Dans le cadre du procès sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, quatre personnes ont été reconnues coupables par un tribunal fédéral de Miami. Il s’agit de James Solages, Arcangel Pretel Ortiz, Walter Veintemilla et Antonio Tony Intriago.
Trois d’entre eux dont Arcangel Pretel Ortiz, Colombien de 53 ans, Antonio Intriago, Vénézuélo-Américain de 63 ans, et Walter Veintemilla, Équato-Américain de 57 ans tous avaient été arrêtés en 2023 en Floride. Le quatrième, James Solages, Américano-Haïtien de 40 ans, avait été appréhendé par les autorités haïtiennes puis remis aux États-Unis la même année.
Tous étaient liés à la société de sécurité privée CTU, basée en Floride, séduits par la perspective de contrats lucratifs en cas de renversement du président haïtien, selon l’accusation. Vendredi dernier, ils ont été déclarés coupables de plusieurs chefs  d’accusations notamment complot pour tuer ou enlever le président, soutien matériel à ce complot, et violation de la loi américaine sur la neutralité pour avoir participé à une expédition militaire illicite à l’étranger. Ils encourent la prison à perpétuité. La peine sera prononcée ultérieurement.
Un assassinat qui a plongé le pays dans le chaos
L’assassinat de Jovenel Moïse a aggravé une crise déjà profonde. Plus de cinq ans après, le pays n’a toujours pas organisé d’élections. La cherté de la vie et la prolifération des gangs sont devenues les marques de fabrique du quotidien. Pendant ce temps, la population haïtienne reste aux abois.
Âgé de 53 ans, le 58e chef de l’État avait été abattu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, à sa résidence privée de Pèlerin 5, par un commando armé, sans intervention de ses gardes du corps. Le commando était principalement composé de mercenaires colombiens.
Quelques heures après le crime, une quarantaine de suspects avaient été arrêtés par la Police nationale d’Haïti (PNH), dont une vingtaine de Colombiens. Mais l’enquête s’est rapidement heurtée aux défaillances du système judiciaire local. La justice américaine, compétente pour juger les complots ourdis sur son sol, a ensuite inculpé 11 personnes pour leur implication.
Selon l’Associated Press et le Miami Herald, citant un expert du FBI, le budget total du coup d’État s’élevait à environ 343 000 $ US, provenant de diverses sources, dont près de 30 000 $ issus de prêts fédéraux d’aide d’urgence liés à la pandémie de COVID-19. Par contre, pour Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), cette somme dépensée aux États-Unis ne représente qu’une faible part des enjeux financiers du dossier.
Environ la moitié du budget aurait été financée par la société de crédit de Walter Veintemilla, via un prêt accordé à la CTU pour assurer la sécurité de l’éventuel successeur de Jovenel Moïse choisi par les conspirateurs. James Solages, employé de la CTU, accompagnait le commando la nuit de l’assassinat et coordonnait les opérations avec Christian Emmanuel Sanon, médecin et pasteur haïtien résidant en Floride du Sud, pressenti par les conspirateurs pour remplacer Jovenel Moïse.
Haïti, le bastion de l’impunité
Alors qu’aux États-Unis le procès franchit une étape décisive avec la condamnation de quatre accusés, en Haïti l’instruction avance à pas de tortue, laissant la population dans l’incertitude. Ce dossier illustre la gravité de l’impunité dans le pays, où de nombreuses personnalités, à l’image de Me Monferrier Dorval, assassiné en 2020, n’ont jamais obtenu justice.
Likenton Joseph
