En mission en Haïti depuis le 2 septembre, le Groupe des personnalités éminentes (GEP) de la CARICOM a multiplié les rencontres avec des représentants du gouvernement, le Conseil électoral provisoire (CEP), des partis politiques et des organisations de la société civile. Une série de consultations destinée à prendre le pouls des différents secteurs sur la transition, la sécurité et la tenue des prochaines élections.
Composé des anciens Premiers ministres Perry Christie des Bahamas, Kenny Anthony de Sainte-Lucie et Bruce Golding de la Jamaïque, le GEP de la Communauté des Caraïbes a consacré une semaine à des échanges avec plusieurs protagonistes de la crise haïtienne. Dans une note publiée le 7 septembre, la CARICOM a expliqué que cette visite devait permettre à ses émissaires de recueillir directement les positions des parties prenantes sur la gouvernance, la sécurité et les préparatifs des élections annoncées pour le 13 décembre 2026.
Du gouvernement au CEP
Dès le début de leur mission, les émissaires caribéens ont rencontré la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin. Les échanges ont notamment porté sur la situation politique et sécuritaire du pays ainsi que sur les conditions nécessaires à l’organisation d’un scrutin crédible.
Le 4 septembre, le GEP s’est entretenu avec les membres du CEP à Pétion-Ville. L'ancien président de l’institution électorale, Jacques Desrosiers, a présenté l’état d’avancement du processus, notamment l’inscription des électeurs, le fonctionnement des Centres d’inscription et de vote et les dispositions prises pour faciliter l’accès aux services électoraux. Les deux parties ont également abordé le calendrier électoral et les prochaines étapes devant conduire aux élections.
Les partis politiques exposent leurs préoccupations
Les consultations se sont ensuite étendues aux différents courants politiques. Le GEP a notamment échangé avec des représentants de l’Opposition plurielle et d’autres acteurs engagés dans les discussions sur la transition. Ces rencontres ont permis aux émissaires de recueillir des positions parfois divergentes sur la gouvernance et les conditions à réunir avant les élections.
Le 7 septembre, les représentants de Les Engagés pour le développement (EDE) ont à leur tour rencontré la délégation. Le chef de file du parti, Claude Joseph, a indiqué que les discussions avaient porté sur la situation politique, la transition et les perspectives d’organisation des élections. À l’issue de la rencontre, il a notamment estimé que le calendrier électoral n’était pas réaliste et plaidé pour des modifications du décret électoral. Il a également appelé à la formation d’un gouvernement capable, selon lui, de rétablir la sécurité et de créer les conditions nécessaires à la tenue du scrutin.
La Coalition des Forces Républicaines (CFR), regroupant 44 partis et organisations, a également rencontré le GEP le 7 septembre. La coalition a présenté ses préoccupations autour de la conjoncture politique, de la transition et de la préparation des prochaines élections. Elle a notamment insisté sur la nécessité d’une gouvernance équilibrée et sur l’amélioration de la sécurité.
Selon les informations rapportées après cette rencontre, la CFR a également plaidé pour le déblocage des axes routiers et la neutralité de l’État dans le processus électoral. Me André Michel a notamment exprimé des réserves concernant l’orientation politique du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.
La société civile également consultée
Les représentants religieux et d’autres organisations de la société civile ont également été reçus par les émissaires caribéens. La Conférence des pasteurs haïtiens (COPAH) a notamment transmis au GEP un document présentant ses propositions pour une sortie de crise.
L’organisation religieuse a défendu l’idée d’un processus avant tout conduit par les Haïtiens, tout en reconnaissant l’utilité d’un accompagnement régional et international. Elle a également formulé des propositions concernant la sécurité, la transition, le dialogue national, les élections, la justice et la responsabilité des acteurs.
Cette succession de rencontres illustre la volonté du GEP de consulter un éventail aussi large que possible d’acteurs. La CARICOM avait d’ailleurs indiqué vouloir obtenir une évaluation directe des préoccupations des différents secteurs avant de poursuivre son accompagnement du processus politique haïtien.
Une mission achevée, des divergences toujours présentes
Ces consultations se sont déroulées dans un contexte marqué par les incertitudes autour de la transition, les difficultés sécuritaires et les interrogations de plusieurs secteurs sur la faisabilité du calendrier électoral. Alors que le CEP maintient son objectif d’organiser le premier tour des élections le 13 décembre, plusieurs acteurs politiques réclament des ajustements et insistent sur l’amélioration préalable de la sécurité.
La mission du Groupe des personnalités éminentes de la CARICOM, prévue du 2 au 9 septembre, arrive ainsi à son terme ce mercredi. Les émissaires régionaux repartent après avoir rencontré plusieurs composantes de la classe politique, des représentants de l’État et de la société civile. Il reste désormais à voir quelles conclusions seront tirées de cette série de consultations et si elles permettront de rapprocher les positions des différents acteurs haïtiens sur la transition et l’organisation des élections.
Sorah Schamma Joseph
