La Police nationale se bat sur plusieurs fronts. La « bombe » de l’insécurité explose dans l’espace haïtien comme une arme à sous-munitions, avec des effets de souffle aux quatre coins du territoire.
Dans le département de l’Artibonite, les groupes criminels ne cessent de proliférer. Les plus meurtriers, comme Gran Grif ou Kokorat San Ras, sont coutumiers de massacres de civils. C’est bien le gang Gran Grif qui vient d’assassiner trois policiers et de profaner leurs cadavres dans un rituel sordide et cruel.
Il faut reconnaître que la Police travaille à faire reculer ce mal qui répand la terreur. Mais le défi est immense. Le pays, dans ses différentes composantes sociales, a été lourdement contaminé par le virus violent du banditisme organisé et internationalisé.
De nouvelles cohortes de policiers, de plus en plus jeunes, sortent des « forges » de l’École nationale de Police. Il faudra les encadrer, les protéger, les former davantage et veiller à ce qu’ils ne soient pas récupérés par les réseaux criminels qu’ils sont censés combattre.
Il faut mettre fin, une fois pour toutes, au temps du massacre permanent.
Le gouvernement doit agir en dotant nos forces de sécurité de moyens adéquats. Il doit aussi se lancer résolument dans la réforme judiciaire. À ce propos, les pôles judiciaires spécialisés pourraient jouer un rôle décisif dans le démantèlement des PME du crime, à condition qu’ils ne deviennent pas un simple paravent destiné à perpétuer les mêmes pratiques. Nous avons cette curieuse manière de faire de la perversion institutionnelle un sport national.
Haïti doit se mobiliser contre toutes les formes d’insécurité qui lui ont fait perdre quarante ans de son histoire. Pour cela, nous devons tout tenter afin de mettre fin à ces guerres civiles sans horizon révolutionnaire, ainsi qu’aux revendications opportunistes, bruyantes et creuses.
Le gouvernement Fils-Aimé doit commencer à gouverner de manière célère et responsable, en donnant des gages solides aux partis politiques dans la perspective d’éventuelles élections au dernier trimestre de cette année.
Car un pays ne se relève pas seulement avec des discours, des promesses ou des calculs électoraux. Il retrouve sa dignité lorsque l’État cesse de trembler devant les criminels, lorsque la justice cesse d’être un décor, et lorsque la vie d’un citoyen vaut enfin plus que le pouvoir d’un gang.
Roody Edmé
