Dans notre article du 12 mars 2026, nous avions soulevé les conditions essentielles à l'instauration d'un véritable football professionnel et plaidé pour une sortie de crise proprement haïtienne : la convocation d'une Assemblée générale élective devant restaurer la souveraineté des clubs précédée d'une requête consensuelle (demande de dérogation) à la FIFA afin de d'intégrer au bureau fédéral à élire, pour un nombre limité de mandats, certaines compétences éprouvées du Comité de Normalisation (CN).
Depuis, deux événements majeurs sont venus enrichir notre réflexion.
D'abord la clôture du championnat national de la Ligue Haïtienne de Football (LHF) qui a consacré le Violette Athletic Club aux dépens du Baltimore SC; les deux clubs se qualifiant pour la Coupe des clubs de la Concacaf.
Ensuite la Coupe du monde de football, où les Grenadiers ont chuté dès le premier tour, laissant un goût d'inachevé au public haïtien.
Ces deux rendez-vous mettent en lumière le travail de structuration mené par le CN depuis des années : mise en conformité financière de la FHF avec les exigences répétées de la FIFA, organisation de trois championnats nationaux et soutien logistique et financier à un quatrième porté par la LHF ; qualification des U17 masculins pour leur Mondial ; sélection féminine séniore en ronde finale de qualification ; révision et vote des statuts de la FHF justifiant des prolongations de son mandat jusqu'à novembre 2026 ; arrivée d'expatriés de haut niveau au sein des sélections nationales séniores, hommes et femmes ; et cerise sur le gâteau, le retour de la sélection masculine sénior en Coupe du monde après cinquante-deux ans d'absence.
Ces acquis ne doivent cependant pas masquer les enjeux de fond que nous avions soulevés.
Ils renforcent au contraire autant une conviction chevillée au corps qu'une interrogation à la fois équivoque et révélatrice: un tel héritage peut-il être confié à une structure composée de compétences n'ayant pas encore fait leur preuve ?
Prenons, entre autres, un simple exemple concret d'ordre dministratif qu'est la finalisation du dossier relatif au formulaire de licence des clubs pour la saison 2026-2027.
Ce document impose une cinquantaine d'exigences précises: affiliation à jour, responsables nommés par lettre officielle, entraîneurs certifiés FHF, examens médicaux et assurance santé des joueurs, contrats enregistrés, propriété ou contrat d'usage du stade, comptes bancaires actualisés, statuts déposés, adhésion au programme de sauvegarde, structure de propriété transparente.
Or de nombreux clubs peinent aujourd'hui à respecter les délais imposés et les critères pourtant classiques dans l'architecture organisationnelle des clubs de la Concacaf.
Aussi peut-on légitimement s'interroger : des clubs encore en phase de consolidation dans leur propre processus d'homologation seraient-ils, du jour au lendemain, en mesure d'assumer le pilotage d'une fédération nationale soumise à des exigences autrement plus pointues ?
D'où cette dernière question, adressée aux connaisseurs du football comme aux clubs eux-mêmes : ne serait-il pas plus prudent d'envisager une dérogation consensuelle, sollicitée auprès de la FIFA par les clubs homologués, permettant aux compétences actuelles du CN de consolider les acquis pendant que se poursuit la restructuration institutionnelle déjà amorcée ?
Mickelson Thomas
