La situation sécuritaire continue de se détériorer dans le département de l’Artibonite. Au moins trois policiers et un civil ont perdu la vie le vendredi 29 mai lors d’une importante opération menée par la Police nationale d’Haïti (PNH) contre des groupes armés dans la zone de Carrefour Robert, sur la route de Verrettes.
Selon les informations communiquées par le Haut Commandement de la PNH, les unités policières engagées dans cette intervention ont essuyé des tirs nourris de la part de membres de gangs lourdement armés. Les forces de l’ordre ont riposté, infligeant des pertes importantes aux assaillants.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré les corps sans vie de plusieurs policiers, exposés et profanés par des individus armés opérant dans la région de Savien. Ces scènes ont suscité une vive émotion au sein de la population et relancé les inquiétudes concernant l’emprise grandissante des groupes criminels dans l’Artibonite.
Dans un communiqué publié par la suite, la PNH a annoncé que ses unités spécialisées étaient parvenues à récupérer les corps des trois policiers ainsi que celui du civil décédés lors de l’opération. L’institution a précisé que cette mission a été rendue possible grâce à la mobilisation constante de ses forces sur le terrain et à la collaboration de certains habitants de la zone.
Le Haut Commandement de la PNH a salué la mémoire des agents tombés dans l’exercice de leurs fonctions et présenté ses condoléances à leurs familles ainsi qu’à leurs collègues. Il a également réaffirmé sa détermination à poursuivre la lutte contre les groupes armés qui sèment la terreur dans le département.
Parallèlement, les opérations policières se poursuivent dans plusieurs localités de l’Artibonite. La PNH affirme avoir saisi des armes, des munitions et d’autres matériels stratégiques lors d’interventions menées notamment dans la zone de Bélair, présentée comme l’un des bastions du chef de gang connu sous le nom de Jamley.
Réactions politiques
L’assassinat des policiers a provoqué de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Dans une note publiée ce dimanche, le parti UNIR a exprimé sa solidarité envers les familles des victimes et dénoncé la dégradation continue du climat sécuritaire.
Par la voix de son coordonnateur national, Clarens Renois, cette structure politique estime que la multiplication des attaques contre les forces de l’ordre témoigne de la gravité de la crise actuelle. Le parti remet également en question l’efficacité des stratégies mises en œuvre jusqu’à présent pour combattre les groupes armés.
UNIR s’est notamment interrogé sur les résultats de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), estimant que la persistance des violences impose une réévaluation des approches adoptées. Le parti appelle les autorités nationales et leurs partenaires internationaux à renforcer leurs actions afin de mieux protéger la population et les agents chargés de faire respecter l’ordre public.
Le programme P4000+ pour renforcer les effectifs policiers
Alors que les défis sécuritaires demeurent considérables, la PNH poursuit son programme de renforcement institutionnel baptisé « P4000+ ». Mis en œuvre avec l’appui des États-Unis, à travers l’International Narcotics and Law Enforcement Affairs (INL), du Canada et du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), ce programme vise à former plus de 4 000 nouveaux policiers.
Après l’intégration de 877 agents issus de la 35e promotion, l’institution s’apprête à accueillir les 1 200 aspirants policiers de la 36e promotion, dont 239 femmes. La cérémonie officielle de graduation est prévue à l’École nationale de Police, à la route de Frères.
La PNH souligne également que le processus de recrutement se poursuit en vue de la formation de la 37e promotion, dans le but d’augmenter les capacités opérationnelles de l’institution et de répondre plus efficacement à la montée de l’insécurité sur le territoire national.
Vladimir Predvil
