La fête des Mères revêt une signification historique importante. Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains organisaient déjà des célébrations en l’honneur de divinités maternelles telles que Rhéa et Cybèle. Au XVIe siècle, en Angleterre, les domestiques bénéficiaient d’une journée de congé pour retourner à leur « église mère », ce qui constituait une rare occasion de retrouver leurs familles.
En France, la fête des Mères fut célébrée pour la première fois en 1906 et visait initialement à honorer les mères de familles nombreuses. Aujourd’hui, cette célébration est devenue l’un des événements familiaux les plus marquants à travers le monde.
La maternité représente souvent l’une des expériences les plus enrichissantes dans la vie d’une femme, mais également l’une des plus éprouvantes. Chaque jour, des millions de femmes affrontent des conditions extrêmement difficiles afin de protéger leurs enfants et de leur offrir un environnement propice à leur épanouissement.
En Haïti, comme à l’accoutumée, les mères sont célébrées le dernier dimanche du mois de mai. Toutefois, cette journée de reconnaissance et d’affection ne saurait effacer la douleur de nombreuses mères qui se battent pour nourrir leur foyer et sont victimes de l’insécurité grandissante que connait le pays.
De Port-au-Prince à Ganthier en passant par Delmas, Tabarre et Croix-des-Bouquets pour ne citer que ces villes, plusieurs familles vivent depuis plus de deux ans dans une situation de déplacement forcé provoquée par les violences du groupe armé « 400 Mawozo », Chien Méchant et autres.
Sous le regard passif des autorités étatiques, des dizaines de mères ont été contraintes d’abandonner leurs maisons et leurs biens pour trouver refuge à Fonds-Parisien, Thomazeau, Fonds-Verrettes, Thiotte, Léôgane, Jacmel et dans d’autres communes avoisinantes ou du pays en général.
Livrées à elles-mêmes, ces femmes n’ont bénéficié d’aucun véritable accompagnement de l’État. Leur survie dépend essentiellement de la solidarité de certaines institutions humanitaires ainsi que du soutien de la diaspora.
Pour les mères déplacées de Ganthier avec lesquelles nous avons plus de proximité physique, cette fête des Mères résonne avant tout comme un cri de détresse : « Nou bouke ». Derrière les célébrations et les hommages habituels se cachent la souffrance, l’incertitude et l’humiliation de femmes contraintes de fuir leur foyer afin d’échapper à la violence des gangs armés. Pour ces femmes, cette journée censée symboliser la joie et la reconnaissance prend malheureusement un goût amer.
Au regard de la place centrale qu’occupent la maternité et la figure maternelle dans l’histoire des sociétés humaines, les mères déplacées de force réclament avant tout le droit fondamental de retourner chez elles dans la sécurité et la dignité. Or, garantir la sécurité des citoyens demeure l’une des missions essentielles de l’État. Dès lors, pourquoi les mères semblent-elles aujourd’hui abandonnées à leur sort ?
Rodady Gustave
Avocat
