Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est penché ce vendredi 28 août 2026 sur la situation en Haïti, dans un contexte marqué par la persistance des violences des groupes armés, les déplacements de population et les difficultés des autorités nationales à rétablir durablement la sécurité.
Cette réunion intervient quelques jours après l’attaque meurtrière perpétrée dans la commune de Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. Selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), au moins 47 personnes ont été tuées, dont trois garçons et deux filles. Des dizaines d’autres personnes ont été enlevées et plusieurs ont été blessées.
L’attaque, menée dans la nuit du 23 au 24 août, a également entraîné l’incendie de plusieurs maisons et de nouveaux déplacements de population. Des personnes qui tentaient de se réfugier pour échapper aux violences ont elles-mêmes été prises pour cible, notamment dans une église.
Selon Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti et chef du BINUH, des membres de gangs ont exécuté plusieurs personnes dans la cour d’une église et tué d’autres victimes alors qu’elles tentaient de fuir.
Devant le Conseil de sécurité, le responsable onusien a condamné dans les termes les plus forts ces violences et appelé à la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes enlevées, notamment les femmes et les enfants.
Pour le BINUH, le massacre de Kenscoff n’est toutefois pas un événement isolé. La commune est confrontée à des attaques répétées depuis le début de l’année 2025, illustrant, selon l’ONU, la capacité des groupes armés à étendre leur influence au-delà de la capitale et à défier directement l’autorité de l’État.
Plus de 1 400 morts en trois mois
La situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante à l’échelle nationale. D’après les données présentées par Carlos Ruiz Massieu, le BINUH a recensé plus de 1 400 personnes tuées et plus de 600 blessées entre avril et juin 2026.
La violence continue également d’alimenter les déplacements de population et d’affecter l’accès aux services essentiels. Pour l’ONU, l’insécurité compromet non seulement la protection des civils, mais également les efforts visant à renforcer la gouvernance, faire avancer le processus politique et préparer les élections.
Accélérer le déploiement de la Force de Répression des Gangs
Face à cette situation, Carlos Ruiz Massieu a salué la décision prise le 26 août par les autorités haïtiennes de réunir la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAd’H) et la Force de Répression des Gangs (FRG) afin d’évaluer la situation et de coordonner les opérations sur le terrain.
Selon le responsable du BINUH, il a notamment été convenu de renforcer la présence de la FRG dans la zone de Port-au-Prince, tandis que les forces de sécurité haïtiennes doivent accroître leur déploiement à Kenscoff.
L’ONU estime cependant que les institutions nationales de sécurité ne peuvent faire face seules à la menace des groupes armés. Carlos Ruiz Massieu a appelé à un déploiement « rapide et complet » de la Force de Répression des Gangs, considérée comme un élément essentiel de la réponse internationale autorisée par le Conseil de sécurité.
La sécurité ne suffira pas à elle seule
Pour le BINUH, les opérations de sécurité doivent être accompagnées de mesures permettant de restaurer l’autorité de l’État et les services publics dans les zones affectées.
Carlos Ruiz Massieu a notamment insisté sur la nécessité de relancer les activités économiques et sociales, rouvrir les écoles et les établissements de santé, renforcer les programmes de réduction de la violence communautaire et créer des perspectives économiques pour les populations.
L’ONU souligne également l’importance de mettre en place des mécanismes permettant aux membres des groupes armés de quitter ces organisations, notamment les enfants et les jeunes recrutés ou exploités par les gangs.
Lutte contre l’impunité
Autre priorité évoquée devant le Conseil de sécurité : la lutte contre l’impunité. Les auteurs de l’attaque de Kenscoff, mais aussi ceux qui financent, arment ou facilitent les activités des groupes armés, doivent être poursuivis, estime le BINUH.
L’organisation appelle notamment à l’activation effective des unités judiciaires spécialisées chargées d’enquêter sur les crimes de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers. Elle demande également l’ouverture rapide d’une enquête sur l’attaque de Kenscoff.
Pour Carlos Ruiz Massieu, les condamnations et les expressions de solidarité internationales ne suffisent plus. Elles doivent être accompagnées d’actions concrètes et durables.
Vladimir Predvil
