Tout en remuant ciel et terre pour des privilèges socio-économiques, sauf ceux du peuple haïtien, des hommes et des femmes, qu'ils soient issus de partis politiques traditionnels ou de nouvelles organisations créées en la circonstance, pour obtenir l’approbation des « grands électeurs, ils se mobilisent sur un terrain politique fragile faite d’un contexte essentiellement de territoires perdus. Mais en sommes, « pourquoi vous faites des élections »?
Puisque, même lorsque c'était dans un scrutin contesté, Leslie Manigat, le premier président élu post Jean-Claude Duvalier, ne pouvait pas terminer son mandat de cinq ans. Seulement quatre mois. Oui, pour un mandat de cinq ans, il avait passé seulement quatre mois au pouvoir. N'en parlons pas de Jean-Bertrand Aristide, la victime. Deux coups d'État pour deux fonctions électives confiées par des citoyens qui, lavalassement, croyaient dans le processus démocratique. En 1991, il avait passé seulement sept mois. Et en 2001, si, durant son second terme, il avait passé plus de temps à négocier les irrégularités des élections de mai et de novembre 2000, c'était juste une affaire de tractation politique.
Le 29 février 2004, l'emmerdeur était forcé à partir par ceux-là même qui savaient comment gérer les emmerdeurs. Et un pouvoir de transition était mis en place. L'ironie de toute l'affaire, on faisait partir un président élu pour finalement aller dans la loi mère haïtienne de 1987 pour trouver des arguments constitutionnels pour son replacement par un membre de la Cour de Cassation. Et ce pouvoir de transition avait pour mission d'organiser des élections pour de nouveaux élus. Mais pourquoi vous faites des élections?
En attendant de trouver une réponse à cette pertinente et embarassante question, ceux qui finançaient, commandaient. En 2006, ils avaient organisé des élections. Et pour un second mandat, Préval était devenu président.
C'était à cette époque-là, plus particulièrement en mai 2009 que j'étais en Haïti pour la légalisation d'un parti politique pour la diaspora. Une fois au Ministère de la Justice, j'ai demandé à voir le Secrétaire d'État qui est un ami d'enfance. À son bureau, pendant quelques bonnes minutes, il m'avait conseillé sur ce que je devais, pour la légalisation du parti, préparer comme documents. Il n'avait pas seulement faire des recommandations, il m'avait aussi référé à des personnalités, particulièrement un respectueux et crédible notaire pour m’aider à la préparation de ces documents.
Mais comme on le faisait souvent, le Secrétaire d'État et moi, on parlait de la crise politique d’alors. Comme on parlait des problèmes du pays, on mentionnait aussi des acteurs. Et l'acteur qui était au centre de notre discussion était le président de la République, Mr. Préval. Et une phrase que j'ai retenue de mon interlocuteur était: Président Préval est quelqu'un qui contrôle ses émotions politiques. Et moi, de répondre que c'est un plus pour quelqu'un qui fait de la politique.
Mais la fin de son mandat en 2010, spécialement durant le premier tour des élections de cette année, avait révélé une autre personnalité de Préval. C'est à dire, un Préval qui ne pouvait pas faire semblant. Et ce qui suit est un extrait d’une interview que donnait le président Préval lors de la crise électorale de 2010. « Le représentant, le chef de la MINUSTAH qui me dit, monsieur le président, c’est un problème politique il faudra faire venir un avion pour vous évacuer. Je dis, venez avec votre avion et vous viendrez me chercher au Palais, menotter, et tout le monde verra que c’est vraiment un kidnapping. A ce moment, il a vu que je ne marchais pas dans l’opération. Et la mission de l’OEA a donné les résultats. Et lorsque la mission est venue, je fais venir ce monsieur je lui ai dit le problème est résolu ? Il m’a dit non, le problème n’est pas résolu parce que si l’OEA ne va pas dans le sens des recommandations de la mission américaine, nous n’allons pas accepter le résultat des élections. Je lui dit, mais quel que soit le candidat qui passe, il passe. Il dit, oui mais nous ne voulons pas de ce résultat-là? Je lui ai dit, mais pourquoi vous faites des élections? Et à 9 heures du soir, l’ambassade américaine faisait sortir un communiqué pour dire que les résultats n’étaient pas bon.”
Prof. Esau Jean-Baptiste
