Le conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti (BRH) a présenté, ce mardi 21 juillet 2026, dans ses locaux, une analyse approfondie des développements macroéconomiques récents et des perspectives économiques à court terme. Lors d’une conférence de presse, l’institution a détaillé l’état actuel de l’économie nationale, les mesures de régulation financière, et a souligné une tendance à la désinflation ainsi qu’une stabilité relative du taux de change fixé à 131,50 gourdes pour un dollar. La BRH affirme maintenir des réserves de change solides malgré un climat sécuritaire instable.
À cet égard, le gouverneur de la banque centrale, Ronald Gabriel a mis en avant les efforts de la BRH pour renforcer la surveillance bancaire, lutter contre le blanchiment d’argent et moderniser le système bancaire via la digitalisation des paiements. La politique monétaire demeure prudente afin de soutenir la résilience des institutions financières face aux chocs internes et externes, tout en accompagnant les petites et moyennes entreprises (PME) pour stimuler une croissance durable.
Stabilité du taux de change et réserves
Selon le gouverneur, la BRH utilise plusieurs leviers stratégiques pour stabiliser le taux de change, soutenue par le dynamisme des transferts de la diaspora et la canalisation des devises vers le marché formel des changes (circulaire 114-3), une situation qui perdure depuis près de deux ans. La Banque a constitué un coussin de réserves nettes de change évalué à 1,9 milliard de dollars en mai 2026, tandis que les réserves brutes atteignent 3,5 milliards de dollars, soit l’équivalent de huit mois d’importations contre une recommandation internationale de trois mois. Ces réserves servent de « munitions » pour intervenir sur le marché en cas de demandes imprévues ou de spéculation.
Cette consolidation a été réalisée dans un contexte de ralentissement de l'activité et de modération de la demande de devises, sans effets perturbateurs sur le marché des changes.
De plus, la BRH applique une politique de stérilisation des excédents de liquidité par l’émission de bons et obligations BRH. Ces titres, rémunérés à 7 % et indexés sur la dépréciation du taux de change, offrent aux investisseurs une protection équivalente à la détention de dollars tout en restant en monnaie nationale. L’institution veille également à ramener les transactions de change dans le système formel afin de limiter les désordres du marché informel et les risques de blanchiment.
Entre moratoires, PME et modernisation financière
La Banque de la république d’Haïti (BRH) estime que l’inflation actuelle, évaluée à environ 20 % en mai 2026 contre 32% en octobre 2025, résulte principalement de chocs d’offre liés à l’insécurité et aux ruptures d’approvisionnement, et non d’une expansion monétaire excessive. Selon le gouverneur, Ronald Gabriel, la BRH suit de près les tensions géopolitiques (Moyen-Orient) susceptibles d’alimenter les pressions inflationnistes, après les perturbations d'avril 2026 liées à la hausse des prix du carburant.
Dans ce contexte, une hausse du taux directeur serait inefficace et risquerait d’aggraver la situation des entreprises débitrices. La BRH observe déjà un processus de désinflation et privilégie une politique monétaire serrée mais stable, afin de protéger les institutions financières et ralentir la détérioration du portefeuille de crédit.
La Banque a mis en place des moratoires et des dispositifs de restructuration de prêts dans les circulaires 100 et 115. Trois circulaires ont été publiées en février dernier et celui du 121-1 accentuait sur le blanchiment des capitaux, financement du terroriste entre autres. Actuellement, 75 moratoires concernent 59 entreprises débitrices, pour un montant global de 21 milliards de gourdes (circulaire 115-7). Le taux d’actifs improductifs s’est amélioré, passant de 13 % en mars 2025 à 8,4 % en mars 2026. Sur le plan externe, le déficit commercial s’est creusé de 6,47 % en raison de la dépendance aux importations, tandis que les transferts de la diaspora ont progressé de 15,5 % contre 12,86% sur les huit premiers mois de l’exercice, totalisant 3,4 milliards de dollars.
Actif total du système bancaire : 743,87 Mds HTG au 31 mars 2026 (+5,3 %), porté par les placements à risque nominal zéro (bons BRH, bons du Trésor), dans un contexte de contraction du portefeuille de crédit brut (-2,8 %).
La BRH mise sur la résilience et la digitalisation
Dans ce contexte, la BRH maintient la poursuite du renforcement de son dispositif de supervision bancaire et financière, en mettant un accent particulier sur la surveillance des risques prudentiels et la consolidation de la résilience du système financier face aux incertitudes de l'environnement économique. Sur les 18 actions requises pour sortir Haïti de la « liste grise », deux sont achevées, neuf largement accomplies et six partiellement. Une enquête auprès de 602 répondants révèle que 60 % utilisent déjà des moyens de paiement électroniques (MonCash, Natcash, etc.) et que plus de 90 % souhaitent intégrer le système digital.
La BRH prépare un projet pilote basé sur des solutions technologiques modernes, notamment l’utilisation de QR codes, afin de sécuriser les transactions et réduire l’usage du cash. L’objectif est de rendre les portefeuilles électroniques interopérables et intégrés aux institutions financières. La Banque entend encadrer ces innovations pour éviter les risques liés aux plateformes non autorisées et garantir un cadre légal aux utilisateurs.
Outre le bureau du Cap-Haïtien déjà opérationnel, un nouveau centre est en construction dans le Sud pour élargir l’accès aux services financiers modernisés. La BRH réoriente ses dispositifs vers les PME, combinant moratoires, stabilité des taux et programmes de coaching pour aider les startups à bâtir un historique de crédit et sortir de l’informel. Ces mesures visent à protéger la survie des agents économiques, encourager la relance et soutenir des secteurs stratégiques comme la construction et le tourisme.
Cependant, l’économie haïtienne demeure piégée dans une dynamique de croissance négative depuis 2019, marquant une huitième année consécutive de recul de l’activité, tendance qui devrait se poursuivre en 2026. L’Indicateur Conjoncturel d’Activité Économique (ICAE) a enregistré une baisse au premier semestre de l’année. Les efforts des autorités fiscales ont été limités par le faible dynamisme des activités économiques. Les agrégats monétaires ont progressé, mais à un rythme inférieur à celui observé sur la même période de l’exercice précédent. L’évolution de l’offre de monnaie a été influencée par les créances nettes de la BRH et des institutions financières sur l’Administration centrale, alors qu’en 2025 elle était principalement portée par les avoirs extérieurs nets.
Likenton Joseph
