L’Assemblée des signataires du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections (ASPN) a annoncé son retrait définitif du Pacte national, qu’elle considère désormais comme caduc, ainsi que la mise en place d’une nouvelle opposition démocratique. Les signataires estiment que l’accord n’est plus en mesure de répondre aux objectifs pour lesquels il avait été conclu.
Quatre mois après la signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, paraphé les 21 et 22 février 2026 puis présenté officiellement le 23 février à la Villa d’Accueil, l’ASPN a officiellement constaté sa fin. Ce mardi 23 juin 2026, les signataires majoritaires ont annoncé leur retrait de l’accord et leur transformation en opposition démocratique, républicaine et progressiste.
La coordonnatrice de l’ASPN, Marie Denise Claude, a vivement critiqué la récente cérémonie organisée à la Primature, estimant qu’elle ne traduisait ni une volonté de rassemblement national ni une avancée en faveur de la démocratie. Elle a qualifié cette initiative d’opération politique visant, selon elle, à donner une apparence de légitimité à un projet de confiscation du pouvoir. Elle a également soutenu que les engagements ayant conduit à la signature du Pacte n’auraient pas été respectés par les autorités en place, affirmant que le Premier ministre aurait rompu les engagements initiaux en s’entourant d’un cercle restreint d’alliés politiques et en favorisant des manœuvres susceptibles d’influencer le prochain processus électoral, ce qui aurait, selon elle, détruit les fondements et l’esprit même de l’accord.
Estimant que les objectifs initiaux de l’accord ont été détournés, elle a indiqué que les signataires ne souhaitent plus en assumer la caution politique.
« Nous déclarons solennellement la fin du Pacte. Nous refusons de servir de couverture à un processus qui semble préparer une confiscation de la volonté populaire au profit d’intérêts particuliers », a-t-elle ajouté.
L’ancienne ministre a précisé que les signataires entendent désormais exercer pleinement leur rôle d’opposition. Elle a déclaré qu’à compter de ce jour, ils assumeraient leurs responsabilités en tant qu’opposition démocratique, républicaine et progressiste, affirmant qu’ils ne seraient ni des spectateurs silencieux ni des complices passifs face aux dérives qui menacent l’avenir de la nation.
Elle a également lancé un appel à la vigilance à l’endroit des citoyens, des organisations de la société civile, des partis politiques démocratiques ainsi que des partenaires internationaux.
Abordant la question de la transition, Marie Denise Claude a estimé que le Premier ministre ne disposerait plus de la légitimité politique nécessaire pour conduire le pays vers un processus électoral.
« Le délai de 120 jours prévu à l’article 149 de la Constitution est largement dépassé. Aujourd’hui, il ne gère plus que les affaires courantes. Avec la disparition du Pacte, il se retrouve sans véritable base politique, sociale et morale. Une page se tourne : le Pacte est mort, l’opposition démocratique est née. Commence alors une nouvelle dynamique politique en faveur de la démocratie, de la transparence et de la souveraineté du peuple haïtien », conclut-elle.
De son côté, le porte-parole du groupe majoritaire des signataires, Maxène Calixte, a affirmé que le Pacte national n’existe plus, ni sur le plan juridique ni sur le plan politique.
Selon lui, cette rupture est portée par les signataires majoritaires, représentant près de 80 % de la plateforme.
« Nous informons officiellement le peuple haïtien, la diaspora, ainsi que la communauté internationale, notamment l’ambassade des États-Unis et les partenaires d’Haïti, que notre retrait est irrévocable et consacre la fin du Pacte national », a-t-il déclaré. Il a expliqué que cette décision découle du constat de l’échec de l’accord à atteindre les objectifs ayant justifié sa création.
« L’insécurité s’est aggravée, la stabilité politique demeure inexistante et aucune perspective électorale crédible n’a été mise en place. Le Pacte national a perdu sa raison d’être », a-t-il ajouté.
Face à cette situation, les signataires proposent l’ouverture immédiate d’un dialogue national réunissant les partis politiques, la société civile, les acteurs économiques, les organisations de défense des droits humains ainsi que l’ensemble des forces patriotiques du pays.
Selon eux, cette démarche devrait permettre l’élaboration d’une feuille de route consensuelle en vue d’une transition de pouvoir bicéphale, accompagnée d’un plan de gouvernance visant à rétablir la sécurité publique, restaurer l’autorité de l’État, relancer les institutions républicaines et créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections démocratiques.
Modeline Youte
