« La jeunesse ne manque ni de talent ni de vision. Ce qu’elle demande, c’est une véritable opportunité : être écoutée, valorisée et impliquée dans les décisions qui façonnent son avenir. Elle veut construire, innover, transformer. Elle veut se réaliser tout en contribuant à un projet collectif plus grand qu’elle-même. Elle cherche un cadre où ses idées comptent et où son engagement a un impact réel. EDE incarne cet espace d’expression, de croissance et d’action. »
Cette déclaration du docteur Claude Joseph semble aller au-delà des mots pour s’attaquer aux maux que les partis politiques ont trop longtemps négligés en ce qui concerne l’avenir de la jeunesse, appelée à assurer la relève. Sève montante du pays, par sa formation intellectuelle, technique et les compétences qu’elle acquiert dans les structures d’engagement, cette jeunesse apparaît comme une force essentielle pour demain. C’est sur elle qu’EDE entend miser, notamment au sein des collectivités territoriales, afin de faire émerger un nouvel esprit de solidarité et de responsabilité collective dans toute Haïti.
Dans un paysage marqué par la fragilité et l’essoufflement de nombreuses formations politiques, cette ambition n’est pas anodine. L’histoire des partis et des plateformes politiques en Haïti s’inscrit souvent dans une logique du « tout nouveau, tout beau », brillant un temps avant de s’éteindre. Trop souvent, leurs projets se réduisent à des calculs électoraux ou à des stratégies de circonstance. EDE, lui, affirme s’inscrire dans une autre démarche. Selon Claude Joseph, le parti ne se prépare pas seulement pour les prochaines élections, mais entend s’engager durablement pour la vie et le bien-être de la société haïtienne, avec l’ambition de devenir, au fil des années, un véritable patrimoine politique ancré dans la culture de la jeunesse.
Témoignages d’une jeune militante
C’est dans cette perspective qu’il faut lire l’entretien accordé le 7 avril 2026 par Nashka Augustama au directeur de Gazette Kreyòl, M. Volcy Assad. Cet échange met en lumière une jeunesse partagée entre l’espoir de renouveau et l’exigence de résultats concrets. Augustama y défend l’idée d’un engagement citoyen lucide, actif et responsable. « EDE n’est pas un homme-parti, EDE est un bien public », affirme-t-elle avec conviction.
Au cours de cet entretien, elle a partagé son analyse, ses espoirs et ses réflexions sur l’engagement des jeunes, ainsi que sur la manière d’ancrer la philosophie du parti dans la nation haïtienne. Elle présente EDE comme un mouvement porteur d’une volonté de changement dans le paysage politique haïtien, capable de redonner confiance à la population, en particulier à la jeunesse. Selon elle, le parti suscite un réel intérêt parce qu’il propose un discours nouveau, mais il lui reste encore à prouver sa valeur par des actions concrètes.
Pour Augustama, l’impact d’EDE demeure encore en construction. Le mouvement alimente les débats et attire l’attention, ce qui constitue déjà un signe positif. Mais, souligne-t-elle, sa véritable portée dépendra de sa capacité à peser sur les décisions politiques et à produire des résultats tangibles. Le principal défi du parti est donc celui de la crédibilité : il doit passer de la parole aux actes. Elle insiste également sur la difficulté de rassembler les différentes composantes de la société autour d’un projet commun.
Son propre parcours éclaire cette adhésion exigeante. Augustama est revenue sur les circonstances de son intégration au Mouvman Jenès EDE, puis au parti politique EDE. Elle explique avoir rejoint cette structure dans un contexte particulièrement important, à la suite de l’accord du 3 avril. Intellectuelle attentive à l’évolution de la politique en Haïti, elle s’y intéressait depuis longtemps sans y prendre part directement. Beaucoup de jeunes, souligne-t-elle, évitent la politique en Haïti à cause d’un vieux discours qui laisse croire qu’être politicien ou politicienne suppose nécessairement de mauvais comportements envers les autres.
Elle suivait déjà EDE sur les réseaux sociaux, où le parti est particulièrement actif. En mai 2024, à la suite des évolutions politiques survenues après l’accord d’avril, elle a constaté la présence croissante de cette structure dans l’espace public et sur les plateformes numériques, ce qui a renforcé son intérêt, bien qu’elle n’en fût pas encore membre. Séduite par la vision du parti, elle a finalement entrepris de remplir le formulaire d’adhésion, portée par une aspiration claire : devenir une dirigeante responsable au sein de la jeunesse EDE. Elle affirme aujourd’hui ne pas regretter ce choix et souhaite poursuivre son parcours, se former davantage et grandir politiquement à travers les principes transmis par le parti.
Espoir de changement
Cette dynamique, selon elle, dépasse les seuls parcours individuels. Augustama insiste sur la croissance d’EDE, présenté comme une structure qui attire, par conviction, de nouveaux membres venus d’Haïti et de la diaspora. Elle met en avant l’adhésion de professionnels, de cadres et de personnalités qualifiées, notamment Yves Lafortune, pour illustrer cette volonté d’ouverture aux compétences.
Dans cette même logique, Lektora s’impose dans les colonnes de Le National comme une initiative phare du Mouvman Jenès EDE, au service de la pensée critique et de la formation citoyenne. À travers la littérature, le mouvement entend promouvoir une jeunesse consciente, engagée et résolument actrice du changement en Haïti. L’image est claire : une terre fertile, bien ensemencée, peut encore donner une récolte abondante, même lorsque la pluie tarde à venir.
Enfin, Augustama adresse un message clair à la jeunesse haïtienne : ne laisser personne penser à sa place, apprendre à analyser, à questionner, à prendre position et à assumer ses responsabilités. Car, conclut-elle, un véritable changement demeure possible, à condition qu’il repose sur l’engagement ferme de tous et sur une conception plus responsable de la politique.
À travers ce regard, EDE apparaît comme un parti qui entend moderniser la politique haïtienne, professionnaliser l’action publique, valoriser les talents et préparer non seulement les prochaines échéances électorales, mais aussi les générations à venir. Reste à savoir si cette promesse saura, avec le temps, se traduire en actes durables.
Dr. Emmanuel Charles
Juriste et sociologue
