Le nouveau décret électoral a été publié dans le journal officiel et le budget nécessaire à la tenue des élections générales est désormais disponible. Le gouvernement, en accord avec le Conseil électoral provisoire (CEP), a annoncé un montant de 120 millions de dollars américains pour financer les opérations électorales. Mais au-delà de ces avancées, la question sécuritaire demeure le plus grand obstacle.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait récemment promis que « la sécurité est en route » et que ce problème serait bientôt résolu. Pourtant, sur le terrain, la réalité reste alarmante: les habitants continuent de fuir leurs quartiers sous les tirs des gangs, les familles sont dispersées et les cadavres s’accumulent dans les zones populaires. Dans un tel climat, la faisabilité d’une compétition électorale est sérieusement remise en cause.
Selon le sociologue Delson Cius, membre de l’accord de Montana, les préparatifs techniques et logistiques exigeraient au minimum douze mois. Il souligne que l’insécurité aggrave la situation, or selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), les gangs armés contrôlent désormais entre 85 % et 90 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince, étendant leur emprise sur les grands axes routiers et d’autres zones auparavant épargnées.
Par ailleurs, le sociologue Delson Cius remet également en cause la légitimité du Premier ministre, qu’il considère limité à la gestion des affaires courantes, sans consensus politique global. Il dénonce la recrudescence des violences et des cas de kidnappings, rendant tout scrutin impraticable dans plusieurs départements clés. Pour lui, la tenue d’élections se heurte à trois obstacles majeurs dont matériels, politiques et sécuritaires. Même dans des conditions optimales, un scrutin général nécessiterait au moins une année entière de préparation.
Dans la même lignée, Danio Siriack, porte-parole de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), estime que l’insécurité généralisée reste l’obstacle principal à la tenue de scrutins démocratiques. Malgré les efforts du CEP, il juge que la sécurité constitue le premier facteur bloquant.
En somme, la question sécuritaire apparaît ainsi comme une préoccupation centrale, tant pour la classe politique que pour la population. Le manque de consensus entre les acteurs politiques accentue les incertitudes. La réussite des élections dépendra donc de trois conditions essentielles : la résolution de la crise sécuritaire, la mobilisation des fonds nécessaires et la volonté des acteurs politiques de lever les blocages actuels.
Likenton Joseph
