’Industrie Haïtiano-Canadienne; Brasserie La Couronne; Lakou Panou; Navary Bio (qui a offert aux enfant du beurre de cacahuète); BRANA; Laboratoires 4C; Caribbean Food Manufacturing; Fondation Transversal; Parenn Haïti; Frooty; Kopivit Action Sociale; Lakay Info 509; HCI; Food for the Poor; Unbrossa; Fondation TOYA (pour les séances de thérapie par la lecture); Accent Aigu (pour les séances de lecture); Hôpital DASH (pour son don de 200 cartes médicales destinées aux enfants); Vision Chic (pour les consultations, examens et médicaments à prix réduit pour les enfants); Direction Nationale du Livre (pour ses dons de livres).
(2) La fondation est joignable au (509) 46 88 7278 et sur contact@jlnhaiti.org.
