Il y a deux silences sur les réseaux sociaux. Deux absences qui, chacune à sa manière, disent quelque chose d'inquiétant sur ce que nous sommes en train de devenir.
Le premier silence est brutal. Vous publiez. Personne ne répond. Personne n'ouvre, ne lit, ne regarde. La machine enregistre, mais l'humain est absent. C'est le vide pur, comme parler à une salle dont on n'est pas sûr qu'elle existe.
Le second silence est plus pervers. Vous recevez des « j'aime ». Beaucoup. De vos proches, même. Mais aucun mot. Aucune question. Aucun « dis-moi plus ». Le clic est là, la personne est absente. C'est une présence creuse : un accusé de réception sans lecture réelle, une main tendue qu'on effleure sans la saisir.
Ces deux silences ne sont pas des accidents. Ils sont le produit d'un système conçu pour maximiser la circulation de l'information et minimiser le temps qu'on lui consacre. Nous sommes entrés dans l'ère de la pléthore : trop à voir, trop à lire, trop à « liker », et cette abondance, paradoxalement, tue l'échange. La rareté de l'information empêchait autrefois de parler. Sa saturation aujourd'hui empêche d'écouter.
Or le débat a besoin d'écoute. Le lien social aussi. L'un et l'autre se construisent dans le temps, dans l'attention, dans la réciprocité, trois conditions précisément supprimées par la logique des réseaux. Ce qui reste ressemble à de la relation, mais n'en est pas. C'est une simulation de lien, brillante et creuse comme un écran allumé dans une pièce vide.
La menace n'est pas dans ce qu'on dit sur les réseaux. Elle est dans ce qu'on n'y dit plus, et dans l'habitude que nous prenons, progressivement, de trouver ce silence normal.
Alors, une question : la prochaine fois que vous « aimez » quelqu'un sans lui écrire un mot, est-ce que vous lui avez vraiment parlé ?
Jean Jr. Lhérisson, UCCLE
