Le Collectif Défenseurs Plus, organisation engagée dans la promotion et la défense des droits humains, dresse un constat alarmant dans son rapport trimestriel. Publié au premier trimestre de l’année 2026, ce document met en évidence une aggravation de la crise multidimensionnelle en Haïti, marquée par l’insécurité, l’effondrement institutionnel et la paralysie politique, compromettant gravement l’exercice effectif des droits humains.
Près de six ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le pays demeure sans stabilité institutionnelle ni élections crédibles. Les autorités transitoires, fragiles et sans base constitutionnelle, peinent à instaurer une gouvernance légitime. Les groupes armés poursuivent leur expansion territoriale, contrôlant des axes stratégiques dans la capitale et en province notamment le département de l’Artibonite et du centre. Les gangs armés imposent leur domination sur des communautés entières et accentuant les déplacements forcés, l’effondrement des services publics et la vulnérabilité généralisée.
Par ailleurs, le rapport souligne également la profonde dysfonction du système judiciaire, la lenteurs procédurales, impunité, détention préventive prolongée et mauvaise gestion des dossiers sensibles. Toutefois, l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse et l’abandon des poursuites pour corruption contre d’anciens dignitaires illustrent l’état de délabrement du droit. En outre, l’accès à la justice reste fortement restreint pour la majorité des citoyens.
Entre janvier et mars 2026, 918 personnes ont été tuées, principalement lors d’attaques de groupes armés, d’opérations sécuritaires et de violences interpersonnelles. Selon le défenseur plus, le kidnapping demeure une menace constante avec 51 cas documentés, affectant la liberté de circulation et l’activité économique. De plus, ce rapport souligne les violences sexuelles qui connaissent une recrudescence inquiétante, notamment dans les camps de déplacés, exposant femmes et filles à des abus dans un contexte de silence forcé et de défaillance institutionnelle.
Parallèlement, la liberté de la presse s’est également détériorée, fragilisée par l’insécurité et le décret du 18 décembre 2025. Plusieurs journalistes ont été menacés ou maltraités par des policiers, remettant en cause le droit fondamental d’informer. Récemment, deux journalistes dont Osnel Espérance et Junior Célestin ont été tués au centre-ville de Port-au-Prince alors qu’ils effectuaient un reportage.
L’accès aux services essentiels est fortement compromis dans les zones contrôlées par des groupes armés. La situation carcérale reste dramatique, avec des centres de détention paralysés ou détruits. Des cas de violences policières ont été recensés, notamment au Cap-Haïtien le 17 février dernier et à Saint-Marc le 12 mars, soulevant de graves préoccupations en matière de respect des droits humains.
Le rapport dénonce une détérioration continue des droits économiques, sociaux et culturels. L’éducation est gravement compromise par la fermeture d’écoles, les déplacements massifs et l’insécurité routière, privant des milliers d’enfants d’un accès régulier à l’enseignement.
De l’autre côté, l’alimentation et la santé sont également affectées par la hausse du coût de la vie, la désorganisation des circuits d’approvisionnement et le manque d’infrastructures médicales. Le logement, l’eau potable et un environnement sain demeurent hors de portée pour de nombreuses familles déplacées ou vivant dans des conditions précaires.
Les enfants, femmes, personnes handicapées et déplacés internes subissent de manière disproportionnée les conséquences de la crise. Les migrants haïtiens et les personnes handicapées restent marginalisés, faute de politiques inclusives. Le nombre croissant de déplacés internes témoigne de l’ampleur de la crise humanitaire.
À cet égard, les droits de troisième génération dont développement, paix, sécurité collective, environnement sain sont gravement menacés. L’instabilité politique et l’expansion des groupes armés empêchent la mise en œuvre de politiques publiques durables. La dégradation environnementale, l’insalubrité et la mauvaise gestion des déchets accentuent la vulnérabilité des populations face aux catastrophes naturelles et crises sanitaires.
In fine, ce rapport met en evidence la gravité du constat dressé par le Collectif Défenseurs Plus où le pays demeure plongée dans une crise systémique où l’État échoue à protéger ses citoyens et à garantir leurs droits fondamentaux.
Likenton Joseph
