Des générations après, le football continue d'occuper en Haïti une place singulière. Il est à la fois une pratique sportive, un phénomène culturel, un espace de sociabilité, un vecteur d’identité collective, et un miroir qui affiche des dynamiques sociales.
Dans un pays marqué par des crises politiques, économiques et institutionnelles, le football demeure l’un des rares domaines capables de mobiliser les masses, de créer un sentiment d’appartenance et de projeter une image positive de la nation.
Dommage, malgré cette centralité, le football haïtien reste peu étudié par les sciences sociales, alors même que celles-ci offrent des outils essentiels pour comprendre les enjeux du sport et contribuer à son développement.
De rares chercheurs, notamment quelques journalistes, des sociologues du sport et des analystes culturels, des observateurs avisés, des talents ou encore des professionnels retraités dans la plupart des cas, ou des responsables issus des structures techniques et administratives du sport national ont initié au fil des ans, un travail pionnier, visant à articuler des concepts tels le football, la société et la production de connaissances. Ces rares initiatives passées et actuelles constituent un socle important pour une réflexion plus large.
De l’organisation de la conférence en 2014 sur le thème Ethno Foot au bureau national d'Ethnologie (BNE), en passant par les émissions spéciales réalisées sur la géopolitique du football a Radio Pacific en 2018, dans le magazine Tour diplomatique, les séances animées autour de la diplomatie sportives lors des cours dispensés dans des centres d’etudes diplomatiques de la capitale, sans oublier l’accompagnement des étudiants et des élèves sur la réalisation des maquettes de stade lors des cours de dessin artistique et de dessin d’architecture au Centre de formation HAITI TEC, et depuis plus de cinq ans, la promotion du plaidoyer sur le plan artistique et architectural pour la création des monuments autour du sport (masculin et féminin), et l'un des derniers chantiers en date, l'inauguration du site internet du musées du football en Haïti, sont parmi les actifs qui m’autorisent à sensibiliser mes pairs, du nombre des acteurs, des médias, des penseurs, des chercheurs afin d'enrichir les débats autour du sport en général, et d'appuyer le développement du sport national en particulier dans le pays.
Quelques auteurs se livrent sur le terrain du football à Livres en Folie 2026 ?
Durant cette année marquée par la Coupe du monde de football en 2026, la plus grande foire du livre en Haïti avec ses 114 auteurs en signature et 1192 titres disponibles, ne pouvait pas offrir même une vingtaine de titres sur le football ? A qui la faute ?
De ce constat, on est en droit de nous demander: Pourquoi et comment le plus grand nombre des professionnels du sport et des acteurs sciences sociales à produire des savoirs autour de cette discipline sportive ?
Dans le catalogue de 32 pages, de Livres en Folie 2026, on retient pratiquement les principaux auteurs et titres, avec leur numéro d'inscription : “Erisier, F. Albertini Dr: "Conduites à tenir face aux accidents de la cour de récréation et lors d'activités sportives “ ; Jeunesse: (270) Etienne, Marlène "Zoupit Roi du football" ; Fiction (847) Twouyo, Joslin : "Foutbòl, jwèt pou nou" ; Sport (7055) KLAS: "U-20, Grenadye Alaso!" ; Sport (8085) Dumont, Patrice: "Etazini, men nou !" 1974, Francillon, Vorbe, Sanon. 2026, Placide, Bellegarde, Nazon ; entre autres des publications retenues.
Durant la Coupe du monde 2026, qui se déroule en Amérique du Nord, la question du rôle des sciences sociales dans le développement du football haïtien devient stratégique. Comment les disciplines telles que la sociologie, l’anthropologie, l’économie, la psychologie, la communication, l’histoire ou la science politique peuvent-elles contribuer à structurer le sport national ? Quelle responsabilité portent les acteurs, journalistes, chercheurs, fédérations, universités, État, clubs, supporters, dans la production de contenus et de savoirs ?
Quand Ethno Foot explorait les frontières de l'anthropologie et l'identité nationale dans le football en Haïti ?
Demandez aux médias traditionnels et aux influenceurs des médias sociaux de diversifier les débats est loin d'être un exercice inutile, encore moins stérile face aux nombreuses problématiques qui impactent le présent et l’avenir des industries sportives en Haïti, le football en particulier. Avec ou sans la participation de la sélection haïtienne dans la phase finale du mondial, il faudra toujours se poser un ensemble de questions les plus pertinentes.
Demandons-nous : Comment les sciences sociales peuvent-elles contribuer à comprendre, structurer et développer le football en Haïti, et comment des initiatives existantes, notamment comme Ethno Foot, peuvent-elles servir de base à une mobilisation universitaire et institutionnelle en vue de la Coupe du monde 2026 ?
D’autres questions de recherché aussi pertinentes pourraient se justifier dans ces débats, pour la promotion du savoir et la recherche de la lumière dans les tribunes sportives, qui ne doivent plus limiter l'accès aux seuls talents sportifs, observateurs avisés et de rares producteurs de connaissances sur les sujets qui utilisent la science, les méthodes et les données pour camper leur discours.
Dans la méthode qui sera utilisée, il faudrait retenir l’approche interdisciplinaire, celle qui mobilise l’analyse sociologique des pratiques sportives, l’économie du sport, l’anthropologie culturelle, la psychologie sociale, la science politique, l’histoire du sport, l’étude des médias et de la communication.
De nombreux outils scientifiques, à la fois théoriques et pratiques, qualitatifs et quantitatifs existent bel et bien pour permettre à nos penseurs et nos chercheurs, les moins paresseux, pour argumenter les débats tout en proposant des pistes de solutions pratiques. Il est venu le temps de trouver les réponses aux questions suivantes : Quels liens existent entre le football haïtien et les différentes disciplines des sciences sociales ? Comment les acteurs sociaux produisent-ils ou devraient-ils produire des contenus scientifiques, médiatiques et institutionnels sur le football ?
Dans quel sens les réflexions en cours, parmi d’autres questions, des publications, réflexions et interventions produites par des personnalités avisées du milieu, telles Patrice Dumont, Thomas Lalime, John Wesley Delva, Carel Pedre, Kesner Pharel, entre autres ces rares auteurs, parmi d'autres, constituent-elles un point d’appui pour une approche interdisciplinaire du football en Haïti ? En dehors des rares publications à Livres en Folie retenues en cette annee du Mondial 2026, quelles contributions les universités et facultés haïtiennes peuvent-elles apporter au développement du football ?
Pourquoi mobiliser les sciences sociales au service du football en Haïti ?
Derrière l’exploration des différents segments qui composent cette discipline sportive en soi, en passant par l’histoire, le football en Haïti constitue un fait social total, mobilisant culture, économie, politique, psychologie et dynamiques communautaires. Les sciences sociales, dans leur diversité, offrent un cadre essentiel pour comprendre ce phénomène et contribuer à son développement. La sociologie du sport éclaire les pratiques populaires, les inégalités d’accès, les identités collectives et les réseaux de solidarité qui structurent le football dans les quartiers. L’anthropologie met en lumière les rituels, les représentations du corps, les formes de masculinité et les imaginaires culturels qui façonnent la culture footballistique haïtienne.
Des faits marquants et des dates à revisiter dans le musée du football d'Haïti: L’histoire du football haïtien permet de comprendre les trajectoires du sport, notamment l’héritage de 1974, les cycles de réussite et les crises institutionnelles. L’économie du sport apporte des outils pour structurer les clubs, développer des modèles financiers durables, professionnaliser les académies et créer des emplois. La psychologie du sport soutient la performance des athlètes à travers la préparation mentale, la gestion du stress et la cohésion d’équipe.
De la gouvernance en passant par les crises : La science politique analyse la gouvernance sportive, les rapports entre fédération, État et clubs, ainsi que les enjeux de transparence et de régulation. Le droit du sport encadre les contrats, les litiges, la protection des jeunes joueurs et l’application des normes internationales. La communication sportive joue un rôle clé dans la production de contenus, la médiatisation des compétitions et l’éducation du public.
Définitivement, les universités haïtiennes peuvent mobiliser toutes ces disciplines pour soutenir le développement du football, notamment en lien avec la Coupe du monde et dans une approche durable, par la recherche appliquée, la formation d’entraîneurs, l'analyse des politiques sportives, les études économiques, la documentation historique et les programmes de communication, et pourquoi pas la géographie, l'architecture, les industries culturelles et créatives, les archives, le patrimoine et la mémoire.
Dynamique interdisciplinaire: Ensemble, les sciences sociales constituent un levier stratégique pour transformer le football haïtien en un secteur structuré, professionnel et porteur de développement national. A quand la création d’un fonds de recherche interdisciplinaire sur le sport en Haïti ? Ou la création d’une distinction scientifique ou d’une bourse d’excellence sur la recherche et l’innovation dans le domaine sportif en Haïti.
Dans l’attente de telles initiatives parmi d'autres utiles et innovantes, poursuivons avec les réflexions et les publications, la documentation et quelques créations et innovations numériques et technologiques, susceptibles de promouvoir le football haïtien. Il est venu le temps d'encourager plus d'acteurs, capables d'analyser les dimensions socioculturelles et mobiliser autour de la stratégie visant à promouvoir une approche interdisciplinaire reliant le sport, la société et la production de connaissances dans une perspective d'intelligence collective et sportive.
Dominique Domerçant
