Lauréat de la 9ᵉ édition du Concours national de plaidoirie sur les droits humains, organisé par le Bureau des droits humains en Haïti (BDHH), Anson Dacius voit dans cette distinction l'aboutissement de plusieurs années de persévérance.
À sa quatrième participation, le jeune juriste a convaincu le jury en défendant une position critique sur le recours aux entreprises militaires privées dans les opérations de maintien de la paix.
Dans cet entretien accordé à Le National, il revient sur son parcours, partage sa vision de la défense des droits humains en Haïti et lance un appel à la jeunesse à s'engager dans la promotion de la justice, de la recherche et de l'État de droit.
Le National : Vous venez de remporter la 9ᵉ édition du Concours national de plaidoirie sur les droits humains. Que représente cette victoire pour vous, tant sur le plan personnel que professionnel ?
Anson Dacius : Cette victoire représente avant tout l'aboutissement d'un long parcours de persévérance. C'est ma quatrième participation à ce concours. J'ai connu la peur, les échecs et les remises en question avant d'arriver à ce résultat. Sur le plan personnel, elle me rappelle que la persévérance finit toujours par être récompensée.
Sur le plan professionnel, cette distinction renforce sa crédibilité et m'encourage à poursuivre mon engagement en faveur des droits humains. Elle me motive également à continuer à développer la Voix haïtienne des droits humains (VOAHDH) afin de contribuer davantage à la promotion des droits humains, notamment auprès des jeunes.
Le National : Quel sujet avez-vous défendu lors de la finale et quels étaient les principaux arguments qui ont, selon vous, convaincu le jury ?
Anson Dacius : Lors de la finale, j'ai défendu la position selon laquelle les entreprises militaires privées ne devraient pas être autorisées à participer aux opérations de maintien de la paix.
J'ai soutenu que le maintien de la paix est une responsabilité qui ne peut être guidée par des intérêts commerciaux. J'ai insisté sur les risques liés à la privatisation de la sécurité, notamment en matière de responsabilité, de protection des populations civiles et de respect du droit international. J'ai également souligné l'importance pour les Nations Unies de préserver leur impartialité et leur légitimité dans les opérations de paix.
Je pense que le jury a été sensible à la cohérence de mon raisonnement, à la solidité de mes arguments juridiques et à ma capacité à répondre aux objections de la partie adverse.
Le National : À travers cette compétition, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Haïtiens, notamment aux étudiants en droit, sur l'importance de la défense des droits humains ?
Anson Dacius : Je voudrais leur dire de ne jamais avoir peur de l'échec. L'échec n'est pas une fin ; il est souvent le meilleur professeur.
Lors de la sixième édition, j'avais été présélectionné pour la phase orale, mais la timidité m'a empêché de plaider. Je suis rentré chez moi en larmes. Les deux années suivantes, j'ai plaidé sans parvenir à franchir les étapes suivantes. Aujourd'hui, à ma quatrième participation, je suis devenu lauréat.
À tous les jeunes, je veux dire : osez vous engager, osez prendre la parole et défendre les causes qui vous tiennent à cœur. Les droits humains ne concernent pas seulement les juristes ; ils concernent chaque citoyen.
Le National : Selon vous, quels sont aujourd'hui les principaux défis en matière de protection et de promotion des droits humains en Haïti, et quel rôle les jeunes juristes peuvent-ils y jouer ?
Anson Dacius : Les défis sont immenses. Aujourd'hui, beaucoup d'Haïtiens peinent à exercer des droits aussi fondamentaux que le droit à la vie, à la sécurité ou à la liberté de circulation. Les jeunes sont particulièrement touchés par cette réalité.
Il est également urgent de mettre en place de véritables politiques publiques en faveur de la jeunesse. Les changements climatiques, l'intelligence artificielle, les déplacements forcés de population et la crise de l'État de droit sont autant de défis auxquels notre génération devra répondre.
Les jeunes juristes ne doivent pas rester spectateurs. Ils doivent utiliser leurs connaissances pour défendre les plus vulnérables, produire des recherches, proposer des réformes et participer activement au débat public. Nous avons la responsabilité de construire une Haïti à la hauteur de son histoire.
Le National : Après ce sacre, quels sont vos projets et ambitions ? Envisagez-vous de poursuivre votre engagement dans le domaine des droits humains, de la plaidoirie ou de la recherche juridique ?
Anson Dacius : Absolument. À court terme, mon objectif est d'obtenir ma licence en droit. Ensuite, j'espère bénéficier d'une bourse pour poursuivre un master en droits de l'homme, avec l'ambition, un jour, de réaliser un doctorat dans ce domaine.
Parallèlement, je souhaite continuer à renforcer la Voix haïtienne des droits humains (VOAHDH) afin d'en faire un acteur de référence dans la promotion et la défense des droits humains en Haïti. Je veux poursuivre mon engagement à travers la recherche, le plaidoyer, la formation et la pratique du droit.
Mon ambition est d'être utile à mon pays, de contribuer à l'avancement des droits humains en Haïti et au-delà de nos frontières, tout en inspirant davantage de jeunes à s'engager. Les droits humains ne sont pas seulement l'affaire des juristes ou des institutions : ils sont l'affaire de chacun de nous.
À travers ce parcours marqué par la persévérance, Anson Dacius entend démontrer que la défense des droits humains commence par l'engagement individuel et la rigueur intellectuelle. Son ambition dépasse le cadre des concours de plaidoirie : il souhaite contribuer durablement au renforcement de l'État de droit, de la recherche juridique et de la formation citoyenne en Haïti. Pour le jeune lauréat, la protection des droits fondamentaux ne relève pas uniquement des institutions ; elle constitue une responsabilité collective qui interpelle chaque citoyen.
Elmano Endara JOSEPH
