Plus de deux siècles après la cérémonie du Bois-Caïman, considérée comme un moment important dans l’histoire de la lutte pour l’indépendance d’Haïti, ses enseignements continuent d’alimenter les réflexions sur les défis auxquels fait face le pays. Dans un contexte marqué par de profondes crises, le sociologue Delson Cius et Raymond Noël reviennent sur les leçons que la société haïtienne pourrait tirer de cet épisode historique pour renforcer l’unité, le dialogue et l’action collective.
Dans une interview accordée au journal Le National, Raymond Noël, artiste, poète et engagé dans la défense et la valorisation du patrimoine rythmique et des traditions ancestrales d’Haïti, revient sur ce que représente la cérémonie du Bois-Caïman dans la mémoire historique du pays.
Selon lui, cette cérémonie rappelle le combat de celles et ceux qui ont uni leurs forces pour dire non au système esclavagiste et rechercher leur liberté et leur dignité. Elle doit également, estime-t-il, encourager les Haïtiens à prendre leur destin en main. « S’il n’y avait pas eu le 14 août 1791, peut-être qu’il n’y aurait pas eu 1804 », soutient-il.
Pour Raymond Noël, la Révolution haïtienne doit servir de source de réflexion pour mieux penser l’avenir du peuple haïtien. Il appelle notamment à tirer une leçon essentielle du rassemblement qui avait marqué cette période : la capacité à unir les forces autour d’un objectif commun.
« Nous devons tirer la leçon de cette unité, nous rassembler pour mieux comprendre et mettre en pratique le principe « L’Union fait la Force», affirme-t-il.
L’artiste estime également que les crises actuelles doivent être mises en perspective avec les épreuves vécues par les personnes réduites en esclavage. « Je ne pense pas que nous connaissions plus de crises que les personnes qui vivaient dans les plantations, celles qui étaient victimes de violences et celles qui étaient plongées dans l’esclavage », rappelle-t-il.
Selon Raymond Noël, la question fondamentale aujourd’hui est de savoir ce que les Haïtiens veulent faire de cet héritage. « Que voulons-nous faire ? Que pouvons-nous tirer de cette cérémonie pour ressembler à nos ancêtres ou, mieux encore, pour les dépasser ? », S’interroge-t-il.
Il invite ainsi les Haïtiens à puiser dans la détermination et l’énergie de leurs ancêtres, qui se sont battus pour leur liberté, afin de tracer un nouveau chemin pour le pays.
De son côté, le sociologue Delson Cius analyse la cérémonie du Bois-Caïman sous plusieurs angles. Sur le plan historique, il rappelle qu’elle s’inscrivait dans le contexte des révoltes des esclaves contre l’ordre colonial et le système esclavagiste. Il y voit également une forme de communion d’esprit ayant contribué à renforcer la confiance et la détermination des insurgés.
Delson Cius met également en avant les dimensions symbolique, mystique et psychologique de la cérémonie. Selon lui, ces différents éléments ont participé au renforcement de la cohésion entre les acteurs de la révolte et à leur capacité de mobilisation.
Pour le sociologue, le Bois-Caïman constitue ainsi un moment important dans la dynamique de révoltes qui conduira à l’indépendance d’Haïti. La cérémonie avait également une portée politique, puisqu’elle a contribué à modifier les rapports de force au sein de la colonie.
Face aux crises actuelles, Delson Cius estime que l’histoire doit servir de point de repère. Il considère que la situation du pays doit pousser les Haïtiens à développer une conscience nationale et à réfléchir à la mise en place d’un véritable projet de société.
« Nous devons prendre conscience en tant que nation et mettre sur pied un projet de société », soutient-il, estimant que la cérémonie du Bois-Caïman peut servir de référence historique pour réfléchir aux moyens de transformer la situation actuelle.
« La cérémonie du Bois-Caïman peut nous servir de point de repère historique pour nous aider à changer la situation dans laquelle nous vivons », ajoute-t-il.
Pour Delson Cius, le principal enseignement que les Haïtiens peuvent tirer de leur histoire consiste à renouer avec les idéaux qui ont marqué les grands moments de la construction de la nation. « Le plus grand enseignement que nous pouvons tirer de notre histoire est de revenir aux idéaux qui ont marqué l’histoire de notre pays afin de parvenir à construire la nation haïtienne », conclut-il.
À travers leurs analyses, Raymond Noël et Delson Cius se rejoignent ainsi sur la nécessité de regarder le Bois-Caïman au-delà de sa dimension historique. Pour eux, cet épisode peut également servir de référence pour réfléchir à l’unité nationale, renforcer la conscience collective et rechercher de nouvelles voies face aux crises auxquelles Haïti est confrontée.
Sorah Schamma Joseph
