Devant un fait accompli, comme la situation critique et désespérée, cette ambiance chaotique qui semble redessiner l'avenir de plus de trois cent mille hommes, femmes et des jeunes migrants haïtiens qui vivent aux États-Unis, on a du mal à trouver les conseils ou les mots qui soient capables de recréer l'espoir, ou d'éclaircir l'avenir de ces paisibles et courageux travailleurs qui portent le seul péché d'être des Haïtiens, parmi d'autres nations vulnérables, contraints de fuir les crises, les catastrophes et les crimes dans leur pays natal à la recherche d'une vie meilleure. Hélas !
Du pouvoir de la musique, de la puissance de la parole, et de l'influence de certaines mélodies sur l'esprit et les nerfs, même sous le poids de la déception, de la résignation, de l'humiliation, et de l'indignation, il est possible de provoquer certains effets positifs, ou de réveiller l'espoir à défaut de la réinventer dans les esprits et les cœurs, dans l'âme et le corps des Haïtiens, privés de leurs droits de vivre, de rester et de jouir plus longtemps certains droits et privilèges comme plusieurs autres communautés.
Des chansons choisies pour tous les miens, dont les destins sont contraints de tout repenser. Ces chansons sont ainsi réparties dans quatre langues : créole haïtien, créole aux couleurs du zouk, le français et l'anglais.
Quatre chansons Zouk mélodieuses et profondément engagées pour les victimes du TPS ?
Du Zouk, on retient : Silans, de Patrick Saint Eloi ; Dieu, lève-toi, de Ralph Thamar; Pei mwen jodi, de Mario Canonge ; Mwen ale, de Kassav.
Duo sensuel pour une courte chanson profonde. Avec la chanson titrée « Silans » Patrick Saint Eloi, impose sa voie dans la traduction du pouvoir du silence, qui règne en maître sur l'existence humaine. Tant dans les relations amoureuses, amicales et familiales. Pensons au silence dévastateur des milliers de compatriotes haïtiens depuis l'annonce de la fin de TPS. Un silence qui peut être fatal ou irréversible.
« Dieu, lève-toi », ainsi Ralph Thamar interpelle Dieu. Il appelle à sa compassion pour les victimes et les martyrs. Une chanson solidaire qui porte le poids du silence et de la souffrance d'hier, d'aujourd'hui et demain.
Dans une sorte de rappel, à sa manière, la chanson « Pei mwen jodi », de Mario Canonge, remonte à la source. Elle rappelle le sens et l'orientation qui conduit vers la fuite de sa terre natale, sans pour autant s'en détacher.
Dans une autre forme d'adieu ou de retour à la source. L'immortelle voix de Jacob démontre pourquoi et comment il a choisi de partir dans « Mwen ale ». Cette chanson de Kassav est devenue un classique pour toutes les saisons.
Quatre chansons haïtiennes pour réveiller la conscience des Haïtiens victimes du TPS ?
Dans la catégorie de la musique haïtienne, c'est la formation Tropicana d'Haïti qui s'impose avec Tolérance. On retrouve ensuite le groupe Zin, avec Kouraj. Joël Théodore persiste et signe avec "Société". Eddy François de Boukan Ginen, à travers la chanson "Nigeria anwo", tente de porter les cris silencieux de tous les sans voix.
Des piqures de rappel: "Ou gen pitit ou, ou rann sèvis, li pa diw mèsi bokou. Ou gen frè ki pa renmen w ale wè pou yon etranje. Si yon moun ta bezwen viv alèz, fòw eseye aksepte lòt. Yon moun renmen w ou kontan, li pa renmen w pa gen pwoblèm.". "Pi gaw plenyen pou engratitid".
Dans le répertoire du groupe Zin, Kouraj apporte les semences de l'espoir. Et oui, on ne peut trouver mieux à offrir à nos frères et sœurs, qui doivent se donner encore plus de force et d'énergie pour repenser les choses. « Sa fè lontan m ap chache. Sou ki chimen pou m ale, kote map jwen on ti debouche, yon degaje tande.
Des paroles du chanteur Alan Cavé qui tombent à pic. Les hommes et les femmes, les jeunes désormais prisonniers dans leurs maisons, dans leurs quartiers, dans ces villes au sein desquelles ils et elles se sont investis corps et âme sont invités à se redoubler de courage, en attendant de savoir "Kotem prale, kilè map rive, sa map chèche...". "Kouraj, se sa lavi mande".
Dans "Société " , de Joël Théodore, le mot "Nèg", remplacé l'homme avec grand "H". Dans une approche micro ou macro, on assiste au défilement des vices et des tares.
Dans un monde aussi injuste, cette création musicale devenue une classique trouve sa place tant dans les relations familiales, interpersonnelles, professionnelles et surtout dans les relations internationales. Il suffit de transposer le personnage dans la peau d'un pays, pour comprendre le poids des jeux d'intérêts, des coups bas et des injustices qui portent tous les noms.
Demande une chanson ? Pour qui ? Pourquoi ? Pour les milliers de migrants haïtiens qui ne disposent plus de TPS ou pour Haïti ? Une chance pour les masses comme pour les élites pris dans l'enclume de la géopolitique externe et des luttes de classe interne ?
Dans la voix d'Eddy François, nous sommes invités à revisiter ces paroles : "Nèg anwo, nèg anwo, gade nèg anba...Misère yap pase, tribilasyon yap pase, ba yo chans o....".
De la musique pour porter la voix des sans voix. Des chansons pour rappeler à tous les Haïtiens victimes et désespérés que la roue tourne, que le jour reviendra tôt ou tard. En attendant courage.
Dominique Domerçant
