À Petit-Goâve, où les brises marines de la baie croisent le rythme trépidant des rues, un homme incarne cette nouvelle génération de citoyens qui articulent valeurs familiales, rigueur administrative et engagement communautaire.
Heureux papa de trois enfants, mélomane, amateur de football, Geswil Noncirel, directeur du centre commercial de l'EDH à Petit-Goâve et PDG de GESTECH ÉLECTRIQUE, se confie.
C’est dans une ambiance décontractée, assis presqu'à même le sol, en plein air, sous le soleil levant, à proximité de la place des abeilles qu’on s'est entretenu un bon matin de dimanche.
Q.- « Geswil, et si on parlait un peu de vous. De votre enfance. De vos racines. Qu’avez-vous à raconter » ?
R.- « Eh bien, vous savez, je me souviens avoir eu une enfance assez joyeuse. J’ai grandi à la rue Lamarre( Petit-Goâve) entouré de ma fratrie et de mes parents rudes travailleurs. J’ai fréquenté l’école sacré-cœur (Kay Frè), le nationale des garçons Borno Lamarre et le Collège Notre Dame de Petit-Goâve (Kay Mèt Sanon). En suite, j’ai eu un bref parcours à l’Université Saint Gérard juste avant mon aventure universitaire en république dominicaine, à l’UTESA : là où j’ai obtenu ma licence en génie mécanique. En gros, c’est un peu ça… »
Spécialisé en génie mécanique et gestion des infrastructures, le directeur dit faire face à la vétusté des équipements et contraintes logistiques.
« Diriger l’EDH ici, c’est gérer des attentes vitales. Ma priorité reste la transparence : expliquer les contraintes techniques et mobiliser nos moyens pour maintenir le service, même dans les moments les plus complexes », révèle-t-il.
En ce sens, il choisi d’affronter directement les urgences matérielles de sa cité et privilégie une présence constante sur le terrain aux côtés de ses équipiers.
« En prenant les rênes de l’EDH à Petit-Goâve. J’ai fait le choix de l’épreuve du feu. Diriger l’entreprise publique de distribution électrique dans ce contexte difficile qu’on connaît tous relève d’un courage périlleux. Lorsque le courant passe, le mérite est partagé ; lorsque l’obscurité s’installe, la responsabilité me retombe invariablement dessus. Je risque d’être perçu non comme le réparateur du réseau, mais comme le visage institutionnel des défaillances de l’état ». Ma vie, mon combat, stipule-t-il tel un homme portant religieusement sa lourde croix .
C’est là, à mon sens, que réside le véritable paradoxe du quotidien de Geswil Noncirel.
Les racines d’une rigueur
Pour comprendre son engagement, il faut remonter aux valeurs qu’il a acquis durant son enfance. C’est dans le cadre familial et le respect du travail bien fait que s’est forgé la discipline qu’il applique aujourd’hui.
Son orientation vers les sciences appliquées s’est imposée naturellement comme un moyen concret d’agir sur son environnement. « L’Université m’a appris la théorie des systèmes, mais la famille m’a enseigné le sens des responsabilités », avoue-t-il au détour de notre entretien. Cette exigence professionnelle trouve son équilibre dans sa vie personnelle. Père de famille attentionné, Geswil voit dans son foyer la source de sa motivation à contribuer pour une ville plus stable.
Entre engagement communautaire et horizon civique
Choisi comme parrain de la promotion sortante de l’Université Faustin Soulouque baptisée avec évocation ‘’Promo de la foi’’, Geswil Noncirel s’adresse à une génération de diplômés prêts à intégrer la vie active. « Être parrain de ces jeunes diplômés, c’est leur tendre la main. Je leur ai dit que la foi dans notre ville doit s’accompagner d’une rigueur inébranlable. Si la jeunesse qualifiée abandonne l’espace public, d’autres le rempliront à sa place », affirme-t-il.
Fort de son expérience, entre gestion technique et proximité humaine, l’ex technicien du bureau de l’Haytrac des cayes prépare une nouvelle étape de son engagement. Il se positionne comme potentiel candidat à la députation de Petit-Goâve pour les prochaines joutes électorales. Cette démarche vise, selon lui, à porter la voix de sa communauté au niveau national, en traduisant les enjeux d’infrastructures, de jeunesse et de développement, en propositions législatives concrètes.
De la gestion du réseau électrique, à la tribune universitaire, jusqu’aux futures échéances électorales, Geswil Noncirel dessine le profil d’un cadre ancré dans son milieu, prêt à assumer les responsabilités de la relève, convaincu que la restauration des services publics constitue la pierre angulaire de tout renouvellement civique.
Bien qu’il faut reconnaître à Geswil Noncirel un profil singulier. Une question fondamentale se pose : comment la gestion d’un service public en crise permanente peut-elle se muer en tremplin pour la représentation nationale ?
Au-delà de toute ambiguïté, le candidat potentiel devra donc réussir un ultime test. Celui de transformer son image de technicien en celle d’un homme d’État. Il lui appartient de démontrer que la lumière qu’il cherche à apporter à sa ville ne s’éteint pas aux portes du débat politique.
Philippe Barthelemy
