Depuis plus de cinq ans, la violence entretenue par les groupes armés, est devenue une réalité quotidienne et habituelle pour des milliers d’enfants haïtiens. Sans oublier les pratiques d’éducations rigides. Ce qui est caché derrière toutes ces formes de violence, ce sont leurs effets destructeurs et de blocage pour les enfants. Des spécialistes de la santé mentale et d’accompagnement des enfants, soutiennent que « la violence remodèle l’esprit et le corps dans des dimensions cachées ».
Le Réseau des Organisations Chrétiennes pour l’Epanouissement de l’Enfant (ROCHEPE) appelle chaque Haïtien, les autorités Haïtiennes et toutes les organisations œuvrant pour la protection des enfants à miser pour une préservation de la santé mentale des enfants.
La violence bloque l’épanouissement des enfants
« Un enfant est exposé à la violence — qu’elle soit directe ou indirecte, physique ou psychologique — a son cerveau et son corps qui se transforment -perturbés- » a rappelé madame Gilles Bradley, spécialiste en travail social. Elle intervenait à une récente conférence-débat, organisée par le ROCHEPE autour de la santé mentale des enfants.
Un enfant qui subit ou qui vit dans un environnement violent, a les parties de son cerveau responsables des émotions et des mémoires qui sont profondément perturbées. Ceci engendre des difficultés de communication, des troubles du comportement, une incapacité à réguler ses émotions.
Cela affecte aussi la partie du cerveau responsable de la concentration, du raisonnement et de la prise de décision. Un enfant traumatisé ne peut pas apprendre. Non par manque de volonté, mais parce que son cerveau est littéralement en état de survie permanente.
Des réalités néfastes
Certaines réalités insoupçonnées sont parfois des sources de comportements violents chez les parents ou les tuteurs.
« La pression socio-économique, les menaces mondiales, les besoins non satisfaits aggravent les risques de violence dans nos foyers et nos quartiers », a expliqué monsieur René Domersant Jr. Psychologue intervenant au cours de la conférence - débat.
Les techniques d’éducation rigides sont d’une habitude constituant une source de violence faite aux enfants.
« Les châtiments corporels, le fouet, toutes les pratiques éducatives sévères ne sont pas des outils d’éducation. Ce sont des menaces directes contre la santé mentale de nos enfants » a indiqué monsieur Domersant Jr.
La violence généralisée a déjà poussé plus de 680 mille enfants de leurs maisons. Une situation qui expose des filles et des garçons à des risques accrus de violence, d’exploitation, d’abus de toute sorte et de recrutement par des groupes armés comme guetteurs, messagers et combattants.
Les Nations Unies estiment que les enfants représentent entre 30 % et 50 % des membres des groupes armés en Haïti, certains étant recrutés dès l’âge de neuf ans.
Le ROCHEPE croit que chaque enfant que nous laissons seul face à sa douleur est une promesse que nous brisons. Chaque enfant que nous accompagnons vers la guérison est un avenir que nous construisons.
Face à tout cela, nous ne pouvons pas rester immobiles. Traiter les enfants avec respect et amour. Apprendre à les comprendre, à les écouter et à créer des espaces pour qu’ils puissent s’épanouir en très bonne santé n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental.
Ainsi, nous appelons :
- Les autorités haïtiennes de l’éducation et de la santé à s’engager dans la formation des éducateurs, des agents de santé et de tous les fonctionnaires travaillant dans un domaine lié à l’enfance, sur les impacts de la violence sur le développement de l’enfant ;
- Aussi, dans leur mission régalienne, à œuvrer pour restaurer un climat serein et d’épanouissement pour les enfants, car la survie de la société en dépend ;
- Les organismes onusiens, les acteurs de développement les médias et les organisations locales d’œuvrer à l’instauration de plus d’espaces de sensibilisation continue des parents et des tuteurs sur la nécessité d’arrêter avec toutes les pratiques éducatives dégradantes et violentes ;
- Les bailleurs et les acteurs humanitaires, investissant en Haiti, Le financement de programmes communautaires d’accompagnement psychosocial pour les enfants et leurs familles est aussi un besoin humanitaire.
Guy Faubert Vital-Herne
Coordination ROCHEPE
Tel: (509) 3711 1653
E-mail: guy_vital-herne@wvi.org
