Le Conseil électoral provisoire poursuit, imperturbable, son travail. On lui a donné comme mission d’organiser les élections. Le Conseil semble bien décider à accomplir sa mission quelles que soient les conditions dans lesquelles ces élections seront organisées. Il s’en lavera les mains en cas de chaos, en cas de catastrophe.
De toute manière, le chaos, l’ingouvernabilité, la disparition de l’État haïtien, la transformation d’Haïti en une multitudes d’espaces aux mains de structures criminelles, c’est ce que veulent certains étrangers et en particulier des secteurs de la République voisine.
Pour la République voisine, le désordre, du moins pour certains politiciens dominicains, leur avantage grandement. Si on coupe par exemple l’axe Seguin-Kenscof, une grand partie de la production du Sud-Est sera dirigée vers la République dominicaine, car pendant que nos politiciens crétinisent, que notre Sud-Est est économiquement détruit, toute la zone du Barahona se développe avec la construction d’aéroports, de milliers de chambres d’hôtels ce qui multiplie par vingt leur capacité touristique.
Nous allons vers les élections dans un espace vide, déserté par la pensée. Aucun discours ne prend à bras le corps la situation haïtienne dans sa vérité et dans sa complexité. La société civile n’est pas moribonde. Elle est zombifiée par qui, par quoi, on ne le sait pas. Le dirigeant du Burkina Faso parlait d’un produit pour abêtir les populations noires. Ce produit a-t-il été distribué en Haïti ou une sorcellerie quelconque aurait-elle vidé la population de sa capacité d’indigner et de se rebeller. Il faut admettre aussi que jamais notre pays n’a subi une violence aussi aveugle que celle des gangs. Gangs qui sont pilotés par des officines qu’on soupçonne, mais qu’on n’identifiera jamais publiquement.
Au moment que l’Occident décline et qu’il est menacé par des nations qui émergent, bien décidées, à dire leur mot sur la scène internationale, il a tout intérêt à reprendre le contrôle sur ses anciennes colonies et surtout à démontrer que le pays qui se faisant le chantre de l’anticolonialiste –même si ce n’était que dans les discours –était un échec complet. Un pays peut-être qui n’a jamais existé, comme l’avait titré un journaliste français. Un pays qui parlait des Noirs mais qui a précipité ces noirs dans le pire dénuement, dans la pire misère.
Avance-t-on vers l’inconnu avec tous ces malhonnêtes parfois ignares au pouvoir. Mais si l’inconnu est ce récif vers lequel se précipite le navire ?
Gary Victor
