À voir cette réalisation, on dirait que c’est l’œuvre d’un artiste peintre qui sait si bien utiliser ses pinceaux et des pigments. On pourrait penser qu’elle est tout simplement réalisée comme toute œuvre picturale. Détrompez-vous, elle n’est pas simple. Elle est extraordinaire. Son extraordinaireté ne se trouve ni dans le respect des perspectives ni dans les illusions d’optique des couleurs si naturellement mises en harmonie. Ne cherchez pas non plus sa singularité dans la beauté si parfaitement démontrée de ce coin paradisiaque de la ville de Jacmel, le Boulevard Pétion –Bolivar tant admiré par des visiteurs haïtiens et étrangers. Elle est étrange parce qu’elle se réalise avec du sable et rien que du sable. Pas une once de peinture, pas un pinceau ne sont utilisés dans cette création artistique catégorisée dans le courant connu sous le terme sablisme ou sabléïsme.
Le sabléïsme est une technique qui utilise du sable coloré avec des pigments pour la variété des couleurs. La colle est aussi utilisée pour fixer le sable sur du carton, du hardboard, du plywood, de la toile. Le Congolais Albert Tuzolana utilise beaucoup cette technique. D’autres artistes ont aussi embrassé ce moyen d’expression. Certains en mélangeant le sable avec du pigment, d’autres sans pigment, mais à travers des œuvres sans profondeur ou sans perspectives. Ce qui est particulier et singulier chez Renet est sa technique de respecter les règles de la perspective et la nuance des couleurs en utilisant le sable comme dans les œuvres picturales. Un véritable maitre. Qui est donc ce génie ?
Renet a commencé et terminé son apprentissage fondamental dans la commune de Belle- Anse où il est né des œuvres de Monsieur et Madame Louinord Léger. Il a poursuivi et bouclé ses études classiques au Lycée Pinchinat. Déjà au lycée, certains enseignants arrivaient à déceler chez lui une grande intelligence. Ses études secondaires terminées, il s’est rendu au Collège Christianville à Léogane pour des études en sciences de l’éducation. Il est donc un éducateur formé et certifié. Alors qu’il étudiait à Léogane, il profita pour apprendre l’anglais et l’espagnol, se mettre à faire du sablisme par simple pulsion intuitive.
L’autodidaxie est son point fort. Renet a la capacité de se former lui-même sans l’aide d’un guide. Il suffit qu’il soit attiré par un domaine d’étude, pour qu’il cherche des documents, traite des exercices, travaille avec ardeur jusqu’à atteindre le niveau de connaissance voulue. Comme Voltaire il est un touche-à-tout de génie. Il a des connaissances en sciences de l’éducation, en philosophie, en droit, en théologie, en informatique, en comptabilité, en agronomie, en architecture. Il parle couramment l’anglais, l’espagnol, le français, le créole. Il a réussi à construire sa maison, piloter des drones, utiliser des logiciels complexes, accompagner des étudiants dans la préparation de leur mémoire en plusieurs domaines d’études universitaires. C’est cette intelligence hors du commun qui lui a permis de manipuler le sable avec tant d’aisance et tant de virtuosité.
J’ai rencontré ce maitre de l’art du sable chez moi à Bréman. Quand il m’a montré quelques-unes de ces œuvres en photo, je pensais qu’il était peintre malgré son insistance à me faire croire qu’il est un sabliste. Pourtant, après avoir été mis en contact avec ses créations et que j’ai pu les toucher et sentir les effets granuleux, je suis resté sidéré. Sans l’utilisation de pigments, il arrive à nuancer les couleurs, à mettre des mouvements avec du sable seulement. Il puise son inspiration et ses matières premières dans la mère Nature. En effet, il voyage dans presque toutes les communes du pays. Il parcourt les sections communales, les mornes, passe de littoral en littoral à la recherche du sable et de pierres. Avec ces pierres, il se fabrique du granuleux de toutes les couleurs en utilisant du mortier, du pilon, du moulin, du tamis, du van, de l’eau.
Il nous ouvre son cœur, nous présente sa philosophie, ses croyances ses talents à travers ses œuvres. Les suivantes en sont le témoignage éloquent.
À travers l’œuvre ci-contre, il nous dévoile son goût pour le réalisme et la beauté. Il y décrit avec précision et un clair-obscur parfait ce morceau du relief accidenté et multiforme des hauteurs de Kenskoff. Les arbres présentés en contrebas du premier plan sont en complémentarité chromatique avec le plateau qui se place en avant de la pièce. En arrière-plan, il a pu trouver du sable aux couleurs précises pour nous présenter un ciel vif, chaleureux et le soleil non agressif de Kenskoff avec un mélange sublime de stratus nebulosus, source de la fréquence de brouillard dans la zone.
En regardant cette dernière pièce, qui aurait dit que ce n’est pas un texte imprimé sur du papier sulfurisé après avoir été traité au computer. Qui aurait pensé que c’est une œuvre d’art fait avec du sable seulement ? Oui, cette réalisation est un chef-d’œuvre du sabliste. Le fond est fait avec du basalte de Léogane. Le texte, les bordures superposées presque en style 3d se réalisent avec un assemblage de calcaire, de grès, de gypse, de marne, de malachite, de larimar. Tout est du sable collé sur du plywood. Cherchant à toucher la cheville de Léonard de Vinci, l’homme se place déjà parmi les plasticiens de talents du Sud-est. Citons entre autres Luckner Lazarre, Célestin Faustin, Ezène Domond, Pierre-Paul Ancion, Lionel Guivard Jean, Olivier Laurent, Jacques Philippe Jean-Pierre, Vady Confident, Didier Civil, Raynold Laurent, Jn-Baptiste Géré, pour ne citer que ceux-là… C’est-à-dire, ceux dont j’ai l’habitude de voir les œuvres. Parmi ces créateurs, Renet est particulier par sa façon unique, sensible, originale d’utiliser le sable pour communiquer avec les consommateurs des arts plastiques en provoquant chez eux de l’émotion, de l’admiration. L’artiste doit sortir de son silence pour devenir une icône du sablisme.
Jeanernst
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