Un mort par ci, une famille forcée de quitter son domicile par-là, l’actualité douloureuse de kidnapping, ce sont autant de fragments qui alimentent ce terrible mal de vivre en Haïti actuellement. On est loin et même nostalgique de la dérive anarchiste - porteuse d’espoir tant de fois - post-dictature. À l’époque, il y avait comme un pacte entre Haïtiens qui permettait le rêve, même maladroit. De l’eau furieuse a coulé dans les rues depuis. Nous avons appris, trébuché et preque sombré.
Contrairement aux idées que nous avions tous chéries et défendues, la révolution ne peut pas se faire en élisant quelques parlementaires, en persécutant quelques ennemis retors, en supportant une transition et en menaçant, armes à la main, ceux d’en haut. Il est, dans ce cas, permis d’imaginer qu’il ne s’agit pas des paysans qui raclent les terres arides, par la force des choses, de Kenscoff, mais ceux qui, cyniquement, se sont installés sur le toit du pays avec l’aide de leurs combines douteuses, y compris les armes et les moyens qu’ils fournissent aux gangs désormais incontrôlables.
Ce malaise généralisé, au-delà du danger immédiat qu’il représente pour les vies - certaines fragiles - et les biens - certains mal acquis- nous conduit brutalement et sûrement vers un pays vaincu par ses propres fils.
On nous dira, dans un vacarme permanent, que les Blancs ont décidé de nous enfoncer par vengeance et par pragmatisme. Toutefois, ce n’est pas de trop d’avouer que nos laquais et courtiers haïtiens ont toujours agi sans retenue et sans conscience. La réussite haïtienne passe par la capacité de maitriser les réseaux, même les plus mafieux, des affaires et du pouvoir. C’est une chape d’inquiétude et de pitié que nous sentons sur nos épaules en regardant les spéculateurs locaux à l’œuvre.
La Rédaction
