Cette esquisse du célèbre ouvrage Le Sang et la Mer a été écrite et présentée par Duval Taïsha, âgée de 16 ans, élève de Secondaire 2B au Collège Marie Dominique Mazzarello. Elle a été proposée à l’occasion du passage de l’écrivain Gary Victor, le jeudi 5 mars 2026, lors du lancement du club littéraire et de débat Fenêtre de Maïn du CMDM, autour du thème « Lire pour comprendre, débattre pour exister », initiative fondée par Jean Dhaly Sc S BEJIN, qui y reconnaît et encourage la valeur intellectuelle ainsi que la richesse culturelle et littéraire de la jeunesse haïtienne.
Par Taïsha Duval
Il existe des blessures qui saignent dans le corps, et d’autres qui saignent dans la mémoire…
Dans le sang et la mer, la mer n’est pas seulement l’eau : elle devient une force, un témoin, parfois même un juge.
Quant au sang il n’est pas seulement une blessure : il se transforme en lien.
Gary Victor est un écrivain Haïtien, contemporain, reconnu pour la dimension à la fois sociale, symbolique, et parfois mystique de son écriture. En effet ses œuvres explorent souvent les tensions entre mémoire, pouvoir, injustice et identité.
Dans Le Sang et la Mer il met en scène Herodiane et son frère Estevèl, deux personnages unis par un lien profond, marqué par la promesse, la douleur et la présence constante de la mer.
Ainsi à travers l’extrait choisi, une course à la nage où Ti Tanbou invite Herodiane croyant que cette dernière va refuser le défi, nous verrons comment Gary Victor parvient à transformer un souvenir intime en scène profondément symbolique.
Nous pouvons alors nous demander : comment cet épisode dépasse-t-il le récit personnel pour devenir une représentation plus large du lien, de la mémoire et du destin...?
Afin de répondre à cette question, il convient d’analyser dans un premier temps, la représentation de l’amour dans cet extrait, avant d’examiner la dimension symbolique de la mer, puis la portée presque mystique du lien fraternel.
En premier lieu parlons de l’illusion de l’amour où l’écrivain met en scènes Hérodiane et Ti Tanbou.
Tout d’abord cet extrait met en lumière la fragilité d’un amour superficiel. Ti Tanbou qui prétend aimer Herodiane. Pourtant quand la mer se déchaine il choisît la fuite plutôt que le courage. Son amour dès lors apparaît comme un amour d’orgueil, nourrit par le regard des autres, et non par un véritable dévouement. L’auteur établi ainsi une opposition implicite entre : l’amour proclamé et l’amour éprouvé.
D’où c’est bien triste mais la réalité de notre société, où on aime pour aimer et non bien aimé, on aime pour dire que moi aussi je suis tombé amoureux, moi aussi j’ai aimé et je suis aimé. Ainsi nous oublions le vrai sens de celui-ci…
Cependant la trahison de Ti Tanbou ne constitue pas le seul enjeu de cette scène, car nous avons aussi
Herodiane au moment de sombrer n’appelle ni sa mère ni son père, mais son frère. Et détrompez-vous ce choix n’est pas anodin. Il révèle que le véritable refuge n’est plus parental mais fraternel. Estevèl apparait alors comme une figure salvatrice, presque mystique, son surgissement possède une dimension quasi surnaturelle, annonçant la relation mystérieuse qu’il entretient avec la mer tout au long de l’œuvre.
Car en effet la mer ici n’est pas un simple decor, un simple paysage, elle est une force. Elle agit, elle ralentit, elle attaque. De ce fait par un procédé de personnification Gary Victor transforme la mer en entité vivante presque consciente. Elle devient alors une épreuve, un test, voir une métaphore des dangers sociaux et existentiels. La noyade dépasse alors le cadre physique pour devenir une traversé symbolique. Ainsi, cette scène fonde un lieu sacré, un pacte silencieux, entre la vie, la mort, le sang et le lien fraternel. Car la noyade scène symbolique engendre le véritable lien mystique entre Estevèl et sa sœur, unis déjà par une promesse de protection faite à leur mère avant sa mort, et le choix de la mer, qui a designer Estevèl à être le guide de sa sœur.
En somme cet extrait montre que les blessures ne se limitent pas au corps, certains saignent dans la mémoire. La mer loin d’être un simple élément naturel devient une force et un témoin silencieux qui juge et choisit.
Quant au sang il ne symbolise pas seulement la douleur ou la perte, il tisse un lien, une promesse, un passage entre les êtres.
Ainsi Gary Victor transforme un événement intime en une scène universelle où se mêlent l’épreuve, le lien, le destin. Nous comprenons donc que la mémoire, l’amour, et la fraternité sont des forces capables de transcender la tragédie.
Je vous laisse donc méditer sur ces eaux témoins d’épreuves et de liens invisible, je vous remercie de m’avoir permis de partager avec vous ces reflets de vie, de lien et de destin.
Taicha Duval
