Dans le cadre solennel des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes, la Voix haïtienne des droits humains (VOAHDH), marchant de pair avec la Commission épiscopale nationale Justice et Paix (CE-JLAP), a dressé un miroir sans complaisance devant les plaies béantes de notre société le samedi 30 mai à Pétion-Ville. Ce forum, articulé autour d’un thème aux résonances de réquisitoire, « Jeunesse haïtienne face à la crise des droits humains : entre invisibilité et résistance », s’est mué en un véritable tribunal de la conscience collective. Selon les informations soigneusement recueillies et analysées par la rédaction du journal Le National, c’est un vent de lucidité critique et d’indignation digne qui a soufflé sur la capitale.
L'aréopage réuni pour l’occasion était à la mesure des analyses : magistrats, gardiens des lois, figures de proue de la société civile, militants des droits humains et, surtout, cette sève vive de la nation — une jeunesse ardente, venue arracher son droit à la parole.
Les témoignages et analyses partagés lors de ces assises dessinent les contours d'une tragédie structurelle. Les interventions des magistrats Johnson Melse et Marthel Jean Claude, conjuguées à la parole forte de Madame Jocelyne Colas, directrice exécutive de la CE-JLAP, ont mis à nu les mécanismes d'une détresse générationnelle. Prise en étau entre l’exil intérieur des déplacements forcés, les assauts de l'insécurité et les barrières infranchissables barrant l’accès à l’éducation et à l'emploi, la jeunesse se heurte à un mur d'indifférence étatique.
La rédaction de Le National a particulièrement retenu cette sentence des intervenants, dénonçant avec minutie : « l’absence de politiques publiques cohérentes capables de répondre aux besoins et aux aspirations des jeunes ».
Ce constat n'est pas une simple formule de style, cependant ; il s'agit de la formule d'une faillite systémique où l’État, par son inertie, condamne sa propre force motrice à l'inexistence politique et sociale.
Alors que, là où d'aucuns ne verraient qu'un paysage de ruines et de résignation, les observations de la rédaction révèlent un sursaut d'une rare noblesse. Sous la cendre des crises multiformes, couve un feu sacré que le marasme ambiant ne saurait éteindre. Le forum a mis en lumière la « remarquable capacité de résilience, de résistance et d’engagement de la jeunesse haïtienne ».
Loin de se complaire dans la posture de la victime passive, ces jeunes investissent leurs communautés, transmuant la précarité en un rigoureux engagement citoyen pour la défense des libertés fondamentales et le relèvement de la patrie.
Il devient désormais impératif de briser les vieux schémas d'une rhétorique lénifiante qui renvoie systématiquement la jeunesse à un horizon lointain et abstrait. C’est le cœur même du plaidoyer porté par la VOAHDH et ses alliés : « la jeunesse ne peut être considérée uniquement comme l’avenir du pays ».
Elle est le muscle, l'esprit et l'urgence du présent. Elle constitue, d’ores et déjà, une force sociale essentielle qui exige d’être écoutée, protégée et impérativement associée aux grandes décisions qui scellent le destin de la République. En réaffirmant son engagement sacré pour la promotion des droits humains, la VOAHDH sonne le cor de la mobilisation intellectuelle et civique, rappelant aux décideurs que négliger la jeunesse revient, purement et simplement, à acter le suicide historique de la nation.
Elmano Endara JOSEPH
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