Dans un pays entouré d’eau et riche en potentiel naturel, il est surprenant de constater qu’Haïti ne dispose d’aucune infrastructure aquatique moderne à vocation sportive et touristique. Alors que plusieurs pays du continent américain ont investi dans des complexes aquatiques intégrant sport, loisirs et tourisme, Haïti reste largement en retrait dans ce domaine.
Dans de nombreuses nations, les parcs aquatiques ne sont pas seulement des lieux de divertissement. Ils sont aussi des centres de formation, de compétition et de développement économique. Des piscines olympiques, des bassins d’entraînement, des espaces de loisirs et des installations adaptées permettent à la fois de former des athlètes, d’attirer des visiteurs et de créer une activité économique durable.
En Haïti, la situation est tout autre. Le pays ne dispose même pas d’une piscine olympique fonctionnelle. L’unique piscine publique du Centre sportif de Carrefour est hors service depuis des décennies. Cette réalité limite non seulement la pratique de sports aquatiques comme la natation, le water-polo ou la plongée, mais empêche également le pays de développer des talents dans ces disciplines.
Face à cette réalité, la création d’un parc aquatique sportif représenterait une opportunité stratégique majeure. Un tel projet pourrait intégrer :
• une piscine olympique conforme aux normes internationales
• des bassins d’apprentissage pour les jeunes
• des espaces de loisirs aquatiques pour le grand public
• des infrastructures pour accueillir des compétitions nationales et régionales
Au-delà du sport, un parc aquatique aurait un impact économique significatif. Il contribuerait à la création d’emplois directs et indirects (maîtres-nageurs, techniciens, personnel d’entretien, restauration), attirerait la diaspora et les touristes, et stimulerait l’activité économique locale. Les commerces, le transport et les services environnants bénéficieraient directement de cette dynamique.
Un tel espace jouerait également un rôle social et éducatif essentiel. Il permettrait de démocratiser l’apprentissage de la natation, une compétence vitale dans un pays exposé aux risques naturels liés à l’eau.
Aujourd’hui, on estime que moins de 2 % de la population haïtienne sait réellement nager, malgré le fait que le pays soit entouré par la mer et traversé par une centaine de rivières et de ruisseaux. Donc des infrastructures aquatiques offriraient aux jeunes un cadre structuré pour s’épanouir, se former et rêver à des carrières sportives. Des pays comme la Suisse, l’Allemagne, la Thaïlande, le Vietnam et l’Ouganda utilisent leurs rivières pour développer la natation, les sports aquatiques et le tourisme. La Suisse utilise ses rivières pour la baignade publique et les compétitions de natation, tandis que l’Allemagne y développe des activités nautiques et touristiques. En Thaïlande et au Vietnam, les réseaux fluviaux soutiennent fortement le tourisme aquatique et la vie communautaire. De son côté, l’Ouganda exploite certaines zones du Nil pour les sports nautiques, le rafting et le tourisme d’aventure. Haïti pourrait également s’inspirer de ces modèles pour valoriser ses propres ressources aquatiques.
À plus long terme, un parc aquatique sportif pourrait améliorer l’image d’Haïti à l’international. Il montrerait un pays capable d’investir dans des projets modernes, utiles et porteurs d’avenir. Par exemple, la République dominicaine dispose de plusieurs parcs aquatiques modernes, principalement intégrés à des complexes touristiques, ce qui montre qu’un tel projet peut devenir un véritable moteur économique lorsqu’il est bien structuré.
Le gouvernement de la République dominicaine a inauguré le 6 avril dernier le Centre Aquatique du Centre Olympique Juan Pablo Duarte, entièrement rénové. Ce complexe, considéré comme l’un des plus modernes de la région, comprend une salle spécialisée pour l’entraînement physique hors de l’eau, une piscine à climatisation artificielle et une plateforme de plongeon conforme aux normes olympiques. Capable d’accueillir des compétitions internationales majeures, il a été rénové pour environ 20,39 millions de dollars américains en préparation des XXVes Jeux d’Amérique centrale et des Caraïbes, prévus du 24 juillet au 8 août 2026.
Ainsi, construire un premier parc aquatique sportif en Haïti ou des infrastructures autours de nos lacs et rivières; ne serait pas simplement un projet d’infrastructure. Ce serait un investissement dans la jeunesse, dans la santé publique, dans l’économie et dans la fierté nationale.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Comentateur et Analyste Sportif
Proféseur de Math & de Science
