Le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé a adressé aux ordonnateurs de l’Administration Publique la lettre de cadrage du projet de budget 2026-2027, étape charnière du processus budgétaire. Ce document de 9 pages, fixe les grandes orientations de la politique budgétaire, rappelle les normes de la préparation des crédits et précise les plafonds indicatifs alloués aux institutions.
La lettre souligne que l’économie haïtienne reste confrontée à une situation contraignante. Après plusieurs années de récession, la croissance du PIB réel est passée de -4,2 % en 2023-2024 à -2,7 % en 2024-2025, puis -1,5 % en 2025-2026. Pour 2026-2027, une croissance légèrement positive de 0,2 % est anticipée, suivie d’une amélioration modérée à 0,5 % en 2027-2028 et 2028-2029.
Le PIB réel, évalué à 544,1 milliards de gourdes en 2026 contre 658,3 milliards en 2018, traduit une perte significative de capacité productive. Selon les projections, il faudrait environ huit ans pour retrouver le niveau de 2018. L’inflation, bien qu’en décélération, reste élevée avec 15,8 % en 2026-2027 contre 17,3 % l’année précédente.
Les priorités stratégiques du budget
Le projet de budget 2026-2027 s’articule autour de sept axes majeurs notamment la sécurité publique et défense nationale. Il plaide pour le renforcement de la Police Nationale et des Forces Armées d’Haïti, sécurisation des grands axes routiers, lutte contre la criminalité organisée. L’organisation des élections et le renforcement des institutions démocratiques demeurent les principales priorités du gouvernement. Le financement du processus électoral et le renforcement institutionnel ont évalué à 120 millions USD, dont 90 millions déjà mobilisés via le Basket Fund.
De plus, la relance économique constitue un élément important dans le budget, les investissements ciblés dans les infrastructures, circuits d’approvisionnement, filières agricoles et pôles régionaux. Sécurité alimentaire et services sociaux : santé, éducation, eau, assainissement et protection des populations vulnérables.
En outre, il promet la réhabilitation des tribunaux et prisons, lutte contre la corruption et transparence budgétaire. Il plaide également pour la modernisation fiscale et douanière à travers l’interconnexion DGI-AGD, digitalisation des procédures, réforme du barème de l’IRPP inchangé depuis 2005 ainsi que la rationalisation du portefeuille de projets, sélection de trois projets phares à fort impact économique ou social.
Discipline budgétaire et contraintes
Le gouvernement vise un retour au financement monétaire nul dès 2026-2027, condition essentielle de stabilité macroéconomique. Les émissions de Bons du Trésor devront être coordonnées avec la Banque de la République d’Haïti pour éviter les pressions sur le taux de change.
La pression fiscale, encore faible, devrait progresser légèrement de 4,3 % du PIB en 2025-2026 à 4,4 % en 2026-2027. Cette amélioration dépendra de la modernisation des administrations financières et du renforcement du contrôle frontalier.
La lettre de cadrage appelle les institutions à intégrer les risques internes et externes dont les difficultés d’exécution du Programme d’Investissement Public, la mobilisation insuffisante des recettes, les pressions sur les dépenses de sécurité, la révision du barème de l’IRPP, mais aussi aléas climatiques, hausse des prix internationaux et incertitudes liées au Statut de Protection Temporaire (TPS) des ressortissants haïtiens aux États-Unis.
Toutefois, le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé a insisté sur la nécessité d’une discipline budgétaire stricte, d’une meilleure qualité de la dépense et d’une coordination renforcée entre les institutions. Le budget 2026-2027 doit être à la fois un instrument de stabilisation, de protection sociale, de sécurité publique et de relance progressive.
Likenton Joseph
