Du symbolisme du nombre onze, traduisant la dualité, largement partagé dans les histoires anciennes et récentes des grandes nations, comme pour le cas d'Haïti et les Etats-Unis, entre autres, les couleurs partagées dans les onze compositions de l'album Djohu de Eddy François semblent anticiper ce nouveau fait marquant ou majeur, survenu le 11 avril 2026, dans l'histoire d'Haïti, et l'évolution de sa jeunesse tirée entre deux bouts, et qui tarde á se mettre debout, pour assurer pleinement son avenir.
Dans un article que j'ai publié le 18 décembre 2008, dans les colonnes du Nouvelliste, sous le thème « Le bâton du pèlerin », pour présenter à l`époque le dernier album du Samba Eddy François, ce titre de l`article m' avait été proposé par le génie littéraire et créateur encore vivant Pierre Clitandre, à l'époque responsable de la section culturelle du plus ancien quotidien d'Haïti, je retrouve toute les semences de la journée du 11 avril 2026, entre deux faits majeurs.
Dans les premières lignes du texte, on peut lire : « Onze titres inédits, versés dans un mélange de textes aux couleurs créolisantes, les paroles sont profondes et engagées dans les racines de la réalité sociale. La musique est moderne dans sa totalité et syncrétique dans ses variétés rythmiques. Eddy a grandi ! Djohu est une expression de maturité vivante de l'un des plus grands Samba de notre génération.
Djohu ou l'autre façon de projeter l'avenir du renouveau d'Haïti entre deux faits majeurs, deux périodes, deux dynamique, deux mondes, entre Haiti et l`Afrique, entre le monde des morts et des vivants, entre les jeunes et les anciens, entre deux générations qui se bousculent pour tenter de rattraper le temps, et l'autre pour tenter de réinventer le temps H !
Découvrons ensemble les onze titres de l'album Djohu, et vous allez conclure par vous-même, les multiples corrélations, inter-relations et les traductions des différents discours qui illustrent le drame de la Citadelle du Roi Henry Christophe (La Ferrière) et l'ascension en puissance de la fusée Ariane, pardon, la promotion symbolique ou dans le champ numérique des médias sociaux de la jeune ou l'une des deux soeurs jumelles Ariana Lafond.
Djohu et Blakawout: entre le nombre et les noms ?
Djohu, à la fois le titre de l'album et la première composition qui inaugure le projet, fait l'écho autant de tous les enfants de cette terre, de tous enfants d'Haïti, qui vivent ou se trouvent entre les frontières de l'intérieur et de l'extérieur. Ça ne vous dit rien ? Allez-y, le message d'Eddy François est clair. Il est sacré. Il est inspiré depuis les temps de Boukman, une de ses plus belles expériences.
Deuxième titre: Blakawout. Un chœur qui fait échos dans les esprits et la sociologie nationale. Plus encore. Certains tentent de faire le blakwout autant sur le sens et l'essence de la victoire d'Ariana. Comme une leçon pour d'autres jeunes.
Dans le voisinage externe ou le paysage interne du plus grand monument vivant de notre patrimoine bâti, historique et militaire, on assiste tristement á un blakawout autour des victimes, tant sur le nombre et leurs noms respectifs, qui devraient mériter dans un proche avenir une place, dans les registres des visiteurs absents du fort. Tous morts, en voulant défier et insulter des morts encore plus vivants.
« Koule » et « Sou Dom » deux autres titres majeurs qui interpellent ?
Dans la troisième et la quatrième place, on retrouve "Koule" et "Sou Dom". En dehors de la mélodie qui incarne la première de ces deux pièces, on ne peut s'empêcher de se rappeler que du sang a coulé dans cette dernière bataille qui imposait des vivants, naïfs et insolents face á des morts mal nourris, mal servis et entretenus, qui voulaient à tout prix se renouveler.
Dans le même temps, sur les réseaux sociaux d'ici et d'ailleurs, entre les anciens et les plus jeunes, beaucoup de baves, de salives, de verbes et des vices, vice versa, tous ont tenté de prendre la forme de l'eau, pour s'infiltrer dans la peau d'Ariana, á défaut de lui trouver des défauts, sachant dans sa quête de visibilité et de rayonnement elle continuait á cacher sa peau, et dispose encore d'un cerveau fonctionnel et fidèle á certaines valeurs sociales, familiales ou culturelles.
Décryptons la quatrième pièce « Sou dom », yo ye...Eddy François fait son entrée: « Se Ginen an, ki banm yon don, Nèg vle devye mwen ». Ces premiers, ce message est autant valable pour les petits nègres qui voulaient défier la grandeur des ancêtres et du plus grand bâtisseur de la nation. Il en est de même, pour la jeune Ariana, qui doit se rappeler que son aura attire les bons esprits solidaires que les carnivores de notre faune sociopolitique, autant culturelle et économique animés par l'envie que l'ennuie de lui prendre ce qu'elle a de bien, de beau, de bon et de grand.
Zanj yo et Afrikayiti : entre la Citadelle et Ariana ?
Deux morceaux, deux mondes et deux parties d'Haïti ou de sa jeunesse se tournent en un seul jour au rythme du Ying et du Yang.
De nouveaux anges, parmi les plus faibles des jeunes inconscients ou innocents sont recrutés pour renforcer les gardiens de la Citadelle et peut-être le tombeau de Christophe.
Dans un autre sens, Ariana, dans sa beauté angélique et mystique en tant que jumelle au premier plan, mais rebelle certainement, semble porter les ailes de l'ange gardien qui vient rappeler aux milliers de jeunes en Haïti et dans la diaspora, qu'il existe encore de nouveaux cieux à explorer, même si l'espace aérien du pays dispose de moins en moins de pistes.
« Na woule » et « Lakay »: entre la route des ancêtres ?
Dans les hauteurs du fort, les nouvelles arrivent. Après le drame de l'intérieur, un accident de la circulation survient ? Alors là, il y a lieu d'interpeller toutes les dimensions et les représentations de ce drame, qui porte les couleurs de chez en Haïti (Lakay).
Dans ce pays où la superstition est souvent au rendez-vous, dans chaque carrefour, il reste souvent peu de place pour une véritable analyse scientifique, pour pouvoir comprendre les différents leviera qui activent chacune des actions et des réactions pas toujours réfléchies ou planifiées, en temps normal, encore moins en temps de crise ou de catastrophes naturelles et humaines, ou bien les deux.
Anacaona et Tchaka Mizik: entre hommage et héritage ?
Des notes musicales qui font vibrer le sens profond de la mémoire de la plus influente femme de pouvoir et mystique, jusqu'á son sacrifice sur cette sacrée. Un hommage qui incarne la dimension de l'être. Je vous inviterai tout simplement á auditionner cette chanson, comme chacune des autres pièces vous fera découvrir la passerelle invisible entre ces deux faits marquants comme deux tours.
Dans un mélange de plusieurs cultures ou des aliments, qui définissent l'ADN même du concept Tchaka. Tant dans le dossier de la Citadelle que dans l'assaut d'Ariana, pratiquement tous les esprits sont servis en leurs rangs, grades, titres et qualités.
Tande kri a yo ?
Des jeunes qui meurent dans l'un des plus hauts lieux historiques, militaires et mystiques du pays, ne doivent sombrer dans l'oubli. Il leur faut un monument, une plaque, un mur, un chant, un poème pour marquer leur passage dans les deux sens du terme.
Dans l'exploit d'Ariana, ce sont autant de cris de jeunes dans le pays, dans toutes les couches sociales qui veulent á tout prix faire entendre leurs voix, leurs droits et leurs choix de vivre et de jouir tous les honneurs de porter le drapeau d'Haïti, l'héritage des fiers Pères et mères, qui figurent dans la liste des gardiens de cette grande nation.
Djohu est plus qu'un simple album. C'est un chant de renouveau. Un cri pour la jeunesse haïtienne. Un miroir, un musée que tous les jeunes devraient visiter, et revisiter !
Désormais, je vous souhaite une bonne audition, ou rediffusion de ce album solide et sacré !
Dominique Domercant
