Derrière la machine Grâce à Production, à Paris, qui tient fermement les manivelles d’une manifestation visant à honorer les femmes pour leurs apports positifs au sein de la communauté haïtienne de France, se trouvent deux compatriotes : Myrveline Altidor et Wilson Chery. Les deux se passent de présentation, tant leurs noms, au fil des éditions, se sont confondus avec celui de l’événement lui-même, comme ces artisans dont la signature, à force de constance, finit par se lire directement dans l’ouvrage accompli plutôt que dans la marge où on la cherche.
Il y a des trajectoires qui ne se racontent pas : elles se déploient, lentement, comme une étoffe qu’on déplie sur une table pour en révéler tout le motif. Celle de Myrveline Altidor Badio appartient à cette catégorie rare : une vie qui avance en silence mais qui, à chaque pas, laisse une empreinte visible.
La force tranquille derrière l’engagement
Née à Pétion-Ville, enfant d’une Haïti à la fois blessée et flamboyante, elle porte en elle cette double hérédité que connaissent tant de filles et de fils du pays : la mémoire d’une terre qu’on ne quitte jamais tout à fait et l’exigence d’un ailleurs à conquérir sans jamais se renier.
En 2016, elle pose ses valises en France, avec pour seul bagage véritable des idées plein la tête et un sens de l’observation déjà aiguisé par les premières années d’une carrière commencée dans le journalisme, la communication et la promotion d’événements culturels.
On ne mesure pas toujours ce que coûte un tel départ : laisser derrière soi les visages familiers, les repères, la chaleur d’un pays, pour aller réinventer ailleurs une légitimité à construire pierre par pierre. Myrveline Altidor Badio a fait de cet exil un chantier plutôt qu’un deuil. Elle s’installe au sein de la communauté haïtienne de France et y fonde Grâce à Production, structure qui porte, jusque dans son nom, le programme d’une vie : transformer l’épreuve en élégance, et l’élégance en engagement.
Le parcours académique confirme cette cohérence entre le geste et la pensée. Diplômée en journalisme et en relations publiques, elle possède une solide expertise en communication institutionnelle, en gestion de l’image et en développement organisationnel. Un diplôme en esthétique vient, plus tard, enrichir cette palette d’un savoir-faire dans la valorisation de l’image et la cohérence visuelle.
Chez elle, rien n’est cloisonné : le verbe et l’apparence, la parole publique et le soin de soi dialoguent comme deux versants d’une même exigence : celle de dire quelque chose de vrai et de le dire avec justesse.
Présentatrice d’émissions, fondatrice de l’association Grâce à Production, Myrveline Altidor Badio est aussi l’initiatrice et la coordinatrice de Femmes Actives Modèles, événement phare qui, à chaque édition, dresse le portrait d’un féminin haïtien conquérant.
Il ne s’agit pas là d’un simple rendez-vous mondain : c’est une tribune, un espace où l’on rappelle aux jeunes générations, filles et garçons confondus, qu’il n’est jamais interdit d’oser. À travers cette initiative, elle veut transmettre un message d’espoir et d’audace, encourager la jeunesse à ne pas craindre de se lancer et à évoluer, sans complexe, dans le domaine de son choix. C’est une pédagogie de l’exemple : on ne prêche pas le courage, on le donne à voir.
Entrepreneure déterminée, elle a récemment ouvert son institut de bien-être et de beauté, prolongement naturel de sa mission de valorisation et d’autonomisation des femmes. Là encore, l’estime de soi, le soin personnel et la confiance sont érigés en piliers de l’épanouissement féminin, comme si, à travers chaque geste de soin apporté à une autre, Myrveline Altidor Badio réparait aussi, un peu, les distances et les silences qu’elle-même a dû traverser.
Car il y a, sous la réussite visible, une part plus intime, plus âpre : celle des périodes éprouvantes vécues loin des siens, loin de la famille, dans cette solitude particulière que connaissent les enfants de la diaspora. Elle ne l’a pas fuie ; elle l’a transformée en levier de croissance personnelle et professionnelle. Chaque défi surmonté a consolidé sa maturité, aiguisé sa détermination et nourri son évolution.
C’est cela, la vraie résilience : non pas l’absence de blessure, mais la capacité à en faire un socle.
Ce qui frappe, au fond, chez Myrveline Altidor Badio, c’est cette force tranquille qui refuse de paraître pour lui préférer la conviction, l’intégrité et la qualité du travail accompli. Elle avance avec discrétion, mais son impact, lui, est réel, significatif et durable. Par ses actions, elle inspire, elle motive, elle contribue à l’édification d’une génération plus confiante, plus ambitieuse, plus consciente de son propre potentiel.
À sa manière, elle incarne cette part d’Haïti qui, où qu’elle se trouve dans le monde, continue de se tenir debout, avec grâce, précisément, et sans jamais renoncer.
« Femmes Actives Modèles » : six années de constance
Il faut le dire avec la clarté d’un fait établi : au sein de la communauté haïtienne de France, les initiatives qui durent se comptent sur les doigts d’une main, tant elles sont éphémères, tant les rivalités inutiles et les égos mal placés font le reste, à la manière d’un vent de sable qui, patiemment, use jusqu’à la racine ce que d’autres avaient mis des années à bâtir.
Combien d’associations naissent dans l’enthousiasme d’un premier soir pour s’éteindre, l’année suivante, comme une bougie qu’on a oublié de protéger du courant d’air ?
Aussi, quand une initiative résiste à ce climat, quand elle tient debout d’édition en édition sans jamais fléchir, il faut la saluer des deux mains et l’encourager à poursuivre son chemin.
Grâce à Production appartient, sans conteste, à cette famille rare des choses qui durent.
Pour la sixième année consécutive, l’association présentera en octobre son panel de femmes à honorer, fidèle à une tradition devenue, au fil des éditions, un rendez-vous que la diaspora attend comme on attend le retour d’une saison.
L’artiste invitée pour ce cru 2026 est Naika, qui sera sous les feux de la rampe de Grâce à Production, en banlieue parisienne, à Épinay-sur-Seine, le 10 octobre 2026.
Autour d’elle, huit femmes composeront la promotion 2026 des récipiendaires, chacune porteuse d’un talent et d’un engagement qui, mis bout à bout, dessinent la palette même de ce que la diaspora sait produire de meilleur : Kerline Paul, comédienne, metteuse en scène et conteuse ; Martine Jessica Constant, consultante et coach en management ; Christine Holzbauer Gueye, reporter, journaliste d’investigation et réalisatrice française ; Marie Saint-Hilaire, présidente de l’association Bourgeons pour Haïti et animatrice radio ; Woudshelle Comeau, créatrice de contenu ; Pearl Hyppolite, architecte, enseignante-chercheuse et élue locale ; Jessie Claude, élue régionale, adjointe municipale et professeure à l’université ; et Yacine Diakite, professeure d’allemand et de français, gestionnaire de collections et créatrice de mode.
Autant de parcours différents, autant de terrains conquis, mais un même fil qui les relie : celui d’une exigence tranquille, à l’image de celle qui les rassemble.
Femmes Actives Modèles continue ainsi de rayonner, et dans le bon sens du terme : non pas l’éclat qui s’éteint aussitôt qu’on l’admire, mais celui, plus discret et plus tenace, des flambeaux qu’on se transmet.
Une initiative portée à bout de bras dans une diaspora plurielle
Un chiffre, pour mesurer l’ampleur de ce à quoi Grâce à Production s’adresse : la communauté haïtienne vivant en France, en y incluant celles et ceux de Guyane, de Saint-Martin, de la Guadeloupe et de la Martinique, représente plus de trois cent mille personnes, entre ascendants, descendants, natifs et personnes d’origine haïtienne.
C’est dire qu’aucune initiative de cette ampleur ne s’improvise et qu’aucune ne prospère sans heurts dans un ensemble aussi vaste, aussi divers, aussi traversé de sensibilités différentes.
Car Grâce à Production n’a pas toujours eu la vie facile dans son entreprise de mettre nos compatriotes à l’honneur. L’année 2026 marque sa sixième édition, et il aura fallu, à chaque rendez-vous, tenir bon comme on tient un drapeau par grand vent. Celles et ceux qui le portent haut, envers et contre tout, savent que le tissu claque plus fort précisément quand la tempête se lève.
Vents et marées, catastrophes étatiques qui frappent régulièrement le pays que nous aimons tous : rien de tout cela n’a suffi à faire plier ce qui, depuis six ans, continue de se dresser, fidèle au rendez-vous, fidèle à sa mission, fidèle à cette idée simple et tenace que l’honneur rendu aux siens ne devrait jamais dépendre du calme ou de la tourmente.
Maguet Delva
Paris, France
