Samedi dernier, je suis allé à la vente-signature du dernier livre d’Edwidge Danticat, DEY. Un très bel événement. J’étais heureux de voir autant de beau monde réuni autour d’un livre, d’une auteure, mais surtout, je le compris très vite, autour d’Haïti.
La librairie Books & Books était devenue trop petite pour accueillir tout ce monde. Il a fallu déplacer la rencontre dans une église.
J’y ai vu les saints. Je n’y ai pas vu les anges. Enfin… pas tout à fait.
Carel Pedre était là avec sa fille. Elle avait son exemplaire entre les mains et s’était avancée pour le faire signer par Edwidge. À cet instant, je me suis dit qu’il y avait sans doute quand même un ange dans l’église.
La conversation entre l’auteure et la journaliste du Miami Herald, madame Jacqueline Charles, s’est déroulée avec entrain, simplicité et chaleur. Les questions pleuvaient, et presque toutes, d’une manière ou d’une autre, revenaient à Haïti. Jacqueline Charles était tout simplement sublime.
Les questions, entre un « Comment vas-tu, Edwidge ? » et un « How are you doing? », l’anglais était de mise, bien sûr, mais Haïti était la langue véritable de la soirée.
Haïti dans les questions. Haïti dans les souvenirs. Haïti dans les blessures. Haïti dans les espérances. Et Haïti, surtout, sur les lèvres d’Edwidge Danticat.
L’auteure est d’un calme sans pareil. Elle écoute, elle répond, elle sourit. Elle parle de littérature avec cette douceur qui semble ne jamais forcer les mots. Et lorsqu’elle parle d’Haïti, on sent qu’elle ne parle pas seulement d’un pays. Elle parle d’un lieu intérieur.
Tout au long de la soirée, je n’ai pas cessé de penser à Haïti.
À ce pays dont nous ne mesurons peut-être pas toujours combien il continue d’habiter celles et ceux qui vivent loin de lui. Nous ne nous rendons peut-être même pas compte à quel point il compte encore aux yeux de nos frères et sœurs de la diaspora, combien certains attendent, espèrent, rêvent simplement de pouvoir y revenir un jour.
Je n’ai malheureusement pas pu acheter mon exemplaire ce soir-là. J’en voulais plusieurs : un pour moi, un pour Kettly, un pour Patricia. Et je pensais aussi à Colette.
Colette aime Dany Laferrière. Il nous arrive de parler littérature dans le salon de sa fille Vania, pendant que Ringo nous présente sa collection de Picasso. Ce sont de ces moments où les livres, les tableaux, les souvenirs et les conversations finissent par habiter la même pièce.
Et l’œuvre d’Edwidge Danticat possède justement cette qualité : elle a du relief. Elle ouvre plusieurs portes à la fois. J’ai lu Nos solitudes, paru chez Mémoire d’encrier, et j’avoue avoir été profondément frappé par sa manière si particulière d’aborder la solitude.
Sous sa plume, la solitude semble tout embrasser : l’exil, la mémoire, la maternité, l’absence, la perte, l’appartenance, le deuil, le déracinement… Et pourtant, elle demeure toujours solitudes, au pluriel. Comme si aucune solitude ne ressemblait véritablement à une autre, comme si chacune portait son visage, sa mémoire, sa blessure et peut-être même sa lumière.
Alors une question me reste : Quel est donc le secret de cette écriture qui parvient à donner tant de visages à la solitude sans jamais l’épuiser ?
Je n’ai pas encore lu Dèy. Mon exemplaire doit arriver le 10 septembre.
Je le lirai.
Et je vous dirai.
Yves Lafortune, Miami, le 1er septembre 2026
