Pour la deuxième fois depuis 1974, la première république noire indépendante, qui a conquis sa liberté au prix du sang, vient d’arracher son billet pour la Coupe du monde 2026. Cinquante-deux ans après sa première participation, Haïti retrouve la plus prestigieuse scène du football mondial, organisée cette année aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Considéré comme l’un des pays les plus pauvres de la Caraïbe, Haïti se voit offrir une tribune planétaire. Mais au-delà du terrain, une question cruciale s’impose : comment transformer cette visibilité en levier économique durable ?
Une qualification historique, une lueur d’espoir
Après plus d’un demi-siècle d’attente, les Grenadiers ont signé un parcours sans faute. Leur qualification pour la 32e édition du Mondial ravive l’espoir d’un peuple en proie à l’instabilité et au désespoir. Une étincelle qui rallume la flamme patriotique et redonne une image positive d’Haïti sur la scène internationale.
Le premier match contre l’Écosse, prévu ce samedi 13 juin, marquera le début d’une nouvelle aventure. Mais déjà, la compétition dépasse le cadre sportif : elle ouvre un débat sur l’avenir économique du pays.
Le tourisme comme moteur potentiel
Selon l’économiste Riphard Sérent, la Coupe du monde représente une occasion unique de revitaliser l’industrie touristique haïtienne, en particulier dans les régions relativement épargnées par l’insécurité. En 2015, Haïti avait accueilli près de 500 000 visiteurs, générant plus d’un demi-milliard de dollars américains.
Aujourd’hui, avec l’exposition mondiale du football, le potentiel pourrait dépasser le million de visiteurs, estime Riphard Sérent.
Par contre, il prévient : « Cela exigera des efforts considérables en matière de gouvernance et devra s’inscrire dans une véritable politique touristique nationale, qui n’a jamais existé en Haïti. »
Au-delà du football : des pistes économiques
Il faut d’abord mettre en avant Jacmel, Cap-Haïtien, la Citadelle Laferrière et les plages du Sud à travers des campagnes internationales.
En outre, mobilisé la diaspora haïtienne car plus de 1,8 million d’Haïtiens vivent à l’étranger, notamment dans les pays hôtes notamment les états unis, le Canada et le Mexique. De surcroît, organiser des forums économiques et festivals pourraient transformer cette diaspora en relais d’investissement.
Outre de cela, les maillots, drapeaux et objets liés aux Grenadiers peuvent générer des revenus et créer des emplois si la production locale est encouragée. Toutefois, inspiré du modèle brésilien, investir dans la formation des jeunes joueurs pour bâtir une filière économique et exporter des talents. De plus, dans la diplomatie sportive la coupe du monde pourrait utiliser la comme levier pour renforcer les partenariats avec des pays comme le Brésil, la France ou le Canada.
Toutefois, l’opportunité ne se concrétisera pas sans stratégie. L’instabilité politique et sécuritaire demeure un frein majeur. Les infrastructures touristiques et sportives notamment routes, hôtels, services restent insuffisantes. Sans coordination entre l’État et le secteur privé, l’impact économique risque de rester marginal.
In fine, la qualification d’Haïti à la Coupe du monde 2026 est bien plus qu’un exploit sportif : c’est une vitrine mondiale. Elle peut devenir un catalyseur de développement économique, à condition que le pays sache transformer cette visibilité en plan structuré et durable. Sinon, l’étincelle d’aujourd’hui risque de s’éteindre sans avoir allumé le feu du progrès.
Likenton Joseph
