Le Conseil électoral provisoire (CEP) avance à grands pas dans l’organisation des élections en Haïti. L’enregistrement des groupements et regroupements politiques est lancé, le budget et le calendrier électoral sont disponibles, et la date du premier tour est fixée au 13 décembre 2026. Toutefois, la situation sécuritaire demeure le principal défi du gouvernement pour garantir la tenue effective des scrutins dans le pays.
Par ailleurs, le leader du parti politique UNIR, Clarens Renois, souligne un dilemme majeur qui est la restauration complète de la sécurité tout en légitimant les autorités par les urnes. Il dénonce également un manque de volonté politique, estimant que l’instabilité profite paradoxalement à certains dirigeants. Selon lui, neutraliser l’influence des gangs est indispensable pour assurer un scrutin crédible et rétablir la confiance de la population envers la classe politique, condition essentielle à une participation significative.
De même, Clarens Renois insiste également que des élections inclusives et démocratiques sont quasiment impossibles sans un environnement sécurisé. Actuellement, des groupes armés puissants défient les forces publiques, ce qui, selon lui, nécessite l’intervention d’une force internationale rapide, avant organisation d’élections. Le risque est que les gangs pourraient dicter l’issue du scrutin en choisissant les futurs élus notamment président, sénateurs, députés ou autres au détriment de la volonté populaire.
De surcroît, il pointe également l’absence de volonté politique des autorités de transition successives pour résoudre la crise sécuritaire qui gangrène le pays depuis plus d’une décennie. Ce manque d’action, perçu comme un calcul politique, aggrave l’insécurité et entretient la méfiance. Restaurer la confiance entre acteurs politiques, société civile et population apparaît comme un défi majeur.
Pour que les électeurs participent, ils doivent être convaincus que leur sécurité sera garantie et que les dirigeants élus ne seront pas corrompus ou liés aux gangs. Une faible participation affaiblirait la légitimité des futurs élus. L’insécurité touche particulièrement des zones à forte densité électorale, comme le département de l’Artibonite et celui de l’ouest En ce sens, exclure une partie de ces régions compromettrait l’intégrité du processus électoral.
Alors que le CEP propose le 13 décembre 2026 pour le premier tour, les délais sont jugés courts face à l’ampleur du travail de sécurisation. Certains plans estiment qu’une résolution complète des problèmes liés aux gangs ne pourrait intervenir avant septembre 2028, rendant incertaines les échéances de 2026 ou 2027. Pourtant, le pays a besoin d’autorités légitimes issues des urnes pour mettre en œuvre un plan de sécurité nationale.
Le rétablissement de la confiance des électeurs est décrit comme « capital pour la démocratie ». Cela suppose de garantir une sécurité réelle, de démontrer que les autorités ne tirent pas avantage de l’insécurité, et de convaincre la population que voter permettra de choisir des dirigeants intègres. Les candidats et partis politiques doivent prouver leur capacité à gérer le pays et à rompre avec la connivence des groupes armés.
Un « travail énorme » de mise en confiance est nécessaire pour persuader les citoyens que leur vote peut transformer la réalité quotidienne. Exclure des zones électorales sous prétexte d’insécurité affaiblirait la légitimité des élus. Restaurer la confiance implique un changement d’atmosphère générale, passant d’un sentiment d’impuissance face à la criminalité politique à la conviction que le processus démocratique peut réellement améliorer les conditions de vie.
Le problème est donc décrit non pas comme une simple insécurité, mais comme une criminalité politique à résoudre avant tout scrutin. Sans neutralisation des gangs, les élections risquent de devenir une formalité permettant aux groupes armés de contrôler officiellement les institutions. L’insécurité empêche les candidats de faire campagne librement et les électeurs de voter en conscience, créant un environnement où seuls les candidats tolérés par les gangs pourraient mobiliser.
En somme, sans rétablissement préalable de la sécurité et neutralisation des groupes armés, le risque est que les élections servent à légitimer la mainmise des gangs sur les institutions démocratiques du pays.
Likenton Joseph
