De la Déclaration universelle des droits de l’homme, en passant la constitution haïtienne de 1987, pour tomber dans les objectifs de développement durable, en dehors de nombreuses conventions ratifiées par la République d’Haïti, l’éducation occupe une place capitale dans l’agenda des politiques publiques, et pourtant, on constate avec amertume que c’est l’un des secteurs les plus piétinés et les plus marginalisés au cours des dernières décennies. À qui la faute ? Pourquoi les droits à l’éducation et la formation de qualité sont autant piétinés dans la société haïtienne ces derniers temps ?
De quel régime politique viendra le secours du secteur de l’éducation ? Comment sensibiliser le plus grand nombre des acteurs politiques, tant en poste que dans l’opposition sur les véritables enjeux de l’éducation en Haïti ? Comment sauver les différents efforts et les investissements consentis dans l’éducation en Haïti, durant les dernières années pour améliorer la qualité des services ? Pourquoi les principaux acteurs représentatifs parmi les plus influents comme l’université ne sont pas inclus dans la recherche des solutions politiques en cours ? À qui profitent la déstabilisation des acteurs, la destruction des infrastructures et la dévalorisation de l’éducation et de la formation en Haïti ?
Durant les différents temps forts de l’histoire d’Haïti, jamais, le système éducatif n’a été autant affecté et affaibli pendant les nombreux mouvements sociaux alimentés par les successions de crises sociopolitiques, économique et sécuritaire, comme l’impose le nouvel ordre du chaos au premier trimestre de 2024. Pourquoi sommes-nous arrivés dans ce carrefour ou visiblement l’institution sociale majeure que représente le système éducatif est devenue l’une des premières cibles ?
Dans les premières semaines du mois de janvier 2024, nombreux des acteurs du système éducatif évoluant dans la capitale haïtienne et certaines villes de province se sont investis dans la réouverture comme le prescrit du calendrier 2023-2024 du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Hélas, les violences et la peur se sont imposées dans plusieurs coins du pays, entre les départements de l’Ouest, de l’Artibonite, du Sud et de la Grand ’Anse, entre autres, pour contraindre des milliers de parents à garder leurs enfants à la maison.
Dans les différentes images et les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels, on trouve souvent un établissement éducatif que l’on ajoute dans la liste des victimes. Plusieurs bâtiments des lycées et écoles nationales sont occupés par des membres de la population. La faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti, l’École nationale des Arts (ENARTS), et plusieurs autres collèges, écoles classiques, préscolaires et professionnels sont menacés, saccagés, vandalisés, détruits ou incendiés durant les dernières semaines et les heures qui suivent, dans plusieurs villes du pays.
De quoi sera fait l’avenir du pays, si l’éducation est prise pour cible dans cette nouvelle ère de la destruction des vies et des biens ? Pourquoi la société dans sa globalité affiche autant de passivité et de complicité devant la destruction des infrastructures éducatives et le découragement accéléré des professionnels et opérateurs du système éducatif haïtien ? Que restera-t-il comme actif dans la cartographie du système éducatif haïtien dans la République de Port-au-Prince après ce séisme terrorisant ?
Dur d’être élève, d’être parent ou éducateur en Haïti en 2024 ? Quels sont les responsabilités et les défis des actuels et futurs pouvoirs politiques dans l’avenir de l’éducation en Haïti ? Et si la réalité chaotique actuelle que la population traverse confirmait l’échec du système éducatif au cours des dernières décennies ?
Dominique Domerçant
