J’ai hâte de jouer avant tout,
Mais j’ai aussi hate de rencontrer les fans.
Ils sont vraiment fous, disait le nouveau grenadier Wilson Isidor
Il est vrai que dans le processus de gouverner par le chaos, ce pays est non seulement divisé, il est beaucoup plus déstabilisé qu’avant le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986. En termes d’acquis démocratique, Haïti a presque tout perdu dans les labyrinthes d’une transition qui n’en finit pas. Mais en dépit de tout, il y a des événements que l’haïtien ne négocie pas. Et c’était le cas pour les matchs éliminatoires la Coupe du monde masculine de 2026.
Depuis la dernière participation à la coupe du monde de 1974 en Allemagne, le rêve rêvé du peuple haïtien c’était de voir le drapeau bicolore flotte dans les grands stades du football mondial. De noir et rouge en Europe en 1974 à bleu et rouge en Amérique du nord en 2026, l’attente était longue. Trop longue même. Mais cinquante-deux ans plus tard, comme à la Crête-à-Pierrot le 18 novembre 1803, cette date mythique avait porté chance. Le 18 novembre 2025, à Curaçao, dans l’indifférence, loin de la terre natale, les grenadiers avaient faits la différence. D’une diaspora incapable de rentrer au pays à une selection nationale empêcher de jouer ses matchs éliminatoires au Stade Sylvio Cator, c’est une équipe de football en exil qui va jouer la Coupe du monde en Amérique du Nord.
Maintes fois dans le passé, on se le rappelle bien pour des raisons politiques, manque d'infrastructure approprié ou un stade Sylvio Cator bindonvilisé en constante réparation, c'était en Floride, particulièrement là où réside une forte communauté haïtienne que des dirigeants de la Fédération haïtienne de Football (FHF) se dirigeaient certaine fois pour des matchs amicaux ou éliminatoires. Ainsi, que ce soit au Orange Bowl de Miami ou d'autres Stadium de New Jersey, New York et Massachusetts, la sélection haïtienne de football attirait toujours la grande foule.
Mais pour les élimatoires du Mondial de 2026 c’était, pour des raisons de sécurité généralisée que l’équipe nationale avait joué tous ses matchs en dehors de son public. Loin de son 12e homme. Mieux vaut tard que jamais, si nos grenadiers pourraient rentrer au pays, au moins pour quelques matchs amicaux, cela ferait du bien à tout un peuple qui souffre de presque tout. Cela redonnera aussi de l’espoir aux jeunes athlètes.
De plus, après la qualification, l’esprit de Vertières doit, comme il avait été avec les pères fondateurs de la nation lors de la guerre de l’Indépendance contre les colons racistes, se faire à travers la spiritualité d’un mariage mysthique entre les joueurs, le peuple et les dieux tutélaires de la nation. Du Stade Sylvio Cator au Panthéon National au Pont-Rouge où veille encore l’âme rebelle et farouche de Dessalines, dans une effervescence populaire marquée surtout d’une grande ambiance culturelle de fête, le peuple a le droit de toucher Placide, Nazon, Pierrot, Bellegarde, Casimir, Isidor et tout le reste et les dire mercis pour tout.
L’unité nationale et le dépassement de soi pour une cause noble doivent être le leitmotiv de ce grand projet. Car, si pour des intérêts mesquins, la classe politique est divisée entre de petits groupes de clans, au cours de la coupe du monde de 2026, le pays doit, en une seule, et indivisible force, uni derrière les grenadiers. Le bras de fer entre opposants politiques aussi bien que les problèmes économiques, sociaux et sécuritaires, doivent, sous forme d’une trêve, provisoirement oubliés. Comme à l’Arcahaie, l’ambiance d’un mariage spirituellement mystique entre les joueurs, le peuple haïtien et l’équipe nationale de football doit projetter l’image d’un pays stable. On n’a pas droit à l’erreur. Les problèmes de division doit rester loin des vestiaires des grenadiers.
L’engagement de tout en chacun ne doit pas avoir ni le goût de la division ni l’odeur de l’exclusion. Une équipe, un peuple, et une seule nation. La nation haïtienne.
Prof. Esau Jean-Baptiste
